Magazine de décoration Sofadéco - Édition Février 2008 - D'hier à aujourd'hui - Le Clos Saint-Louis

Au cœur du Vieux-Québec s’offre sans retenue un paysage empreint de 400 ans d’histoire. La vie de la ville s’est écrite d’elle-même en laissant transparaître des passages obligés sans lesquels le Québec ne serait pas devenu ce qu’il est aujourd’hui.

Texte : Julie Houde      


Portrait d’époque

La célèbre défaite de Montcalm sur les plaines d’Abraham vient modifier le cours de l’histoire et ajoute à la ville une tout autre culture. La Conquête a forcé certains commerçants français à plier bagage et les marchands britanniques se sont installés graduellement dans les artères principales de la ville. La rue Saint-Louis, autrefois appelée Saint Louis Street, constituait l’endroit où logeait l’élite britannique. Deux maisons de cette rue, construites par la famille Racey, sont devenues aujourd’hui Le Clos Saint-Louis. Elles ont traversé le temps jusqu’à ce jour et témoignent de la force et du génie créateur des bâtisseurs. Voici donc quelques passages de l’histoire de cet endroit.

C’est en 1844 que la première maison a été construite au 69, rue Saint-Louis. Derrière ses portes, John Racey, de souche écossaise, sa femme Suzanne Wise et leurs cinq enfants. Dix ans plus tard, c’est au tour de John Racey junior, médecin tout comme son père, de faire construire sa maison à proximité de celle de ses parents. Les plans ont été conçus par des architectes anglais très réputés : Stanley & Dunlevy. Autour de 1950, les deux maisons familiales sont converties en une maison d’hébergement où beaucoup d’étudiants viennent se loger. À cette époque, l’Université Laval est située dans le Vieux-Québec. Les étudiants demeurent donc à quelques pas de leur lieu d’étude. Selon la propriétaire actuelle de l’hôtel, Ghislaine Donais, l’ancien premier ministre M. Brian Mulroney aurait déjà fait partie des locataires de l’endroit. En 1968, la maison est finalement transformée en hôtel.

Portrait actuel

« Dès le premier coup d’œil, j’ai eu le coup de foudre pour le bâtiment qui, avouons-le, était devenu un taudis avec les années », affirme Ghislaine Donais. Tout était à refaire. Aucun objet ne pouvait être conservé. Derrière les travaux à faire, Mme Donais entrevoyait l’image de l’hôtel qu’elle avait tant espéré. « L’édifice avait un beau potentiel et je ne pouvais pas manquer cette chance », ajoute-t-elle. C’est donc en 1987 et en 1988 que Ghislaine Donais acquiert les deux maisons et réalise son rêve : offrir de l’hébergement de luxe dans une maison historique à une clientèle locale et internationale. En réalisant ce souhait, Mme Donais, d’abord chef de service dans un hôpital, se concocte une retraite active.

Au moment de l’achat, elle forme un groupe de trois pour remettre à neuf le bâtiment. Quelques mois plus tard, Mme Donais se retrouve seule pour réaliser son projet. « Il me fallait de l’énergie, de la détermination et de la passion pour atteindre mes objectifs. Si l’un des trois avait failli, je n’aurais pas pu passer au travers », indique la propriétaire.

Faute de subvention, Ghislaine Donais puise dans ses économies personnelles et restaure la bâtisse. Après de nombreuses recherches sur le type d’architecture de l’époque, elle façonne l’endroit avec doigté afin de respecter le style victorien qu’avait la maison au temps de la famille Racey. Avec l’aide de son mari, Michel Donais, et de son frère, Pierre L’Heureux, Ghislaine se met au travaille. Un hôtel luxueux se forme alors sous ses yeux. Hauts plafonds, boiseries, planchers de bois, cheminées en marbre, murs de pierres, fenêtres à battants et escaliers majestueux sont autant d’éléments qui rappellent le faste de l’époque victorienne. Caractérisé par des décorations ostentatoires et opulentes, par une obsession pour l’ornementation et par des motifs qui évoquent souvent la nature, le style victorien, dit-on, résulte du terre à terre de l’industrialisation moderne. Dénichant au fil des ans les perles enfouies chez les antiquaires et les répliques de meubles qui rappellent les manoirs anglais chez Bombay, Mme Donais enrichit peu à peu le décor de chaque pièce. « C’est Christiane Ruel-Côté, designer et amie d’enfance, qui a su harmoniser mes délires », s’exclame Ghislaine Donais. La propriétaire lui confie ses petits trésors et la designer leur apporte une touche de magie afin de leur redonner une âme ancienne et de bien les intégrer dans le décor.

Aujourd’hui, l’hôtel possède 18 chambres dans lesquelles une nuit de rêve est assurée. Chacune d’elles porte le nom d’une dame qui a demeuré dans ce lieu à une époque ou à une autre. Au dernier étage, sous les combles, vivaient autrefois les domestiques. Habituellement filles de la campagne, elles arrivaient à l’âge de 15 ans pour offrir leurs services de bonne à tout faire aux familles riches. Elles étaient là sans nom, mais leur esprit demeure grâce à la propriétaire qui a consacré un étage en leur mémoire.

Enfin, Ghislaine Donais a su préserver l’histoire de l’endroit. Elle a fait revivre le style de l’époque pour l’offrir, à la manière d’un tableau, à ceux et celles qui désirent venir s’y arrêter moment.