Magazine de décoration Sofadéco - Édition Été 2009 - Aménagements paysagers - La maison dans l’eau
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Sofadéco / Été 2009



Au coeur d’un improbable boisé cerné de vallons et de champs en culture, ce petit domaine fait littéralement rêver. On ne peut qu’être béat devant ce bijou soigneusement posé dans son écrin. Après avoir cheminé un court moment sur une allée pleine de sobriété, nous sommes catapultés dans un univers complètement différent. Notre regard se porte d’abord à gauche vers cet amas rocheux grandiose. Nous avons l’impression que la terre s’est ouverte à cet endroit. La blancheur du minéral tranche avec la palette des verts qui illuminent l’environnement. Le mastodonte est principalement composé de tuf volcanique , une roche très poreuse. Comme s’il couvait précieusement ses rejetons, l’imposant rocher semble protéger jalousement une série de hostas. Un peu plus loin, un rideau d’arbres prend le relais, surplombant un groupe d’astilbes à la floraison d’un rouge éclatant.

Texte : Sylvie Laberge       Photos : Lysa Roy      


À droite, c’est une explosion de nature qui s’offre à nous. Nous embrassons du regard une pelouse bien entretenue accompagnée de quelques arbres, judicieusement disséminés, à la frondaison luxuriante. C’est un lieu semé de clairières ensoleillées et de sous-bois ombragés qui rappelle les parcs les plus appréciés. L’omniprésence des rochers confère une facture peu banale à cet endroit apaisant. Épousant étroitement tous les contours du relief naturel, la maison semble avoir été déposée directement sur le roc. Le feuillage des grands arbres en caresse la toiture avec un sans-gêne remarquable. La forêt, dans une large part intacte, protège à merveille la demeure des vents dominants hivernaux, conservant ainsi la précieuse chaleur l’hiver, et la fraîcheur l’été. De récentes études concluent qu’une telle protection contre les éléments pourra faire économiser aux maîtres des lieux jusqu’à 30% d’énergie sur une période d’un siècle. À l’heure des changements climatiques et du réchauffement global, de telles conclusions ne peuvent être ignorées. La parfaite intégration du bâtiment dans son milieu naturel laisse présager un grand souci de l’environnement. On a le sentiment que la préservation de la nature a joué un rôle clé dans le tracé de l’ensemble de l’aménagement. Sans aucun doute, les propriétaires ont confié aux paysagistes professionnels un mandat un peu inhabituel.

Tout en déambulant, notre regard s’éloigne et se pose avec plaisir sur un étang aux dimensions surprenantes. Ce plan d’eau sinueux semble prendre sa source dans les profondeurs mystérieuses et discrètes de la forêt. Ses eaux calmes et chantantes s’agitent, puis se jettent dans une courte cascade, libérant une profusion de petits bouillons blancs. Elles termineront leur voyage dans la rivière Chaudière, un peu plus bas. Cet élément naturel forme un tableau reposant, avec ses courbes langoureuses et l’ombre projetée à sa surface par de grands arbres matures. On trouve sur ses berges une abondante diversité d’espèces, et les plus vieux sujets auront bientôt 100 ans. Disposées çà et là au milieu de l’étang, quelques pierres imposantes donnent des airs de jardin japonais à l’endroit. Les Asiatiques attachent une importance à l’eau dans leur aménagement. S’il leur est impossible d’y intégrer un bassin, ils créeront, dans du sable fin, des formes rappelant les flots et les vagues de la mer. Les rochers représentent les îles du bonheur parfait où ils iront « terminer » l’éternité. L’ensemble étang-forêt-rocher a ici une forte symbolique orientale.

