Magazine de décoration Sofadéco - Édition Octobre 2008 - D'hier à aujourd'hui - Le Manoir Dionne : Au fil des générations

Reconnu comme l’un des vingt plus beaux villages du Québec, Saint-Antoine-de-Tilly se dresse au bord du fleuve, à 25 km de Québec. C’est au début des années 1700 que le village prend forme sous la gouverne du seigneur de Tilly.

Depuis sa fondation en 1702 se sont élevés des bâtiments prestigieux, dont certains surplombent encore aujourd’hui les routes de la municipalité. Parmi ces trésors architecturaux, on compte le Manoir Dionne qui a été remarquablement bien conservé au fil des ans.


Texte : Julie Houde      


Près de 170 ans d’histoire

Le Manoir Dionne, comme on le connaît aujourd’hui, a été construit dans les années 1840 par Henriette Noël de Tilly et son époux Charles-François Dionne. Depuis, plusieurs générations de Dionne se sont succédé en ces lieux, d’où l’appellation de la maison. L’un d’entre eux, Philémon Dionne, a même été le grand oncle de nul autre que René Lévesque, ancien premier ministre du Québec. C’est désormais au tour de la septième et de la huitième génération de la famille de préserver leur demeure pour garder en ses murs son âme ancienne.

Des bribes de souvenirs de certaines célébrités flottent toujours dans le manoir. Octave Crémazie, par exemple, célèbre poète québécois, venait parfois y passer l’été. Madame Albani, cantatrice renommée du 19e siècle, a également franchi les portes de la demeure à plusieurs reprises. D’ailleurs, deux bustes à leur image ont été installés dans la cour avant du manoir, protégés par de grandioses saules centenaires.

Je me souviens…

L’accès principal de la maison donne sur la cuisine où l’on découvre, comme dans chaque pièce, un décor architectural riche de révélations sur le quotidien des générations qui ont habité ces lieux. Complètement rénovée, cette pièce a été construite en 1845, soit quelques années après que la maison a été érigée. D’ailleurs, pour accéder à cette cuisine de l’intérieur, les propriétaires doivent franchir l’ancienne porte d’extérieur qu’ils ont préservée comme pour marquer d’un trait la ligne du temps qui définit l’histoire du manoir. La cuisine revêt maintenant un style gustavien où décor sobre, couleurs claires, dépouillement et luminosité mettent en valeur la collection de meubles et d’accessoires anciens de la famille.

Une vieille lampe Tiffany, convertie à l’électricité en 1930, est suspendue au-dessus de la table. Repère de différentes époques, ce lustre contient à lui seul plus de 120 ans d’histoire. Un meuble de rangement, conçu au début du 19e siècle, se repose près de l’escalier. Fait à la main et assemblé avec des chevilles, il possède de magnifiques détails d’ébénisterie qui en font une œuvre d’art en soi. Pièce importante de la cuisine, le poêle à trois ponts réchauffe l’atmosphère. Installé d’abord dans la salle à manger adjacente, il a été déplacé dans cette pièce pour ainsi être mis en valeur. Il s’adosse à un mur de céramique qui a été érigé lors de la rénovation afin de séparer la salle à manger de la cuisine plus moderne. Chaque porte qui mène à l’extérieur de cette pièce possède toujours son loquet d’origine avec lequel s’agencent d’élégantes clefs dignes des films d’époque.

Une salle à manger d’appoint a été aménagée dans la pièce adjacente. C’est à cet endroit que se trouvaient le poêle ainsi que la cheminée qui, en plus d’apporter leur chaleur à la maison lors des soirées plus fraîches, réchauffaient l’eau afin que la famille puisse se laver confortablement. L’hiver, le poêle était déménagé dans une autre pièce afin de condamner la salle à manger d’appoint pour préserver la chaleur du reste du manoir. Tous les trous d’aération, qui permettaient à la chaleur de se propager d’un endroit à un autre, font toujours partie intégrante de la maison. Dans cette salle à manger se trouvent également des meubles en chêne massif fabriqués en 1920.

À quelques pas se trouve le grand salon où étaient invités les visiteurs lors de mariages ou de funérailles. C’est dans cet endroit spacieux que l’on peut admirer le tout premier piano fait au Canada, soit à Toronto, au début du 19e siècle. Un miroir victorien, que l’on reconnaît par sa grandeur impressionnante et une ornementation imitant les sculptures de pierre de l’époque médiévale, y occupe aussi une place de choix.

Partout dans la demeure sont accrochés ici et là des portraits des différentes générations qui ont apporté au manoir un peu de leur personnalité, et des récamiers du début du 19e siècle trônent dans plusieurs pièces du rez-de-chaussée. Les plafonds à caissons ont aussi été conservés, caractéristique importante des maisons de l’époque.

À l’étage se trouvent les chambres à coucher. Comme les familles étaient souvent nombreuses auparavant, les chambres se devaient d’être petites pour accueillir tous les enfants. L’une d’entre elles possède un mobilier de la fin du 18e siècle, le plus vieux de la maison. Assemblé lui aussi avec des chevilles, le mobilier est le résultat d’un travail ardu, attentif et minutieux.

Le Manoir Dionne, complice de près de 170 ans d’histoire, fourmille de morceaux du passé qui ont toujours demeuré dans la mémoire de ses habitants.

Sources : Merci à monsieur Jean-François Dionne, propriétaire actuel du Manoir Dionne, pour les nombreux renseignements.