Magazine de décoration Sofadéco - Édition Été 2011 - Place à la relève! - Évolution industrielle

Concevoir l’aménagement intérieur d’un restaurant, situé au rez-de-chaussée d’un édifice sur l’avenue Cartier à Québec, voilà le mandat fictif qui a été confié aux élèves du cours Atelier 4 du collège François-Xavier-Garneau. En équipe, ils ont élaboré un décor selon les goûts et les exigences des propriétaires de l’endroit, qui ont bien voulu se prêter au jeu. Découvrez la création de Marie-Jeanne Allaire-Côté et de Gabrielle Neiderer-Gauthier.

Texte : Julie Houde      


Exigences
Bien qu’on leur ait confié un mandat fictif, les étudiants devaient faire face à plusieurs exigences, qui n’ont fait que rendre le défi plus stimulant. D’abord, avec un budget limité, les concepteurs étaient tenus d’élaborer un plan qui reflète les tendances du XIXe siècle, tout en s’inspirant du menu de l’endroit. D’ailleurs, en ce qui concerne ce dernier, les investisseurs désiraient créer un nouveau concept qui consiste à offrir une gamme de repas inspirée du pâté chinois.

Les clients du restaurant devaient « se sentir comme dans une cuisine et non comme dans un salon », ont ajouté les propriétaires. De plus, les concepteurs étaient contraints d’inclure dans leur plan un bar pouvant accueillir de 12 à 15  personnes, ainsi qu’une trentaine de tables de 2 et de 4 places.

Finalement, chaque groupe devait tenir compte d’un dernier élément pour le moins inusité : les investisseurs aiment l’aspect esthétique du maïs. Les étudiants ont donc usé de créativité pour l’intégrer à leur décor.

Réalisation
Afin de répondre aux demandes de leur client, Marie-Jeanne et Gabrielle ont d’abord fait une recherche sur le pâté chinois. Plusieurs théories existent concernant la naissance de ce plat bien de chez nous, mais l’une d’entre elles leur a semblé plus plausible. Comme elles l’expliquent dans leur travail, la théorie veut que le pâté chinois soit apparu vers la fin du XIXe siècle. C’est à cette époque qu’a été construit le chemin de fer servant à unir tout le Canada. Les travailleurs (qui étaient en majorité asiatiques) étaient nourris avec du maïs, de la viande et des pommes de terre. Cette recette, qui était peu coûteuse et très accessible, a ensuite été adoptée par les Canadiens français.

Cette théorie leur a donc inspiré un décor de style industriel. « Nous voulions ainsi amener l’esprit des travailleurs che­vronnés du XIXe siècle », précisent-elles dans leur travail. Pour ce faire, elles ont utilisé des matériaux qui évoquent le style urbain, soit l’inox, le fer, la brique et le béton. Les conduits de ventilation apparents et les luminaires au design épuré complètent à merveille l’aménagement, qui dégage une atmosphère conviviale et animée.

Ce qu’ils en pensent

Sophie Bilodeau, designer
Les étudiantes ont bien tenu compte de chacune des exigences de leurs clients. On cons­tate qu’elles ont passé de nombreu­ses heures à faire des re­cher­ches afin d’élaborer ce concept. Remar­quez les feuilles d’aluminium contre le mur de pierre, qui rappellent les champs de maïs, tout en apportant de l’éclat et un petit côté moderne à la pièce. Le choix des matériaux et des couleurs est judicieux et s’intègre bien au concept. Seule remarque, les tables et les chaises auraient pu être plus massives afin d’apporter chaleur et confort à la salle. Il ne faut pas oublier que le pâté chinois est un mets traditionnel réconfortant!

Audrey Goyer, Groupe Chagall Design
Le concept industriel est réussi avec l’exploi­­tation des ma­tières brutes qui crée un contraste de quali­té. Les pla­ques de métal courbé symbolisant les feuilles d’épis, pourquoi pas? La coloration est vivifiante, et le contraste des couleurs, intéressant. Tables noires, napperons jaunes, assiettes blanches… voilà la bonne recette typiquement canadienne-française du pâté chinois.

Jean-Guy Gendron, designer
La coloration très chaude est un choix judicieux. Quant au bois clair, il est magnifique. Utilisé sur les murs pour décorer, il est un doux rappel du bois utilisé pour la construction des chemins de fer. Les sculptures de métal sont aussi très belles et rappellent des épis de blé d’Inde. Stylisé et très contemporain. Par contre, il me semble que les étudiantes se sont légèrement perdues quant à la recherche et au dosage des matériaux. L’utilisation du bois en trop grande quantité écrase l’atmosphère. Résultat : on a l’impression de se trouver dans une cafétéria à l’allure branchée plutôt que dans un endroit chaleureux et réconfortant. L’ajout d’éléments faisant des clins d’œil à l’histoire du pâté chinois aurait renforcé l’atmosphère du projet, tout en décontractant le style de la salle, qui manque de vie. Un résumé de l’histoire du délicieux mets, par exemple, aurait été un élément de décoration original et amusant.