En poursuivant notre chemin, nous nous engageons sur une passerelle de bois protégée du soleil par une petite forêt enchantée. À droite se trouvent quelques fougères et clintonies, plantes indigènes précieuses aux yeux des amants de la nature. Elles se marient aux rochers envahis de mousses, appréciant l’ombre fraîche et l’humidité qui règnent en ce lieu. L’effort d’intégration de la flore existante se fait tout particulièrement sentir ici. Les ébénistes ont contourné les troncs fragiles et les masses de rocs, s’adaptant au terrain plutôt que d’adapter celui-ci à leurs exigences. Au bout, un pavillon de bois discrètement dissimulé nous invite à la contemplation. À l’abri des regards, il offre une vue paisible sur la forêt. Un peu plus loin, la source mystérieuse se fait plus évidente, et nos pensées flottent en sa direction. Une tranquillité, une sérénité habitent ce lieu à tout moment. Même l’averse se veut douce et apaisante lorsqu’elle laisse tomber ses gouttes de pluie sur le feuillage accommodant. Cet abri semble destiné à la contemplation méditative, alors que le regard embrasse le yin et le yang, respectivement représentés par l’élément liquide et l’élément minéral. De concert avec l’étang, ce petit bâtiment constitue l’élément vedette de l’aménagement. Entouré d’érables, de frênes et de quelques conifères, l’abri ne s’impose pas au décor, mais s’y intègre subtilement. Tout le bâti s’imbrique d’ailleurs dans l’environnement avec respect et discrétion, en accord avec la nature.

Ceinturant la maison, un sol dallé recouvre la promenade. Une partie de celle-ci, haut perchée sur un muret bétonné, nous donne une vue sur l’étang. Des clôtures élégantes de métal façonné viennent assurer la sécurité des propriétaires. De matière semblable ont été confectionnées quelques pièces de mobilier qui occupent la terrasse principale, sans imposer leur présence toutefois. Quelques gros rochers plats complètent le recouvrement du sol, agissant ici et là comme palier, escalier ou support.

Les zones d’ombre sont nombreuses sur ce terrain très boisé. Des plantes adaptées à ce mode de vie ont donc été choisies et remplissent adéquatement leur rôle : hostas, lysimaques, astilbes, spirées et sureaux. Quelques autres végétaux profiteront des rayons obliques du soleil un peu plus tard en saison, comme le massif de chrysanthèmes d’automne et de hautes graminées. Dans les plates-bandes, un abondant paillis bloque toute prétention de colonisation des quelques rares mauvaises herbes qui osent s’aventurer jusqu’ici. De très nombreuses annuelles en pots ou en bacs viennent ajouter couleur et diversité, dans les endroits où une ombre bienfaisante règne la majeure partie de la journée. Quelques lys nous enchantent de leur parfum enivrant, ne rivalisant en cela qu’avec les rosiers nains qui s’égayent sur le pourtour du pavillon. Enfin, d’innombrables iris occupent l’espace de leur feuillage en forme de pointe de lance. L’aménagement, dans son entièreté, nous suggère équilibre et sensibilité.

D’une superficie d’un peu plus de 2 200 m2, ce terrain a été légué aux propriétaires par leurs aïeux, qui y avaient autrefois érigé un chalet. Ce joyau familial aura été le site d’un vieux moulin, alors que la région regorgeait de fermes agricoles et de prés de cultures céréalières. Entourés de cimes plus ou moins élevées, ces espaces font encore aujourd’hui l’envie de nombreux Québécois. Les Appalaches, qui courent dans la région, sont de magnifiques montagnes très anciennes, et les plaines qui longent la rivière Chaudière, tout près, sont parmi les terres les plus productives de la province. C’est un nid douillet et confortable que se sont construit ces Beaucerons. Sans aucun doute, un petit paradis sur terre! Jean de la Fontaine aura bien décrit le sentiment qui nous habite en quittant la forêt enchantée, et ce sont ses paroles qui, le mieux, traduisent nos pensées: « et que nous passions les jours, étendus sur l'herbe tendre, prêts à conter nos amours, à qui voudra les entendre ».

Info+
Aménagement paysager : MatExpert • Fleurs : Les Jardins de la Passion • Mobilier : Patiorama • Pierres : Bolduc