Magazine de décoration Sofadéco - Édition Novembre 2012 - Novembre 2012 - Novembre 2012
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Sofadéco / Novembre 2012



Au pied d’un grand sapin, aux abords d’un tranquille cours d’eau, elles sont là, discrètes, presque invisibles. Puis, un éclat de lumière attire l’œil : c’est le soleil qui s’accroche à de minuscules plantes vertes d’apparence mystérieuse… Ce sont les mousses, merveilleuses, insaisissables…

Texte : Mélanie Veilleux      


La beauté
On n’a souvent d’autre choix, pour admirer la beauté fulgurante des mousses, que de s’agenouiller et de s’approcher à quelques centimètres d’un individu. C’est un bien petit tribut à rendre pour contempler tant d’élégance et de subtilité! En 1958, le ministère du Nord canadien et des Ressources nationales recensait 23 espèces de mousses au pays. Aujourd’hui, ce chiffre est bien plus élevé, puisque les progrès de la recherche permettent souvent d’identifier des espèces qu’on croyait être de simples variétés. Il est toutefois ardu de déterminer avec exactitude le nombre d’espèces présentes à l’intérieur de nos frontières.

Que savait-on des mousses, jadis? Bien peu. Et qu’en sait-on aujourd’hui? Toujours très peu! C’est que les méthodes d’investigation sont dorénavant tellement perfectionnées qu’elles ont généré bien plus de questions que de réponses. Et puis, elles se ressemblent tellement, les mousses! Vertes, duveteuses, en forme de coussin… Certes, ces qualificatifs s’appliquent à merveille à ces petites plantes. Mais c’est en décortiquant les « coussins » que l’on peut observer les spécimens de manière plus poussée. La mnie, par exemple, est d’une beauté à couper le souffle. Bien sûr, elle est verte. Bien sûr, elle court sur les rochers ou les vieilles souches, mais attendez… À l’extrémité de sa minuscule tige apparaît un extraordinaire verticille de cinq ou six feuilles, formant un bouquet arrondi, un peu comme une fleur de marguerite… sans la couleur! Il faut être aveugle pour ne pas tomber en pâmoison devant une telle magnificence!

La fonction
On sait que tous les êtres vivants ont une fonction; celle des mousses est parmi les plus importantes : la colonisation des sites dévastés. Paradoxalement, bien qu’elles soient petites et fragiles, les mousses sont des organismes incroyablement résistants. Ce sont elles qui occupent en premier les sites fortement perturbés par des catastrophes naturelles, telles que les feux de forêts. L’une des espèces les plus communes sous nos latitudes, la funarie hygromètre, pousse souvent sur les sites de brûlis. Pourquoi? Difficile de répondre adéquatement à cette question, puisque les connaissances des chercheurs sur ces fossiles vivants (l’apparition des mousses remonterait à plus de 500 millions d’années!) restent limitées. Néanmoins, par leur présence, les mousses stabilisent les sols fortement perturbés et permettent aux graines de s’ancrer, puis de germer. Depuis des milliers d’années, elles amorcent le cycle de la formation d’un habitat herbeux ou forestier.

Aujourd’hui, on a trouvé une autre fonction aux mousses : la bioaccumulation des métaux lourds. C’est que les mousses se nourrissent en absorbant les nutriments apportés par les animaux et véhiculés par le vent ou la pluie. Cependant, elles assimilent aussi tous les autres éléments présents dans l’air et l’eau. Ainsi, on a pu repérer la présence de cuivre dans un environnement colonisé par les mousses, puisqu’elles absorbaient ce métal qui les tue à petit feu. Également, on a pu quantifier les niveaux de plomb, de cadmium et d’arsenic dans certaines régions européennes en broyant les mousses et en analysant leur composition grâce à des engins formidables.

