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Louise Bousquet, artisane porcelainière : blanche pureté






Montréal, 1969. Louise Bousquet se promène sur la rue Sainte-Catherine au bras de son amoureux. En passant devant la vitrine de Birks, elle s’arrête, émerveillée devant un service de vaisselle d’une blancheur immaculée. Quarante années plus tard, Mme Bousquet est toujours passionnée par la pureté de la porcelaine blanche.

Louise Bousquet se souvient de l’émotion qu’elle a ressentie devant la porcelaine Rosenthal : « J’ai dit à mon amoureux : “C’est ce que je ferai un jour”. » Après quatre ans de formation en poterie à l’Institut des arts appliqués de Montréal, elle installe son premier atelier de poterie en 1975. Son objectif demeure de faire du blanc, mais ses recherches sont vaines, puisqu’il n’y en a pas ici. Puis, elle rencontre M. George de la compagnie Crane… « Il m’a dit : “Allume, des lavabos et des cabinets de toilettes, c’est de la porcelaine blanche!” » raconte Mme Bousquet.

Avec les matériaux que lui fournit ce fabricant, elle commence ses balbutiements en blanc. En 1985, elle arrive finalement au Salon des métiers d’art avec ses œuvres. « Tout le monde a ri de moi, disant que je m’étais lancée dans les bols de toilettes… Ça ne s’était jamais vu! Mais le public aimait ça. À la même époque, je suis allée au Musée des arts décoratifs voir l’exposition d’une céramiste de New York originaire de l’Europe de l’Est. Son exposition, c’était tout blanc… J’ai séché mes larmes et me suis donné le droit de faire ça », se souvient l’artisane.

La porcelaine fine
La détermination à réaliser un blanc le plus pur possible mènera Louise Bousquet jusqu’à Limoges, en 1998, pour suivre un stage au Centre de Transfert de Technologies Céramiques. Elle découvre alors les matériaux et les procédés industriels de pointe et s’approprie les nouvelles technologies pour les adapter à une conception artisanale, la sienne. Elle devient la première et demeure l’unique céramiste québécoise à posséder le savoir et la technique qui permettent de produire de la porcelaine dure.

La porcelaine qu’utilise Mme Bousquet a été découverte par les Chinois au début de notre ère. En Occident, c’est un Allemand qui a percé le secret de sa composition vers 1730. « L’alchimiste Röttger a prétendu connaître le secret de la pierre philosophale pour changer le métal en or, raconte-t-elle. Son roi l’a fait arrêter et lui a donné un laboratoire. Mal pris parce qu’il avait un peu menti, l’alchimiste a finalement trouvé le secret de l’or blanc… » Il s’agit d’un mélange de trois minerais : le kaolin, le quartz et le feldspath. Plus il y a de kaolin, plus la porcelaine est blanche, mais elle est aussi plus difficile à modeler. « À 50 % de kaolin, il faut la couler », confirme Mme Bousquet.

En outre, la température de cuisson de la porcelaine dure est de 1400 °C, comparativement à 1280 °C pour la porcelaine tendre (moins blanche et moins résistante). Un 120 °C qui fait toute une différence… « On doit utiliser un four à gaz avec du vrai feu à l’intérieur. C’est la fusion des trois roches qui en donne une quatrième en forme de gobelet ou d’assiette. On se substitue à la nature », affirme Mme Bousquet. Le coût du four à gaz explique en bonne partie pourquoi cette artisane est la seule au Canada à faire de la porcelaine dure de manière artisanale : 70 000 $, 20 fois le prix d’un four à céramique ordinaire! « On a tout misé là-dessus, mon mari et moi, avec l’économusée… » confie-t-elle. Très débrouillard techniquement, son mari François Godier, qui est agriculteur, lui a aussi conçu quelques systèmes pour mieux travailler.

Des cache-misère inspirés…
Les pertes sont énormes lors de la fabrication de la porcelaine blanche. Tant Mme Bousquet que l’industrie encaissent des pertes de 50 %, entre autres à cause de contaminations qui créent des taches. L’artisane québécoise a cependant trouvé une jolie manière de « récupérer » cette porcelaine en y gravant des images dites
« cache-misère ». Ainsi, des tableaux et des dessins d’artistes comme Riopelle et Clémence Desrochers viennent enjoliver certaines pièces.

Autrement, lorsqu’elles sont pures, les porcelaines de Louise Bousquet sont d’une blancheur à faire pâlir d’envie les grands porcelai-niers européens. Surtout que, depuis quelques temps, elle tournasse ses porcelaines avant de les cuire pour y sculpter des motifs d’une finesse inouïe.

Produit de luxe, cette porcelaine blanche? Méfiez-vous des préjugés : la porcelaine dure est d’une grande résistance, même au lave-vaisselle et au micro-ondes. « Ma pensée est pleine de la fonction de l’objet. La forme sert la fonction parce qu’il faut être confortable tous les jours avec la vaisselle », conclut Louise Bousquet. Quelle belle façon elle a trouvée d’embellir notre quotidien...

www.porcelainesbousquet.qc.ca

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