Magazine de décoration Sofadéco - Édition Novembre 2009 - La botanique et vous - Mettez du piquant dans votre salon!
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Sofadéco / Novembre 2009



Pendant que dehors la nature s’endort doucement, à l’intérieur la fébrilité de l’amateur de plantes vertes est manifeste. Un dernier saut à la pépinière pour l’achat du nouveau cultivar en vogue, la consultation de publications spécialisées, la mise à niveau de l’arrosoir… Certainement, les plantes d’intérieur agrémentent toutes les pièces de la maison. Avouons-le, que deviendrions-nous sans elles? Voici la première partie d’une série de deux articles sur ces extraordinaires végétaux de compagnie.
Les cactus et les plantes grasses, un rendez-vous avec la simplicité!

Texte : Sylvie Laberge       Photos : Patrick Laberge      


Mammillaria
La mammillaria est le genre le plus important de la famille des cactacées; il compte plus de 300 espèces. Ce cactus d’allure différente reste petit, n’atteignant pas plus de 7 ou 8 centimètres de diamètre après plusieurs années de culture à l’intérieur. Très florifères, certaines variétés portent jusqu’à 25 boutons floraux à la fois, qui s’ouvriront alternativement. Mesurant habituellement environ 2 centimètres, les fleurs sont rouges ou blanches. Les rejets de souche permettent à la plante mère de produire de nouveaux individus. Le premier tubercule globuleux – un plant adulte en compte plusieurs dizaines – sera rapidement suivi de plusieurs autres petits tubercules disposés en spirale parfaite. Ce motif fantastique est l’un des préférés de dame nature, et on peut aussi l’observer sur les marguerites et les tournesols. Les épines de la mammillaria sont moins dures que celles de la plupart des autres cactus. À l’instar de ceux-ci, elle adore le soleil direct et la chaleur. L’intérieur de la boule est rempli de liquide, qui sert de réserve pour les temps plus difficiles. Comme la très grande majorité des plantes tropicales, ce cactus aime se reposer quelques semaines, après sa saison de croissance, qui, pour nous, sera estivale.

Crassula
C’est l’une des plantes grasses les plus populaires, avec l’aloès. L’une des variétés les plus largement répandues, C. arborescens, peut atteindre 1,20 mètre en culture à l’intérieur. En milieu naturel, c’est un petit arbre qui atteint généralement 4 mètres; son tronc et ses branches sont épais et remplis de liquide gélatineux. Ces tissus de soutien diffèrent grandement de ceux des arbres de nos contrées. Le crassula est très cassant, l’extrémité des branches se détachant souvent par simple contact. Le point d’attache des feuilles est tout aussi fragile. Lorsque ces organes se retrouvent au sol, de nombreuses petites racines blanches apparaissent près de la blessure et, en pénétrant le sol, produisent un nouvel individu.

Echinopsis
Pour les débutants, c’est le cactus rêvé! Pour moi, il a été le premier d’une longue série. Près de 20 ans plus tard, il me procure autant de plaisir qu’au tout début de notre histoire. Ses dimensions réduites en font le candidat idéal pour qui possède un espace limité. De croissance très lente lorsqu’il est conservé dans un tout petit pot, l’echinopsis peut vivre presque indéfiniment si on lui administre les soins de base : arrosage parcimonieux et soleil abondant. Pourtant, malgré ce rythme de vie au ralenti, il produit une foule de rejetons qui peuvent être bouturés et replantés. Ceux-ci doivent subir un séjour sur un appui de fenêtre afin que la plaie s’assèche bien. L’échinopsis est un cactus du désert, très résistant à la sécheresse. L’été, en saison de croissance, on peut le sortir sur le balcon, en compagnie de la majorité des autres plantes d’intérieur. On doit veiller à ne pas laisser d’eau s’accumuler dans la soucoupe. Autrement, cette plante s’entretient d’elle-même. Comme toutes les cactées, l’echinopsis préfère un fort ensoleillement toute l’année. Une fenêtre au sud ou au sud-ouest lui conviendra à merveille.

