Magazine de décoration Sofadéco - Édition Novembre 2008 - Avant-Après - Détruire pour mieux reconstruire

Crayon en main, le designer Philippe Harvey a conçu une structure simple et asymétrique pour cette maison située à Saint-Émile. Les cloisons ont été repositionnées et les couleurs, modernisées pour un intérieur rafraîchissant et inspirant. Le style contemporain a « déplié bagage » pour balayer du revers de la main les éléments qui surchargeaient le décor . Une métamorphose complète réussie avec brio.

Texte : Julie Houde      


Portrait du designer Philippe Harvey

Riche de 16 ans d’expérience, Philippe Harvey dessine des intérieurs confortables et peaufinés pour ceux et celles qui vivront au cœur de ses plans. Il confectionne des décors uniques, reflets de la personnalité de ses clients. « Chaque pièce a son propre caractère, explique-t-il, mais un élément doit les unir ». À sa maîtrise des styles s’ajoute une personnalité communicative et fort sympathique, qui lui assure de nombreuses années dans le métier.



L’avenue des souvenirs

La cuisine, devenue monotone avec les années, avait indéniablement besoin de la créativité du designer pour s’actualiser. Ce dernier a donc repensé la conception de la pièce. « En raison de la hauteur du plafond cathédrale, je voulais ramener le centre d’intérêt vers le bas », précise le designer. On a donc encadré les armoires en merisier pour créer une jonction harmonieuse avec le plafond. On évite ainsi qu’elles se terminent dans le vide. Le brun foncé qu’elles revêtent semble tenir tête au blanc qui domine allègrement dans la pièce. De plus, on a inséré le nouveau réfrigérateur massif dans un module de rangement pour l’intégrer au décor et le dissimuler.

Sur les murs, un blanc crème a remplacé le jaune oppressant, laissant ainsi davantage respirer la pièce. Procurant le même effet, la céramique révèle ses charmes avec parcimonie au-dessus du comptoir de quartz.

On a également fait subir une cure de rajeunissement au comptoir-lunch en éliminant ses multiples angles pour préserver la finesse des lignes pures et élégantes.

Idée ingénieuse : Philippe Harvey a intégré dans son décor une vitre givrée qui joue un rôle d’écran entre la cuisine et le salon. Elle laisse ainsi la lumière pénétrer dans la pièce. Une délicate percée laisse toutefois la chance au cuisinier de surveiller la cuisson de son plat tout en écoutant la télévision.

Puis, à l’image d’une page d’album souvenir, une collection de bols à thé rapportée du Japon sied sur une tablette de verre. Mise en valeur, celle-ci laisse planer une odeur nipponne dans la cuisine québécoise.

Vent de fraîcheur

Dos à la cuisine, la salle à manger regorgeait de couleurs diverses. On ne savait où poser son regard dans cette pièce où rien n’était mis en valeur.

Les murs ont donc été repeints en blanc, une couleur sobre qui permet aux accessoires de se démarquer davantage. L’ancienne table a été récupérée et modifiée. « On a conservé la base de pierre et le dessus de verre a été remplacé par du bois », explique le designer. La table possède donc la richesse du matériau que l’on trouve également dans la cuisine.

Un luminaire sculptural s’abaisse maintenant au-dessus de la table pour un éclairage adéquat et un effet marqué.


La ville en guise d’œuvre d’art

Points forts du salon, le foyer et la percée visuelle devaient attirer le regard de ceux et celles qui s’aventuraient dans la pièce.

Comme dans chaque pièce du rez-de-chaussée, les murs ont d’abord été éclaircis afin qu’on leur accorde moins d’attention. Le foyer a ensuite rajeuni de plusieurs années en troquant son manteau de bois contre de la céramique. On t rouve d’ailleurs celle-ci sous les armoires de la cuisine en guise de rappel. Un placage de chêne, dont les rayures jouent le rôle d’un damier, surmonte maintenant le foyer à la manière d’une toile. Des tablettes de bois viennent toutefois briser l’effet de hauteur sans en diminuer l’impact .

La chaîne stéréo et le bois pour alimenter le feu ont été incérés dans des niches de bois qui se répètent aussi dans la cuisine, en clin d’œil au salon .

Finalement, la fenestration sans voilage ni rideau laisse voir la ville dans toute sa splendeur, comme si l’on s’inspirait d’une œuvre d’art.

Cocktails exquis

À la demande des propriétaires , Philippe Harvey a élaboré un espace pour un minibar, indépendant de la cuisine, afin qu’ils puissent recevoir les invités. Logé dans un corridor, il se fait discret, mais très pratique. On y trouve cellier, robinet et tablettes de verre éclairées où s’entassent coupes et boissons alcoolisées.

Des airs industriels

Auparavant très sombre, la salle de bains a dû rompre avec la monochromie pour adopter un environnement contemporain aux airs industriels.

On a changé le rouge des murs pour un bleu-gris et le module de rangement a cédé sa place à un meuble plus actuel. La céramique installée sur ce dernier ressemble à du béton que l’on aurait déposé sur un socle de bois. Une vasque rectangulaire remplace le robinet traditionnel pour un changement des plus complets.