Magazine de décoration Sofadéco - Édition Octobre 2009 - La botanique et vous - Collybie, Léotie, Guépinie et compagnie!
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Sofadéco / Octobre 2009



Les revoilà! Et cette année, ils sont en grand nombre, conditions climatiques obligent. Pour les mycologues, amateurs ou professionnels, c’est enfin la belle saison. Ils prennent différentes formes, couleurs et hauteurs. On les rencontre en forêt ou en ville, isolés ou en groupe. Que sont-ils? Les champignons, ces organismes infiniment versatiles et surprenants.

Texte : Sylvie Laberge      




La nature est fantastique : elle fournit à l’humanité abri, nourriture et médicaments. Cependant, si cette nature peut guérir, elle peut aussi rendre malade. Elle produit quelques-uns des poisons les plus foudroyants, et certains d’entre eux ne pardonnent tout simplement pas. Les champignons sont parmi les organismes les plus dangereux. L’observation et la manipulation des champignons ne comportent aucun danger. Tenons-nous-en à cette activité, source de découvertes extraordinaires.


Chanterelle commune
(Cantharellus cibarius)
C’est certainement l’un des plus beaux champignons qui soient. Sa couleur orangée vibrante tranche sur les teintes foncées du sol de la forêt environnante. Car la chanterelle commune pousse souvent dans les forêts de conifères sombres, typiques du domaine boréal québécois. Il est presque impossible de ne pas la remarquer. D’une hauteur atteignant 12 cm, elle se présente généralement avec nombre de ses congénères dans une formation mystérieuse : le « rond de sorcière ». En y regardant bien, on remarque que les champignons s’alignent sagement pour former un cercle. Puisqu’il est parfois très grand, il faut des yeux expérimentés pour le voir. La chanterelle commune est l’un des champignons comestibles les plus recherchés au Québec. Les amateurs débutants devraient toutefois être prudents lors de la récolte, car elle peut être confondue avec l’Omphalotus illudens, qui est toxique.

Coprin noir d’encre
(Coprinus atramentarius)
Ce champignon pousse très rarement seul. En fait, on rencontre habituellement un groupe d’individus serrés les uns contre les autres, comme une garnison de jeunes soldats en formation. Il faut être attentif, car il se développe, fructifie et disparaît rapidement, en deux ou trois jours seulement, lorsque le temps est idéal. C’est un champignon urbain que l’on rencontre très fréquemment sur les pelouses bien engraissées. Il n’est pas très grand, mais très commun, et pousse régulièrement pendant toute la saison estivale, de mai à septembre. Ce champignon comestible possède une particularité bien singulière : il ne doit pas être consommé avec de l’alcool, car il libère une toxine provoquant des nausées et des palpitations chez certains et des hallucinations chez d’autres . Les effets peuvent différer d’une personne à l’autre, selon leur métabolisme. Les cueilleurs se doivent d’être vigilants au moment de la récolte, puisque ce champignon, comme une panoplie d’autres , peut être confondu avec une autre espèce non comestible, dans le cas présent avec le Coprin quadrifide.

Léotie lubrique
(Leotia lubrica)
Difficile d’être pris au sérieux avec un nom pareil! Ce champignon pousse en groupe à travers la végétation basse et, comme il est très petit, on ne le remarque pas souvent. Pourtant, voici un bel exemple de l’extraordinaire diversité qui règne parmi les membres de ce groupe d’organismes fascinants que sont les champignons. La léotie lubrique ne semble pas avoir de couleur bien définie. En fait, elle est plutôt translucide. Les ascomycètes, la famille de ce champignon, porte ses spores dans de petits sacs à l’intérieur de sa chair et les éjecte le temps venu. Tous les autres champignons décrits précédemment font partie du groupe des basidiomycètes. Certes, il est plus difficile de confondre cette espèce avec une autre, en raison de sa spécificité et de son allure. Mais dans le monde des fongus, un individu peut présenter une variabilité absolument saisissante avec un congénère de la même espèce, poussant au même endroit et au même stade de maturité. Hauteur, couleur, largeur, odeur peuvent être complètement différentes sur deux spécimens récoltés le même jour au même endroit. Voilà qui confond les mycologues, même les plus expérimentés, qui peuvent parfois s’y laisser prendre.