Echevaria
Après un été sur le balcon, baigné des ardents rayons du soleil, l’echevaria prend une teinte rougeâtre magnifique. Quelques variétés voient leurs feuilles succulentes recouvertes d’une pruine. D’autres sont duveteuses, leurs minuscules poils d’une subtile douceur. Mais on doit souvent réfréner son envie d’y toucher, car la feuille de cette plante grasse se détache très facilement. C’est d’ailleurs là sa façon de se reproduire. Les organes tombés sur un terreau fertile développent des racines à partir du point de rupture. Ce clonage produit un plant génétiquement identique au plant mère, et une colonie naîtra rapidement dans de bonnes conditions. Les fleurs rouges mettent un temps interminable à s’ouvrir, mais durent longtemps et plaisent aux colibris et aux bourdons. L’echevaria apprécie le soleil direct que lui procure un traditionnel appui de fenêtre au sud. Et, comme toutes les autres plantes grasses et cactus, il ne demande qu’un arrosage limité.

Cléistocactus
Ce cactus des déserts arides d’Amérique peut atteindre plus d’un mètre de hauteur après de nombreuses années. Il ne fleurira qu’à partir de sa dixième année d’existence dans de bonnes conditions. Il porte de petits aiguillons très fins qui scintillent lorsqu’ils sont mouillés par la pluie. On peut sectionner la tige près de son extrémité pour en faire une bouture. On doit veiller à ce que le nouveau segment mesure un peu plus d’une douzaine de centimètres pour que sa survie soit assurée. Le cléistocactus pousse rapidement durant ses premières années. Une fois sa taille maximale atteinte, il pourra demeurer très longtemps dans le même pot. Le rempotage des cactus s’avère d’ailleurs la plupart du temps périlleux. Les plus expérimentés recommandent d’utiliser plusieurs feuilles de papier journal et d’en garnir la tige principale pour une manipulation sécuritaire. Heureusement, cette opération délicate n’est pas souvent nécessaire, la plupart des cactus aimant vivre à l’étroit.

Cereus
Dans le désert (son milieu naturel), ce cactus peut atteindre 9 mètres, soit la taille d’un petit arbre. Cependant, en culture à l’intérieur et conservé dans un pot de 20 centimètres, il sera limité à une taille beaucoup plus raisonnable , environ 1 mètre. Ses fleurs spectaculaires de 30 centimètres de long s’épanouissent la nuit, pour se faner le matin venu. Beaucoup de cactus du désert fleurissent la nuit, puisque leurs pollinisateurs principaux sont les chauves-souris nectarivores. Les fleurs du cereus sont exquisément parfumées. Le cereus croissant rapidement, l’amateur peut espérer admirer cette magnifique floraison au terme de la cinquième ou sixième année d’existence de la plante. Comme la plupart des cactus, le cereus apprécie une période de repos hivernal, pendant laquelle il faut considérablement réduire la fréquence des arrosages. Voilà une bonne nouvelle pour les moins assidus! Il est aussi recommandé de diminuer la température nocturne à environ 10 °C. On peut y arriver en plaçant le pot sur un appui de fenêtre recouvert d’un rideau pendant la nuit.

Aloe
Rares sont les amateurs de plantes en pot qui ne possèdent pas un aloe. La raison est simple : ce végétal est de culture si facile qu’il est l’un des plus vendus en jardinerie. Le gel de l’aloe, qui rend ses feuilles épaisses et succulentes, est à l’origine de multiples lotions pour la peau. Tout comme les cactus, les plantes grasses possèdent des organes épais et juteux qui servent à emmagasiner l’eau. Cependant, contrairement aux cactus, la très grande majorité des plantes grasses n’ont pas d’épines et ont développé des feuilles aux formes nombreuses et variées. Réparties sur tous les continents, elles croissent dans des conditions souvent arides, comme les déserts et les prairies, où les précipitations sont rares et peu abondantes. L’aloe pousse en rosette, et sa multiplication se fait par prélèvement des rosettes secondaires produites régulièrement par le plant mère. Ces rosettes restent attachées au plant reproducteur jusqu’à ce qu’une perturbation brise ce lien. Parfois, la rosette secondaire est depuis longtemps devenue adulte lorsque le lien se nécrose enfin de façon naturelle.

