Magazine de décoration Sofadéco - Édition Mai-Juin 2009 - Aménagements paysagers - Les grands pins

Voici un endroit paisible, bien à l’abri, dans un quartier résidentiel mature. Pour accéder au coeur de la propriété, nous devons franchir une étape cruciale, comme un rite : celle du passage sous les arbres. Cette étape en dit beaucoup sur les propriétaires et leur amour de la nature. Nous nous laissons guider avec ravissement et, un peu plus loin, nous devinons une éclaircie. C’est un étroit sentier de pierres qui nous indique la direction à suivre. Au détour d’une épinette bleue, voici la clairière promise. Petite, elle baigne dans une lueur un peu irréelle.

Texte : Sylvie Laberge      


Deux sièges de bois nous invitent à nous asseoir pour contempler le spectacle. Le soleil brille, diffusé au travers d’un abondant feuillage, et caresse les végétaux en contrebas. Des thuyas s’alignent en rangs serrés, plusieurs stéphanandras crispés se déploient au ras du sol. Ici , c’est le royaume de la pénombre : les pétasites géants semblent venus d’un autre monde; les hostas et les sceaux-de-salomon étendent leurs tiges avec générosité; des massifs d’hydrangées à la blanche floraison illuminent leurs voisins dans les plates-bandes. Des géraniums au feuillage délicat complètent la sélection. Toutes ces plantes supportent une ombre plus ou moins prononcée. Des hémérocalles et des spirées fleurissent doucement ici et là. Plusieurs potées de bégonias d’un rouge flamboyant ajoutent une touche de couleur à ce boisé où dominent les tons de vert. Un doux éclairage nocturne s’affiche à la façon des lampadaires romantiques que l’on voit sur les promenades publiques. On dirait un paysage de conte de fées!

Et voilà qu’en y regardant bien, nous pouvons entrevoir la maison. Basse, discrète, entièrement intégrée à son environnement, elle ne se laisse pas voir facilement . Ses couleurs sont sombres, ses lignes, sobres. On dirait presque qu’elle se cache. Pourtant, par delà la toiture, nous apercevons une lumière éclatante. Nous avons peine à s’extirper des fauteuils magiques. En nous réengageant sur le sentier de pierres, après avoir gravi quelques marches, nous longeons brièvement la maison. Les arbres adultes sont majestueux. Un effort de conservation évident a été fait, accompagné d’une plantation secondaire.

C’est un portail imaginaire que nous traversons, et nos yeux ont besoin de quelques secondes pour s’habituer à la clarté qui règne dans cette seconde partie du terrain. En quittant l’ombre douce et bienfaisante présente du côté nord de la maison, nous pénétrons maintenant dans le royaume du soleil, qui rend toutes choses ludiques. Une grande piscine semble se prélasser sous les chauds rayons de l’été. Quelques pièces de mobilier sont distribuées avec parcimonie. Tout au fond s’élève un muret bien droit, dont les lignes sévères sont adoucies par des végétaux retombants.

Plusieurs jardinières d’annuelles s’emploient à ajouter couleur et abondance de fleurs là où les plantes vivaces dominent. Les artifices ne sont pas nécessaires, car la beauté du lieu n’en requiert pas. Notre regard est attiré comme un aimant vers le fleuve, et la vue y est magnifique! Ce petit paradis est tout en dualité : l’ombre et la lumière s’épousent parfaitement pour accoucher d’une atmosphère paisible, mais très invitante; le fleuve, lui aussi, coule paisiblement, mais sa force incroyable ne se cache jamais bien loin.

Les arbres, grands et petits, ceinturent cette portion de terrain : érables, sorbiers, saules et sorbarias. Quelques massifs d’hémérocalles, des ronces odorantes et un bouquet gigantesque de miscanthus égaient le pourtour imbriqué de la piscine. Et les hauts pins, gardiens suprêmes de cet environnement magnifique, dominent l’escarpement sauvage. Sous les bourrasques et contre les tempêtes, ces vétérans se tiendront bien droits, protecteurs de ce merveilleux domaine pour encore longtemps.