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Erin Thuamê, tourneur d’art sur bois : Un monde création






La ligne est parfois très mince entre l’artisan et l’artiste. Par définition, l’artisan est un travailleur manuel qui exerce souvent un métier traditionnel, mais certains y ajoutent une grande part de créativité artistique, comme Erin Thuamê. Cet artisan, se définissant comme « tourneur d’art sur bois », s’est d’ailleurs attaqué à la création
de tout un monde…

D’abord menuisier, Erin Thuamê travaillait dans le domaine de la construction lorsqu’un voyage lui a fait découvrir le Québec il y a quelques années. Si ce Français y a trouvé l’amour d’une femme avec qui il a eu deux enfants, il a aussi dû repartir à neuf du côté professionnel. Erin a alors saisi l’occasion pour laisser de côté le travail « alimentaire » afin de se concentrer sur ce qu’il veut vraiment faire : créer.

Erin tournait déjà un peu le bois avant d’arriver au Québec, où il a suivi un stage en atelier avec le tourneur Jean-Marc Parent pour se perfectionner. Pendant trois mois, il a appris à faire beaucoup avec peu, soit les techniques du tournage à l’ancienne. « Aujourd’hui, il y a toutes sortes d’outils, de gadgets pour faire toutes sortes de choses… Mais à la base, le tournage se faisait avec une gouge et une plane, explique Erin. Ce sont les deux outils fondamentaux. Il faut savoir tourner avec ça. Pour y arriver, il faut connaître la gestuelle, les mouvements des poignets, des mains, de tout le corps… Le tournage à l’ancienne exige beaucoup de techniques et très peu d’outils. »

Travaillant vraiment à l’ancienne, Erin crée même ses propres pigments qu’il cueille dans sa région. « Je ne travaille qu’avec des produits naturels. Par exemple, ce que nous pouvons faire avec du jaune d’œuf aujourd’hui est incomparable avec ce qui se faisait autrefois. Nous avons hérité des avancées au fil du temps. Je crée donc presque toutes mes couleurs avec les pigments que je trouve moi-même dans la nature », raconte le tourneur.

L’imaginaire en 3D
« Créer. » Le mot revient souvent dans la conversation. « Ce qui me motive avant tout, c’est de créer, de mettre en trois dimensions quelque chose de purement imaginaire à la base, confie Erin. J’aime travailler de mes mains, mais ce n’est pas le but premier. »

Avec sa gouge et sa plane, le tourneur a réalisé de nombreuses fleurs qui sont en quelque sorte devenues sa marque de commerce. D’une grâce et d’une finesse exceptionnelles, elles se sont révélées un véritable défi technique. « C’est un peu comme ça que je fonctionne : j’ai des idées et ça peut prendre une semaine ou un an à les réaliser! Par exemple, pour la fleur tout en bois, la tige représentait un des problèmes. Tournée, elle ne paraissait pas naturelle. Puis j’ai fini par trouver les branches de saule. Les problèmes, c’est ce qui me pousse et me motive », affirme-t-il.

Un peuple à découvrir…
Les problèmes des fleurs étant résolus, Erin est aujourd’hui passé à autre chose… « J’ai toujours été très intéressé par la préhistoire et toutes les questions qu’on se pose par rapport à ça, le côté énigmatique. » Il a donc entrepris de créer un peuple fictif que nous ne verrons jamais. Enfin, aucun des personnages…

« Ce peuple, cette culture imaginaire, c’est un prétexte pour créer toutes sortes d’objets en lien avec ça. On ne connaît absolument rien du peuple, il demeure sous-entendu, mais on en voit les traces : des bols, des armes, des panneaux… Il y aura aussi des peintures rupestres! » s’enthousiasme Erin. En bref, il a trouvé un terrain de jeu infini pour créer et exploiter plusieurs facettes de son talent : tournage, sculpture, photographie… « Ça me permet de jouer davantage qu’avec les fleurs, par exemple. Je peux mettre en parallèle notre époque et des époques anciennes. Et ça m’amène à être très performant parce que ça touche à plusieurs techniques : le travail du bois, des pigments, des couleurs, des textures… »

Ainsi, il vient de terminer un grand bol dont la surface extérieure est texturée, gravée de motifs inspirés des Sumériens. « L’objectif, c’est que les gens qui observent cette pièce se rendent compte que les motifs sont finalement des chiffres. Et s’ils vont encore plus loin, ils réaliseront que c’est mon numéro de téléphone… Par exemple, les deux 3 de mon numéro forment un lézard », s’amuse à préciser Erin.

Erin, artisan ou artiste? « Je suis un artisan qui s’en va vers l’artistique », conclut-il. Pas étonnant qu’il songe de plus en plus aux galeries d’art pour nous présenter son imaginaire…
http://erinthuame.blogspot.com

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