Magazine de décoration Sofadéco - Édition Été 2011 - Aménagements paysagers - Escapade urbaine

Au premier coup d’œil, on a tout de suite envie de prendre place au jardin et de se relaxer. L’endroit est petit, intime comme un cocon, malgré la densité d’habitants tout autour.

Texte : Sylvie Laberge      


La décoration est sobre, mais on remarque tout de suite une gre­nouille en céramique au sol. Certains jardiniers accordent à la représentation de cet amphibien une symbolique profonde. Les Égyptiens y voyaient l’avènement du renouveau perpétuel de la vie. En Chine, c’était plutôt l’incarnation d’une des deux âmes de l’homme. Les Indiens y décelaient la matière indifférenciée, à l’origine de toute forme de vie dans l’univers. Dans ce jardin tout en souplesse, cette statuette de céramique ne s’embourbe pas dans tout ce décorum métaphysique : en cet instant, elle ne représente que le beau, le naturel prolongement de cet endroit charmant.
Quelques variétés d’hémérocalles, des iris, des ligulaires, des rudbeckies et des hostas assurent au jardinier amateur la tranquillité d’esprit, car ces espèces demandent un minimum de soins. On retrouve certains de ces végétaux dans des cubes fermés de très grand volume, plutôt qu’en pleine terre. Cet aménagement se traduit par un mélange d’avantages et d’inconvénients. Sans aucun doute, il permet un contrôle complet du milieu de culture de départ, qui doit être riche et bien aéré. L’envahissement par les mauvaises herbes qui se propagent à l’aide de stolons aériens et souterrains est avantageusement limité, presque entièrement éliminé. Les contenants favorisent la croissance des plantes au printemps, puisqu’ils se réchauffent plus rapidement que le sol naturel. Néanmoins, le désavantage de ce type de plantation se caractérise souvent par une évaporation plus rapide de l’eau. Or, cet effet est négligeable ici, la capacité des contenants étant très élevée. Cela permet d’y inclure des arbustes et des arbres à petit déploiement, conférant à l’ensemble la hauteur indispensable à l’atteinte de l’harmonie visuelle. Au centre de quelques pierres soigneusement agencées coule discrètement un filet d’eau, autour duquel la mousse s’est installée. Ce jardin aux dimensions limitées livre rapidement tous ses secrets, d’où la nécessaire sobriété évoquée plus haut. Un décor trop chargé nuit à l’apaisement recherché à la pénétration de ces lieux. Ce jardin ne fait pas plus de 65 m2 (500 pi2), mais l’ambiance qui y règne n’en est pas une de chaos.

Réalisé en 2004 par des paysagistes professionnels, ce jardin revêt déjà une apparence de maturité. C’est le résultat d’une plantation serrée, mais aussi de soins adéquats. Un paillis est étendu à la surface du sol, complétant le travail d’humidification entamé par le système d’irrigation en place. Des engrais sont appliqués sous la haie de thuyas. Celle-ci doit être taillée annuellement, seulement si l’on désire contrôler sa croissance. En dernier recours, herbicides et fongicides écologiques seront utilisés en cas de désordre. Une orientation sud-ouest permet aux rayons du soleil de caresser la plantation durant de longues heures au cœur de l’été, assurant ainsi une croissance maximale des végétaux. Un érable japonais (pleureur) livre sa palette de couleurs flamboyantes, alors que l’hibiscus entame ses dernières semaines de floraison. Un bouleau se démarque contre les murs environnants.

Ce lieu, où jadis trônait une usine de boulons désaffectée, prouve hors de tout doute que de la désolation, on peut tirer une oasis. On croirait entendre le bruit des machines, mais ce n’est que le vent qui serpente entre les murs des nouveaux bâtiments. Certains vestiges de l’ancienne usine ont été conservés, comme une cheminée et quelques murs. À l’abri d’un style distinct, mais de tradition occi­dentale par ses lignes droites, ce jardin nous convainc qu’il n’est pas nécessaire d’être cantonné dans l’Angleterre de Gertrude Jekyll ou dans la France des parterres du parc de Versailles pour dégager une impression de bien-être.