L’environnement
Qui n’a jamais observé, sur le tronc d’un arbre de bon calibre, un coussin de mousse s’accrochant fermement à l’écorce? Les mousses ne sont pas des parasites, elles ne font qu’utiliser le support parfait que leur procure l’arbre, sans que ce dernier ne soit gêné de quelque façon que ce soit. Les mousses peuvent coloniser les habitats les plus variés, fussent-ils l’œuvre de l’homme ou de dame Nature. La distribution de la plupart des espèces de mousses est générale. Autrement dit, elles poussent au nord comme au sud et à l’est comme à l’ouest.

Le Nord canadien, dénudé d’arbres en plusieurs endroits, est riche en mousses. Elles y sont régulièrement recouvertes d’un manteau de neige en hiver, ce qui leur permet de survivre aux conditions extrêmes et aux vents souvent violents qui soufflent en ces lieux ouverts. Toutes les forêts et tous les villages ont leurs tapis de mousses. Les berges des rivières accueillent souvent la sphaigne, dont il existe jusqu’à 350 espèces dans le monde. Cette mousse spectaculaire s’accumule sur des mètres de profondeur, formant un tapis qui s’épaissit au fil des décennies. Les polytrics l’accompagnent avec élégance. D’autres, comme les différentes variétés de brye, choisissent plutôt les toits des bâtiments pour s’accrocher. Quant aux rochers, ils sont souvent couverts d’hypnes de différents types. Ceux-là partagent leur espace de vie avec les dicranes, tout aussi magnifiques. Les jardins japonais, renommés pour leur beauté à couper le souffle, intègrent les mousses à la perfection. On les retrouve même en Antarctique! Vous en avez dans votre gazon? Quelle chance!

L’emballage
Parmi les milliers d’espèces de mousses présentes dans le monde, presque toutes mesurent moins de 50 cm. Les organes des mousses sont primitifs, contrairement à ceux de leurs contemporaines, les plantes à fleurs. Les tissus de ces dernières composent des fleurs, des feuilles, des tiges, des racines ou des fruits. Les plantes à fleurs arborent des couleurs superbes et développent parfois des parfums envoûtants. Certaines ont en plus différentes caractéristiques, comme des épines ou des poils. Rien de tout cela chez les mousses. Ces dernières ne fabriquent en effet qu’un seul type de tissu : la cellule végétale… à moins que ce soit le temps des amours!

En effet, les générations fertiles et non fertiles alternent d’une année à l’autre sur le même plant. Durant une année fertile, une grande partie de l’énergie emmagasinée par le plant sert à l’apparition des organes distributeurs de spores. Cette énergie est utilisée par la plante pour fabriquer une tige fine et haute, à l’extrémité de laquelle une capsule est érigée. Cette capsule renferme les spores, qui seront distribuées par la pluie et le vent. À toute autre période, la mousse typique est un assemblage de cellules photosynthétiques, entre lesquelles des espaces sont présents. Ces espaces servent à l’accumulation d’eau et de gaz, avant qu’ils ne soient métabolisés par les cellules. Des feuilles minuscules, pas plus épaisses que des cheveux, trouées de microscopiques orifices indispensables à la respiration, le tout d’un vert intense, voilà « l’emballage » dans lequel cette petite usine à filtration des polluants s’est installée!

La taille
Les mousses sont petites. Pourquoi? C’est qu’elles ne sont pas constituées de réseaux de canaux conducteurs de sève aussi évolués que ceux des plantes supérieures. Sous la surface de chaque minuscule organe se trou­vent des pores nommés stomates. Ceux-ci s’ouvrent et se ferment en réponse à différents stimulus environnementaux. Les liquides, l’oxygène et le gaz carbonique ainsi que les autres éléments présents dans l’environnement sont aspirés par la mousse. Ce sont des tubes conducteurs très simples, composés d’hydroïdes, qui permettent à l’eau de voyager. Leur capacité réduite de transport empêche cependant ce précieux élément de se déplacer sur une grande distance. Puisque l’eau et tous les éléments nécessaires à la vie de la plante ne peuvent voyager que sur une distance de quelques millimètres, il est impossible pour l’organisme d’atteindre une grande taille.

