Magazine de décoration Sofadéco - Édition Mars-Avril 2009 - Artiste & artisan - Sylvie Laroche : styliste

Pour elle, créer une garde-robe complète pour ses quatre enfants, ce n’est rien du tout. Pourtant, leurs exigences sont nombreuses : bouton ici pour faire joli, pochette là pour mettre toutes sortes de billets, manches qui s’enlèvent pour faire original. Les tout-petits savent que maman peut tout faire. Et ils en profitent! Du moins, ils en profitaient jusqu’à ce que maman soit repérée par de grandes chaines de magasins qui voulaient elles aussi profiter de son talent de créatrice.

Texte : Mélanie Veilleux      


L’aventure de Sylvie Laroche commence en 1994, en plein mois de septembre. L’été s’en va au pas tandis que la mère de famille roule en direction de l’aéroport. Elle a un vol à prendre, un de ceux qui changent une vie. Mais à ce moment-ci de l’histoire, elle ne se doute encore de rien. En ce qui la concerne, elle accompagne tout simplement son mari et une collègue de travail de ce dernier qui font un voyage d’affaires pour Les Industries de la Rive Sud, un fabricant de meubles. En plein vol, la collègue en question, une designer qui connaît le couple et, surtout, qui connaît la facilité qu’a Sylvie à jouer avec les tissus, lance un défi à cette dernière : créer une literie pour les 25 chambres que présentera l’entreprise lors du prochain Salon du Meuble de Toronto qui se tiendra en janvier 1995. Pleine d’audace et d’énergie et avec comme bagage des cours suivis au Collège LaSalle et chez Mode et technique , Sylvie Laroche accepte!

« J’avais quatre enfants de cinq ans à neuf ans et demi, les Fêtes approchaient et je recevais toute la famille. J’ai réalisé après coup dans quel pétrin je m’étais mise. J’ai couru pour me trouver du tissu sur Jean-Talon à Montréal, j’ai cousu entre Noël et le jour de l’An jusqu’à minuit tous les soirs et j’ai engagé une couturière pour m’en sortir », se rappelle Sylvie Laroche. Cette course contre la montre lui donne des poches sous les yeux et lui étire les traits, mais elle livre la marchandise à temps. La réaction est forte. Des murmures de voix s’élèvent. On aime sa literie. Sylvie Laroche revient chez elle le sourire aux lèvres, mais elle ne se doute pas encore que de gros joueurs restés discrets l’ont remarquée.

Les jours passent avant qu’un message ne l’attende sur son répondeur. Le Groupe San Francisco, propriétaire des Ailes de la Mode, souhaite s’entretenir avec elle. Il lui demande de venir présenter à ses bureaux de nouvelles créations de literie pour que celles-ci portent la marque maison du groupe. Elle leur en présentera quatre et elles seront toutes retenues. La roue était partie pour Sylvie Laroche, qui se découvrira vite des aptitudes entrepreneuriales. « Les deux premières années des Ailes de la Mode, je travaillais dans le sous-sol de la maison. Je prenais la moitié de la salle de jeux des enfants et ma salle à manger avait l’air d’une salle de shipping », lance la créatrice.

Doudou devient son nom d’entreprise. Il est inspiré de ses enfants qui appellent ainsi la couverture qu’elle leur a confectionnée. L’aventure durera 6 ans, pendant lesquels elle travaillera également pour Clément et La Maison Simons. À cette époque, elle aura jusqu’à 14 employés.

Cependant, le vent changera de direction. Au début, la brise est légère, mais néanmoins inquiétante. « Le Groupe San Francisco a ouvert une nouvelle succursale à Montréal, explique Sylvie Laroche. Il a mis beaucoup d’argent à la construire et une jeune équipe dynamique avait la barre des commandes. À mon avis, la compagnie a fait de mauvais calculs. Les Ailes de la Mode ont été vendues en 2005. Au même moment, certains de mes clients se sont tournés vers l’Asie pour acheter de la literie beaucoup moins chère. »

En 2006, l’entreprise passe donc de 14 à 8 employés. Peu de temps après, ils ne seront plus que 6. Aujourd’hui, ils sont 4 à temps plein. Sylvie Laroche n’a plus d’autre choix : elle doit prendre une nouvelle direction. Elle ne mise maintenant plus que sur le haut de gamme pour se démarquer, soit sur la qualité de la confection et des tissus de ses collections. Elzéa est le nom de sa nouvelle ligne . On n’y trouve que des produits personnalisés pouvant habiller une chambre de A à Z. Ils sont inspirés par sa clientèle et par plus de 30 modèles de housses de couettes qu’elle a créés au fil du temps.

Dans son atelier, situé à Saint-Agapit, l’énergie qui flotte dans l’air est vibrante. Les étoffes y sont soyeuses, brodées, imprimées et légères. Les tissus arrivent de moulins des États-Unis et de l’Espagne. Il est évident que Sylvie Laroche n’a pas dit son dernier mot. Elle sait depuis longtemps que tout est possible.