Magazine de décoration Sofadéco - Édition Octobre 2010 - Destination - Pourquoi l’Albanie?
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Sofadéco / Octobre 2010



En provenance du Monténégro, nous traversons la frontière de l’Albanie en taxi. Déjà, les symboles s’imposent, d’abord le drapeau albanais rouge arborant l’aigle à deux têtes. Nous sommes au « pays des Aigles ».

Texte : Line Gariépy       Photos : Line Gariépy      


Il a suffi de quelques kilomètres pour remarquer un autre symbole du pays, le communisme. Il se présente sous la forme de bunkers aux abords des routes. Nombreux, ces petits abris en béton servaient de ligne de défense contre une invasion anticommuniste. Un autre symbole éloquent de l’Albanie règne partout : des montagnes, qui couvrent 70 % du territoire.

Nous roulons vers Shkodra dans ce décor montagneux, encadré par les Alpes albanaises. Shkodra est construite dans la plaine et nous apparaît comme un mirage. Le style datant de la période communiste est bien présent. Une panoplie d’immeubles colorés sont alignés le long des rues. C’est l’apothéose du style lorsque nous sommes déposés à l’hôtel situé près de la place centrale. La place des Cinq Héros est on ne peut plus communiste, austère et rectiligne. L’Albanie a été sous un régime autoritaire communiste pendant plus de 40 ans, de 1944 à 1990. L’héritage de cette période est clairement visible sur le plan de l’urbanisme et de l’architecture. Fait cocasse, à Shkodra, on roule à vélo plutôt qu’en auto. C’est assurément écolo, mais surtout écono. On remarque qu’ici, les véhicules sur la route sont des Mercedes, de belles vieilles Mercedes millésimées ayant un kilométrage très élevé. Ces véhicules robustes conviennent parfaitement à l’état des routes. La ville est surplombée par la citadelle de Rozafa. L’Albanie compte plusieurs citadelles, vestiges des luttes contre de multiples invasions historiques (Romains, Ottomans, Grecs, Italiens). Celle de Rozafa est l’une des mieux conservées, et on peut y observer des ruines moyenâgeuses. À Shkodra, nous avons pu nous plonger dans une coutume albanaise bien ancrée, le xhiro. Le xhiro est une prome-nade du soir où la population de tous âges se retrouve dans les rues, sur les terrasses, pour déambuler, échanger et prendre l’air. Au matin, charmant réveil à saveur religieuse, c’est l’appel à la prière du muezzin de la mosquée. L’Albanie, bien qu’à 70 % musulmane, intègre très bien les autres pratiques religieuses. Dans ce pays, la pratique de la foi est plutôt discrète, sauf pour le muezzin bien sûr… Parlant de religion, l’Albanie a vu naître une icône chrétienne des plus imposantes, Mère Teresa. On la retrouve en image, sculptée ou en mosaïque, pour le bonheur des fidèles venus l’adorer.

Nous filons ensuite vers la mer Adriatique en direction de Durrës. Sur front de mer, Durrës est résolument maritime. Son activité portuaire est prospère et ses infrastructures touristiques sont bien établies. Cette ville s’active pourtant depuis plusieurs centaines d’années. On y trouve les ruines d’un amphithéâtre du IIe siècle. La vue d’ensemble est spectaculaire : une construction des temps anciens ceinturée d’habitations récentes. À quelques pas de là, les ruines d’un forum du Ve siècle se transforment occasionnellement en terrain de soccer pour les enfants. Durrës ne fait pas exception pour ce qui est de la démonstration des symboles. On observe, entre autres, sur la prome-nade en bordure de mer, un gigantesque monument commémoratif de la résistance au fascisme.Après ce plein d’air marin, nous prenons la route vers le centre du pays à Berat, la ville aux mille fenêtres. Nous retrouvons les montagnes et nos mollets athlétiques. Dès notre arrivée, nous sommes charmés. Berat est reliée aux montagnes par une kyrielle de rues et de ruelles aux mille pavés. On y flâne aux cafés, autre symbole marquant de l’Albanie; on compte un grand nombre de petites échoppes où l’on peut s’attabler à toute heure du jour pour siroter un café espresso. On y grimpe jusqu’à la citadelle érigée initialement au IVe siècle avant Jésus-Christ. Elle cache dans ses murs sept églises byzantines, deux mosquées et un des quartiers habités de la ville, sans compter les magnifiques paysages montagneux.