De plus, contrairement aux plantes à fleurs, les mousses n’ont pas de racines! Elles s’accrochent aux différents substrats grâce à de fins rhizoïdes. Ces structures sont encore plus petites que les tiges et les feuilles des mousses, et ne contiennent habituellement pas de chlorophylle. Leur fonction première est de procurer à l’individu un moyen de s’agripper. Les mousses semblent tellement primitives! Pourtant, elles ont survécu à de nombreuses ères glaciaires et demeurent bien vivantes aujourd’hui. La durabilité par la simplicité, voilà la devise des mousses!

La croissance
Comme on vient tout juste de le voir, la taille d’une mousse est ridiculement petite... ce qui n’en fait pas pour autant une éternelle enfant! Le terme éternel devrait plutôt s’appliquer à la longévité des mousses en général. Puisqu’un embryon de mousse est presque invisible à l’œil nu, il n’est pas étonnant que son développement se fasse aussi en secret… jusqu’à ce que l’individu et ses congénères (les mousses poussent en groupe) atteignent une taille qui nous permet à nous, humbles humains, de les observer. À ce moment, depuis combien de temps sont-elles à l’œuvre? Bien des années et, souvent, des décennies. La lenteur de leur croissance fait que, lorsqu’elles sont enfin parfaitement visibles, elles ont déjà plusieurs lunes!

Chez les différentes variétés de sphaigne, un autre phénomène complique l’évaluation de l’âge des individus : leurs tiges s’allongent indéfiniment. En effet, les nouvelles pousses feuillées produites par un plant se concentrent à la surface des coussins, tandis que les tiges plus âgées s’enfoncent lentement dans une eau très acide ou dans les profondeurs mystérieuses du sol d’une forêt. Il peut ainsi s’accumuler des mètres de végétation morte! Des légendes (et quelques cas réels) parlent d’objets ou d’animaux préhistoriques qui auraient été découverts au milieu de tels amas, en parfait état de conservation!

La durée de vie
Combien de temps les mousses vivent-elles? Il y a deux réponses : très peu de temps en tant qu’individu, et indéfiniment en tant que groupe. La lenteur de la croissance est un facteur qui augmente la durée de vie. Les organismes dont l’activité métabolique est lente croissent lentement et vivent en général plus longtemps que ceux dont l’activité métabolique est rapide.

Un autre phénomène explique la survie des mousses jusqu’à nos jours : le clonage. Les réalisateurs de films de science-fiction n’ont absolument rien inventé! Le clonage existe depuis presque aussi longtemps que la flore elle-même. C’est un des moyens de reproduction les plus largement utilisés chez les plantes, primitives ou modernes. Chez les mousses, une tige individuelle vit habituellement quelques années. Au cours de son existence, elle sera probablement blessée à plusieurs reprises. La portion de la tige coupée aboutira souvent un peu plus loin, sur le sol nu. Si les conditions néces­saires sont réunies, elle se fixera à son nouvel habitat et formera une nouvelle colonie. Puis, de nouvelles tiges naîtront grâce à la reproduction sexuée. Et la tige d’origine, clone d’un ancêtre croissant à quelques encablures, continuera son épanouissement jusqu’à ce qu’une blessure se produise et que son extrémité soit arrachée, puis transportée par le vent…

La valeur ajoutée
Comme on l’a déjà mentionné, on utilise les mousses pour mesurer les taux de contaminants dans l’atmos­phère et dans l’eau. C’est là un beau service rendu à l’humanité! Mais il y a beaucoup plus. On dit que certains papillons de nuit se nourrissent de mousses. De plus, les oiseaux qui fabriquent un nid utilisent toutes sortes de matériaux pour le montage de leur structure, incluant quelques becquées de mousse.

