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Jako Boulanger, potier : terre d’accueil






Il y a près de 30 ans, Jako Boulanger a trouvé sa terre d’accueil, en Gaspésie. Potier depuis une quarantaine d’années, il y cueille sa matière première : l’argile, un matériau qui le fait plonger dans l’histoire du monde.

Si la très grande majorité des potiers achètent tout simplement la terre qu’ils façonnent, Jako prend plaisir à utiliser l’argile locale. Autrefois, il s’en servait pour tous ses travaux, mais il préfère aujourd’hui avoir davantage de temps pour créer. Il achète donc la terre qu’il tourne. Il réserve l’argile qu’il cueille pour les pièces moulées et les glaçures. La finition lustrée de toutes ses œuvres provient ainsi de la terre gaspésienne qu’il a adoptée.

Passionné par cette terre avec laquelle il travaille, le potier y revoit l’histoire du monde. « La formation de l’argile nous fait faire un bond vertigineux dans l’histoire de notre planète, explique Jako. Depuis bien avant la naissance de l’humanité, des poussières ont été transportées par des gouttes d’eau et se sont accumulées à certains endroits pour former l’argile que je cueille et que je ramène chez moi aujourd’hui pour la façonner. »

Cette terre qu’il ramasse lui réserve encore des surprises. « Selon l’endroit où l’argile se trouve, sa couleur et sa texture changent. Par exemple, celle que je cueille à Caplan provient de plusieurs petites mottes sur le bord de la mer. Alors, si quelqu’un achète un morceau fait de cette terre une année et revient plus tard pour s’en procurer un autre de la même couleur, il est fort possible que je ne puisse pas reproduire le même effet. Par contre, à New Richmond, il y a beaucoup d’argile au même endroit ayant les mêmes propriétés », raconte Jako.

Le potier explique aussi que pour appliquer des couleurs comme le bleu, il utilise des minerais colorants, suivant ses propres recettes. « Avec l’argile, on travaille toujours avec le sol, avec des produits qui résistent aux très hautes températures de cuisson. À ces températures, n’importe quelle peinture se volatilise », poursuit-il.

Jako peut parler durant des heures de cette terre qu’il pétrit. D’ailleurs, il y a quelques années, il a réalisé une exposition intitulée Histoires d’argiles locales, présentée au Musée acadien du Québec de Bonaventure. Plusieurs Gaspésiens ont participé à cette aventure en lui apportant de l’argile de leur coin de pays, et on peut encore en profiter grâce à la vidéo accessible sur le site Internet du potier (www.jakoboulanger.net).

Motifs symboliques
Également passionné du son, Jako fabrique des instruments de percussion, en plus de ses poteries utilitaires et décoratives. Il utilise trois techniques : le coulage (moule), le modelage et, bien sûr, le tournage.

C’est avec son tour que Jako fait un des motifs qui revient le plus souvent sur ses pièces, la spirale. Pour lui, la spirale et la poterie représentent l’union du masculin et du féminin. Ce motif symbolise la masculinité par son cercle en expansion, tandis que la terre est le symbole de la féminité. D’ailleurs, la forme que l’on donne à la poterie n’est-elle pas celle d’un objet (assiette, bol, vase, etc.) pouvant contenir quelque chose, comme la matrice?

La fleur stylisée est un autre motif qui revient souvent sur les pièces du Gaspésien d’adoption. « Pour les dessins, je m’inspire des signes que l’on trouve dans les livres anciens, je n’invente rien », raconte Jako.

Artisan ou artiste?
Lorsqu’il crée ses poteries, Jako aime y mettre du temps, de l’attention. Il veut que l’on sente qu’il s’est donné la peine de faire de son mieux, qu’il a le souci du détail qui fait la différence et qu’il prend certains risques. Par exemple, pour le dessin, il n’a qu’une seule chance : il n’y a pas de reprise, puisqu’il le trace avant la cuisson, juste avant la vaporisation de la glaçure. « Selon moi, c’est ce qui distingue un ouvrier d’un artiste. L’artiste ajoute le petit quelque chose de plus, explique-t-il. Le produit devient plus exclusif parce que deux fleurs ne peuvent pas être exactement identiques. »

Les poteries de Jako sont en vente uniquement à son atelier ou lors de certains évènements qu’il choisit. « Je me concentre surtout sur le développement du marché en Gaspésie, en particulier auprès des touristes dans la région. J’invite les gens à venir visiter mon atelier, surtout durant l’été. » Impliqué dans son milieu, Jako est d’ailleurs membre de l’Association touristique régionale (ATR) de la Gaspésie et fait partie du réseau de lieux suggérés lors des « tours de la Gaspésie ». Il propose ses terres d’accueil…

www.jakoboulanger.net

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