De Berat, nous prenons le transport en commun vers la ville de Vlorë. On remarque vite que le piètre état du réseau routier ne permet pas de franchir rapidement la distance à parcourir. La vitesse moyenne est de 40 km/h. C’est un élément à prévoir dans la gestion de l’horaire. L’arrière-pays en vaut cependant le coup d’œil et à cette vitesse, on peut mieux observer le décor. À Vlorë, c’est la mer Ionienne qui se présente devant nous. Station touristique certes, Vlorë est avant tout une ville symbolique qui a été le lieu de la déclaration d’indépendance de l’Albanie, en 1912. Vlorë est aussi le début de la Riviera albanaise, qui s’étend vers l’extrême sud du pays. Bordée par la mer aux reflets bleus, verts et turquoise, la route pour s’y rendre est spectaculaire! Cols, virages en épingle et hautes altitudes la caractérisent.

Cette route nous mène à Saranda, notre deuxième coup de cœur. Saranda, ville balnéaire, nous a permis de tâter le pouls de la vie de tous les jours : visite du marché, xhiro sur front de mer, observation des pêches quotidiennes ainsi que contemplation de la mer et de l’île grecque de Corfou. À quelques kilomètres de Saranda, le site archéologique de Butrint est à ne pas manquer. Dans un écrin de végétation dense et odorante, le chant des oiseaux et les odeurs d’eucalyptus accompagnent nos impressionnantes découvertes, dont le fameux théâtre datant du IIIe siècle avant Jésus-Christ. C’est une promenade sensuelle et enrichissante. En direction du centre, nous rejoignons Gjirokastra, une ville qui a conservé son caractère ottoman. Nous voilà encore à exercer nos mollets, mais la beauté en vaut la peine. Les maisons au toit de pierre, comme agrippées l’une à l’autre, défilent au rythme des pavés à motifs noir, rose et blanc.

Nous parcourons presque la moitié du pays par la route centrale pour nous rendre à Tirana, la capitale de l’Albanie. Cet autre déplacement, comme les précédents, nous a fait comprendre les atouts géographiques du pays dans le maintien de la culture et de l’identité albanaise. Les barrières naturelles ont été efficaces. Tirana, c’est la « grande ville ». La place Skanderbeg, en l’honneur du héros national qui a résisté aux Ottomans, s’impose par sa dimension et son espace. Autour de la statue équestre de Skanderbeg, on observe un curieux mélange de bâtiments austères hérités de l’ère communiste comme l’Opéra et le Musée de l’histoire. On observe aussi de nouveaux bâtiments administratifs aux teintes orangées de style italien, qui s’harmonisent aux plus anciens. S’ajoutent à l’ensemble la mosquée d’Et’tem Bey et la Tour de l’horloge. Cette vaste place est un lieu de rassemblement et le point central de la ville.

Non loin de la place Skanderbeg, après la traversée de la minuscule rivière Lana, l’atmosphère change. De la densité et du bruit propre à une capitale, on passe au calme du quartier du Block. Cet ancien quartier général des membres du Parti communiste albanais est devenu un lieu branché, où se succèdent des terrasses, des commerces et des restaurants tendance. À l’initiative du maire de Tirana, le quartier a été soumis à une cure de beauté et plusieurs façades ont été peintes aux couleurs vives et aux motifs dynamisants. C’est un endroit idéal pour le café, le xhiro et le raki, la fameuse eau de vie locale.

Pourquoi venir en Albanie? Parce que c’est différent. C’est l’Europe d’avant, le régime communiste ayant fait stagner le déve-loppement, c’est une culture et une langue uniques à découvrir, une histoire riche à comprendre, d’excellentes expériences culinaires, métissage balkano-gréco-italien, et... c’est bon marché. Donc, pourquoi ne pas y aller?

Comme ils disent ici, Gezuar Albanie!
(Santé! Albanie)