Magazine de décoration Sofadéco - Édition Novembre 2012 - Art et concept - Mélange d'ancien et d'actuel : une hybridité accrocheuse

Depuis l’avènement de l’art moderne – courant né lors de l’entrée des sociétés occidentales dans l’ère industrielle –, les artistes non traditionnels ont dû défendre leurs projets à maintes reprises. Différents manifestes, regroupements et coups d’éclat ponctuent l’histoire des arts modernes depuis les révolutions visuelles du milieu du XIXe siècle.

Texte : Sabrina Clitandre      


À partir de cette période, de nombreuses querelles idéologiques sont survenues entre les tenants d’une idéologie « ancienne » et ceux d’une idéologie « moderne ». Pourtant, quand on y regarde de plus près, on peut conclure que les créations des uns et des autres gagnent souvent à être vues côte à côte. La cohabitation des styles anciens et modernes est plus aisée qu’elle peut paraître!

Un conservatisme actualisé
La ville de Glasgow, en Écosse, abrite le Kelvingrove Art Gallery and Museum. Ce musée, où l’on peut voir différentes expositions d’art interna­tional et d’autres traitant davantage d’histoire naturelle, est un chef-d’œuvre architectural de style victorien. Des armes anciennes, des animaux exotiques naturalisés et un avion de guerre ancien côtoient sans heurts des tableaux classiques de Botticelli, des chefs-d’œuvre de Pablo Picasso et des incontournables de Salvador Dalí. Bien qu’ayant été construit au début du XXe siècle, ce bâtiment arbore un style plus ancien. Son plafond voûté à caissons, les arcs en plein cintre de ses percées, la régularité et la symétrie de ses éléments architecturaux et les matériaux nobles qui le composent lui donnent une apparence élégante et classique. Tout y est clairement ordonné, malgré la complexité des œuvres et des objets présentés.

Néanmoins, des objets à l’esthétisme tout contemporain trouvent leur place entre ces murs. Les différentes galeries se succèdent, et leur contenu, issu d’époques différentes, correspond à plusieurs styles. Une des galeries du musée impressionne particulièrement les visiteurs et ne laisse personne indifférent : celle nommée Expression. Surplombant l’atrium, des dizaines de masques blancs tridimensionnels, semblant flotter dans l’espace comme le feraient des ballons gonflés à l’hélium, arborent différentes expressions faciales typiques. Un éclairage coloré et variable ponctue les différentes expressions. Comme d’importantes rénovations de l’ensemble de l’édifice ont été nécessaires au tournant des années 2000, les concepteurs ont profité de cette occasion pour y intégrer des installations aux styles très actuels. Les masques flottants sont en quelque sorte devenus la signature visuelle du musée, même si l’établissement figurait déjà en première position des attractions les plus populaires de Glasgow.

Les concepteurs du musée, qui misent sur une interaction directe entre les objets exposés et les visiteurs, font remarquer le côté ludique de cette installation contemporaine. « Like a release of balloons, the heads bring lightness and humour to a grand building, lifting visitors heads and acting as a draw to the upstairs galleries », explique Esther Dugdale, directrice des événements du musée. C’est le contraste entre l’architecture classique et la création audacieuse qui permet à l’un et à l’autre de se bonifier. L’impact visuel est fort, c’est ce qui est voulu. « Based on a new concept of story telling, the displays present old favourites and never seen before treasures in new and unexpected combinations », ajoute Mme Dugdale.

Rappeler l’histoire autrement
Les médiateurs muséaux adoptent depuis quelques décennies des approches qui facilitent la compréhension des objets exposés par les visiteurs, que ces derniers soient initiés ou non à l’art. On peut en voir un bon exemple dans cette mise en espace d’éléments que l’on pourrait d’abord juger disparates, mais dont le mélange rend l’exposition plus accessible.

Dans cette partie du musée – la galerie Life –, un Spitfire LA 198 est accroché de manière à surplomber différents animaux exotiques et indigènes naturalisés. L’avion de guerre ainsi disposé rappelle le rôle joué par Glasgow durant la Seconde Guerre mondiale. Pour une exposition à l’ancienne, on aurait choisi une mise en place standard, où les objets se succèdent chronologiquement. Ici, le design d’exposition est audacieux : les visiteurs peuvent apprécier l’avion typique de 1944 en même temps que des éléments d’une autre époque. Un habile dispositif d’accrochage, tout aussi impressionnant que discret, a été pensé par une équipe de designers d’expositions afin que l’avion soit incliné légèrement, comme s’il était en vol, et ce, à quelques centimètres seulement des visiteurs lorsqu’ils sont sur les balcons du premier étage!

Ces exemples du musée écossais démontrent que l’actualisation de contenus anciens et la juxtaposition d’éléments issus de différentes ères permettent des mises en scène qui interpellent davantage les visiteurs et amènent ces derniers à poser un œil nouveau sur les œuvres. Lorsque l’ancien et le moderne sont combinés de façon astucieuse, l’expérience muséale de tous s’en trouve améliorée!