Gyrophale roux
(Phlogiotis helvelloides)
Voilà un champignon à l’allure différente. Sa couleur ocre-orangé semble irradier de l’intérieur. C’est un champignon de grosseur variable, très petit ou plutôt moyen. Il pousse sur le bois pourri, dans les forêts de conifères. Bien que commun, il n’est pas souvent remarqué, peut-être parce que les yeux des cueilleurs amateurs ne s’attardent pas sur lui, tout à la recherche d’une chanterelle parfaite ou d’une russule flamboyante. Le gyrophale roux peut être récolté au printemps et au début de l’été, ce qui en fait une espèce intéressante, puisque bon nombre de champignons n’apparaissent que bien plus tard en saison. De consistance gélatineuse, il a un aspect plutôt rébarbatif au premier abord, mais il s’avère tout à fait comestible pour les chefs inventifs. Faut-il le répéter, ce champignon peut être confondu avec plusieurs autres espèces par l’amateur non averti. Procurez-vous de bons guides (un seul ne suffit pas) et soyez attentifs aux nombreuses consignes de sécurité qui y sont énumérées.

Russule de Peck
(Russula peckii)
En promenade dans les bois de conifères, il est toujours surprenant de voir émerger du sol un champignon au chapeau rouge! De hauteur moyenne, poussant la plupart du temps de façon isolée, la russule de peck a l’air d’un rubis abandonné en chemin par une Dame Nature trop pressée. La recherche et la cueillette des champignons sauvages s’apparentent à une communion avec l’environnement. C’est un voyage dans un lointain passé, où l’homme ne vivait que de ce que la nature lui proposait, devant composer avec les années de vache maigre et celles d’abondance. Aujourd’hui, les étals des supermarchés font le travail pour nous. En forêt, nous nous devons de pousser plus loin la réflexion et de respecter le fait que l’on ne peut pas toujours tout connaître. La russule de peck est un champignon comestible succulent, mais il peut être confondu avec un autre champignon très semblable, la russule émétique, plutôt toxique. Assurez-vous que votre récolte est parfaitement identifiée. Dans le doute, mieux vaut laisser sur place le bijou, plutôt que d’être transformé en belle au bois dormant! À moins, bien sûr, d’être certain que le bon prince viendra…

Vesse-de-loup perlée
(Lycoperdon perlatum)
C’est le champignon de notre jeunesse, celui que nous nous amusions à faire exploser, rien que pour voir s’envoler la poussière qu’il contenait. Sans le savoir, nous contribuions à sa propagation, car cette « poussière » est en fait la sporée (amas de spores) du champignon, ses graines si l’on veut. Pour l’amateur, il faut savoir qu’à ce stade très avancé de maturité, la vesse-de-loup perlée est inconsommable , car ce champignon n’est comestible que durant son tout jeune âge, lorsqu’il est d’un blanc immaculé. Il nous est très familier, car il se trouve surtout aux abords des sentiers et dans les milieux ouverts. Il pousse souvent en groupe et on peut réaliser une très belle récolte en quelques minutes seulement. À l’instar des fleurs que nous cueillons ou des tomates que nous récoltons, l’organisme n’est pas détruit si nous prélevons la totalité des fructifications en une seule visite. La partie visible, celle que nous mangeons, représente le « fruit » du champignon, qui dissimule son système vital, le mycélium, sous nos pieds. Alors, allez-y sans hésiter!

Bolet amer
(Tylopilus felleus)
Vous le savez maintenant, il est très difficile d’identifier avec une absolue certitude un champignon sur le terrain. Les bolets sont parmi les plus ardus à reconnaître, puisqu’il en existe une infinité de variétés, qui se trouvent modifiées régulièrement et considérablement selon les conditions qui règnent autour d’elles. La bonne nouvelle? La très grande majorité des bolets sont comestibles, du moins non toxiques. Il en est pourtant… Je vous propose une énigme: identifiez ce bolet, prenez en compte toutes les possibilités. Vous ne devez vous fier qu’aux seuls guides que vous possédez, comme vous le feriez sur le terrain. On disait, en 2001, que 1700 espèces de champignons avaient été répertoriées au Québec. Cependant, c’est un grand territoire, et plusieurs lieux n’ont toujours pas été visités à des fins de découverte et d’identification. Il existerait peut-être jusqu’à 5000 espèces, selon certaines estimations . Beaucoup de variétés possèdent plus d’une forme. Il serait quasi impossible de les montrer toutes à l’intérieur d’un seul guide. Il serait tout aussi difficile d’en faire un livre de poche que l’on peut transporter en forêt. Alors, bonne recherche!