Opuntia
C’est la raquette (cactus) que bien des gens connaissent. L’opuntia est un cactus, puisqu’il a des aréoles, propres à cette catégorie de végétaux. Dans ces structures sont regroupés les aiguillons, qui croissent en cercle presque parfait. Les épines, aiguilles ou aiguillons remplacent les feuilles qu’une multitude d’autres plantes possèdent. En substituant aux feuilles « classiques » – minces et fragiles – ces organes piquants, les opuntias (et quantité d’autres cactées) ont évolué de façon à ce que les pertes en eau soient minimisées au maximum. Ici, ce ne sont plus les feuilles, très sujettes au flétrissement, qui participent à la photosynthèse, mais les nombreuses tiges en forme de raquettes, endurcies et résistantes. Ce sont elles qui renferment la chlorophylle, présente en abondance dans les tissus verts. Cette plante des zones sèches, rocailleuses et désertiques peut atteindre une taille appréciable, soit environ deux mètres, mais seulement après plusieurs années de culture. L’opuntia peut vivre des décennies et produit annuellement de nombreuses « raquettes » secondaires qu’on peut aisément bouturer pour en faire de nouveaux plants.

Pachyphytum
Les pachyphytums sont, en milieu naturel, de petits arbustes poussant au ras du sol et développant de nombreuses ramifications. Pour les multiplier, il suffit de prélever la partie terminale de l’une de ces ramifications, de laisser la blessure s’assécher quelques jours, puis de planter cette tige dans un terreau léger. Les feuilles ovales sont si épaisses qu’elles prennent éventuellement la forme d’un ballon de football bien gonflé. Elles sont recouvertes d’une pruine blanchâtre qui les protège notamment des brûlures causées par le soleil. On retrouve parfois le même genre de protection sur les bleuets par exemple. De petites fleurs se développent en été. Mais les amateurs de pachyphytums sont plutôt attirés par l’apparence du feuillage, exotique et inhabituelle. Les cactus et les plantes grasses ont souvent des formes et des textures extravagantes et complexes, qui plaisent aux amoureux des végétaux qui ont su développer leur patience. La longévité des cactus et des plantes grasses les récompensera largement, leur procurant des années de plaisir.

Espostoa
La forme de ce cactus originaire de l’Équateur et du Pérou ressemble à celles du cereus et du cléistocactus. Mais là s’arrête la comparaison. Du centre de chacune de ses dizaines d’aréoles naissent deux aiguillons extrêmement longs et une multitude de poils blancs et soyeux, de sorte que la plante se couvre presque entièrement de « ouate » filamenteuse. Ses aiguillons sont toutefois aussi piquants que ceux des autres cactus. Cette adaptation aux conditions désertiques dans lesquelles vit l’espostoa est extraordinairement efficace. Cette « ouate » réfracte judicieusement les rayons du soleil et conserve l’humidité laissée par la rosée, qui se crée en fin de nuit grâce aux écarts de température. Chez les cactus et les plantes grasses, les stomates – organes respiratoires de tous les végétaux – absorbent les perles d’eau très tôt le matin. Elles se ferment ensuite durant le reste de la journée, évitant ainsi les pertes hydriques normalement causées par la transpiration. Tout un trait de génie!

En raison de leurs tissus ligneux extrêmement résistants, les arbres ne se brisent habituellement qu’à la suite d’une perturbation importante, et le rameau ou la feuille détaché ne s’enracinera jamais. Les stratégies évolutives des quelque 300 000 espèces végétales présentement répertoriées sont fabuleuses. Elles constituent une source d’émerveillement constant pour qui sait les apprécier.