Les mousses ont aussi été très utiles aux humains, pas seulement aux animaux. Anciennement, on les utilisait pour rembourrer les matelas et les oreillers. De plus, puisque leur pouvoir absorbant est énorme (plusieurs fois leur poids en eau), les femmes leur ont trouvé une utilité très particulière : on s’en servait comme bandage pour les brûlures et autres blessures. Dans les régions polaires, la sphaigne était jadis utilisée comme matériau isolant; on l’intégrait dans les murs, les planchers et les toitures, protégeant ainsi du froid les habitants du Grand Nord. Aujourd’hui, la sphaigne est récoltée en quantité énorme pour des usages aussi variés : on l’utilise dans les mélanges de terreau pour la plantation, dans la fabrication de lits de filtration pour les systèmes autonomes d’épuration des eaux usées et aussi pour la fabrication de contenants très légers. Enfin, la mousse peut être utilisée comme complément aux substrats servant à la croissance des champignons cultivés. Une couche de sphaigne déposée sur le dessus d’un lit de compost aide à la conservation de l’humidité. Les champignons percent facilement cette strate, se développant merveilleusement sur ce lit magnifique!

Les dangers
De nos jours, les espèces végétales et animales, à moins qu’elles ne vivent très loin de la civilisation, font face à une panoplie de dangers qui nuisent à leur épanouissement. Dans plusieurs cas, l’étalement urbain, le développement hôtelier, la construction de routes et de nombreux autres facteurs détruisent les habitats jusque-là conservés sous leur forme naturelle. Les mousses sont généralement parmi les premières à être affectées par de tels dangers. Elles sont petites, méconnues, faciles à déloger… Per­sonne ne s’est encore enchaîné à un lit de mousse afin d’empêcher sa destruction!

La perturbation de l’habitat est donc le premier danger auquel font face les mousses. Mais en ce XXIe siècle, un autre facteur influence l’épanouissement des mousses et provoque même leur disparition : les changements climatiques. En effet, les mousses sont extrêmement sensibles aux variations de la température et du niveau de précipitations. Bien sûr, elles sont capables de s’adapter aux changements graduels imposés par dame Nature. Mais notre planète se réchauffe à une vitesse fulgurante, et les écosystèmes peinent à s’adapter au rythme effréné des métamorphoses du climat. Comme la survie des mousses procure un excellent indice de la stabilité d’un environnement, ceux qui ont le bonheur de posséder chez eux des colonies de mousses pourront suivre leur évolution au fil des ans et observer, en spectateurs attentifs, les effets des fluctuations du climat sur une importante branche de notre flore indigène.

Quelques détails supplémentaires
Les mousses sont-elles le résultat d’une expérimentation ratée de dame Nature? C’est en tout cas ce que prétendent bon nombre de biologistes. C’est que plusieurs caractéristiques de ces petites plantes sont incroyablement différentes de celles des plantes dites supérieures. Comme on l’a vu, les mousses n’ont pas de racines, seulement de petits filaments leur permettant de s’accrocher au substrat. Elles n’ont pas de vaisseaux transporteurs de sève comme les plantes supérieures, que de petits tubes et d’autres structures leur permettant d’absorber l’humidité ambiante. Leurs feuilles ne sont pas non plus des feuilles, au sens strict de la botanique; ce sont des pseudophylles, d’organisation et d’origine différentes des feuilles modernes. Les mousses n’ont pas non plus de fleurs ni de pollen. Elles ont plutôt des capsules renfermant des spores mâles et femelles, qui doivent être dispersées par le vent ou par des animaux, petits ou grands. Ces spores doivent ensuite se rencontrer pour former un nouvel individu. Parfois, les spores demeurent dans la capsule ouverte, et la fécondation se produit in situ. Un nouvel individu naît à l’extrémité de la tige, et il sera en partie nourri par le plant mère jusqu’à ce qu’il s’en détache. S’il ne s’en détache pas, il y passera toute sa vie… l’équivalent d’un Tanguy chez les humains!

À l’instar des plantes à fleurs, dont les organes de reproduction sèchent et tombent après la production de pollen et la fécondation, les mousses perdent leur soie et la capsule qui s’y attache, si celle-ci se vide de son contenu. Cependant, les organes générateurs de ces deux éléments restent attachés au plant mère. Ils sont repliés à l’intérieur de la plante et se développent quand arrive la saison des amours. Il existe encore de nombreuses différences entre les mousses et les plantes supérieures. Alors, expérimentation ratée ou autre bran­che mystérieuse de notre merveilleuse flore?


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