Magazine de décoration Sofadéco - Édition Été 2011 - Aménagements paysagers - Requiem pour un après-midi d’été

Niché au cœur d’un quartier paisible, voici un jardin bien ordonné qui se conjugue en deux temps : d’un côté, la gaieté, la joie de vivre et un brin d’exubérance se côtoient dans une association de formes et de couleurs différentes; de l’autre, la sobriété, l’uniformité et la souplesse, représentées ici par une palette de verts déclinée en plusieurs tons.

Texte : Sylvie Laberge      


La très grande majorité des végétaux est de la gamme des arbres et arbustes. De très beaux lilas fleurissent à l’entrée du jardin, tandis que la variété hâtive a terminé sa floraison depuis un moment déjà. C’est en mai-juin que l’on peut profiter de son parfum envoûtant : des centaines de fleurs en forme d’étoile à quatre branches exhalent des odeurs enivrantes. Le lilas commun est encore la variété la plus populaire sur le marché, malgré l’apparition de nombreux hybrides performants, comme le lilas de Preston, qui s’épanouit ici sans encombre.

Une jeune épinette de Norvège surprend un peu plus loin. Ses rameaux pendants contrastent avec les feuilles bien droites des lilas. Un ceri­sier à feuillage pourpre vient rompre l’uniformité, ponctuant d’un point d’exclamation cette déclaration de simplicité. L’attrait visuel par excel­lence de cette portion du terrain est sans contredit l’érable à sucre qui trône presque au centre de l’ensemble. Son houppier dense fournit gîte et couvert à une multitude d’oiseaux.

La pelouse, d’une hauteur parfaite et d’apparence veloutée, serpente comme un calme ruisseau et va se perdre sous les arbustes. Le foyer extérieur, avec sa teinte charbon, crée un effet de perspective, simulant l’éloignement. La pièce de résistance du jardin est concentrée autour d’une piscine aux formes irrégulières. Toujours bien ordonné, mais intégrant des notes extravagantes, le visiteur comprend qu’il en contemple le côté givré! Discrets mais tout de même évidents, les arbustes taillés méritent notre attention. Les thuyas regroupés font office de gardiens de la paix, bien alignés au garde-à-vous.

L’art topiaire (qui consiste à donner à l’arbuste une forme autre que celle qui lui est naturelle) demande un entretien soutenu et régulier. C’est un travail exigeant que peu de jardiniers souhaitent accomplir. Cette discipline remonte à la Rome antique, alors que le topiarius – nom du jardinier chargé d’exécuter des sculptures végétales – se devait de mettre à l’avant-scène le symbole du triomphe de l’esprit sur la nature. Délaissé pendant des siècles, cet art revient maintenant en force depuis 2006, tant dans les jardins publics d’agrément que dans l’arrière-cour du simple citoyen.

Des hémérocalles et des iris forment le cœur de l’aménagement des vivaces. Grâce à une variété de végétaux limitée et à des répétitions entre plates-bandes, l’harmonie visuelle est conservée. Quelques sedums et hostas viennent compléter la sélection. Ici aussi, les arbres et arbustes dominent. Une hydrangée de taille respectable livrera bientôt sa florai­son. Les spirées sont nombreuses et distribuées équitablement, entourées de genévriers rampants et d’épines-vinettes. Celles-ci sont aussi taillées en boule, en prolongement des thuyas.

Le thuya occidental est une espèce indigène en Amérique du Nord. En nature, il peut atteindre plus de 30 mètres. Cet arbre supporte des conditions variées de sol et d’ensoleillement. Voilà pourquoi les thuyas sont un choix très populaire pour former des haies. D’une hauteur de plus de 3 mètres, la haie forme un mur impénétrable, refuge apprécié de nombreuses espèces de petits animaux et d’insectes. C’est un brise-vent extrêmement efficace, beaucoup plus qu’une simple clôture dénudée de la même hauteur. La zone protégée équivaut à environ 5 fois la hauteur de la haie. Dans le cas d’une clôture, de très désagréables tourbillons se forment à sa base. Ici, les baigneurs ne seront pas incommodés par la trop forte brise.

De nombreux arbres adultes se déploient tout autour de la piscine. Ils ont pour mandat de protéger les baigneurs du soleil trop ardent. Mais la canopée ouverte invite la lumière à de multiples réflexions par les végétaux en contrebas. Au sol, les vivaces profitent de la grande qualité du spectre lumineux pour maximiser leur croissance et leur maintien.

Tout au bout de la cour, une ouverture dans la haie laisse deviner une clôture de style rustico-contemporain, aux teintes sombres de bois, qui s’harmonisent avec l’environnement. Complète­ment recouverte par la végétation, elle est pra­tiquement invisible. Une remise discrète et entou­rée d’un camaïeu de verts complète l’ensemble. Une mangeoire aux lignes sobres pourvoit aux besoins de la faune ailée, en s’intégrant dans l’amé­nagement sans détonner.

Quelques éléments bien choisis ressortent du lot : une vigne à raisins, dont se régalent les pro­priétaires au moment de la récolte (35 livres en 2008!); l’originalité des plates-bandes intégrées dans le parterre de pavé de béton qui attirent le regard; et deux bancs confortables, qui incitent à la contemplation.

Un éclairage discret est disposé stratégiquement, conférant à l’endroit une ambiance nocturne tout à fait différente. D’une superficie plus étendue que la grande majorité des jardins de banlieue, cet espace demeure harmonieux, parsemé de petites surprises. Il s’en dégage une impression de sérénité, probablement malmenée quand, au coucher du soleil d’une journée caniculaire, sont prises d’assaut la piscine et son eau à la fraîcheur bienfaisante.