Kino Guérin, ébéniste : meubles en bois rond






Comédien, le père de Kino Guérin travaillait le bois et a lui-même construit leur maison en bois rond. Quant à Kino, depuis qu’il est diplômé de l’Institut des métiers d’art de Montréal en ébénisterie, tous ses meubles sont en bois rond, ou plutôt en bois « arrondi »…

Si Kino Guérin tient son amour du bois de son père, sa mère lui a sans doute transmis le talent d’harmoniser les différents matériaux : tisserande, elle fabrique elle-même les étoffes avec lesquelles elle conçoit des vêtements. En fait, il s’agit d’une famille d’artistes, puisque la sœur de Kino est comédienne et participe entre autres à l’émission 3600 secondes d’extase de Marc Labrèche. D’ailleurs, lui aussi artiste dans l’âme, Kino a étudié les arts plastiques avant de s’inscrire à l’Institut des métiers d’art. Mais il est daltonien et perçoit donc les couleurs différemment… De plus, il avait besoin de quelque chose de plus palpable que l’art visuel. « Le bois, ça a été un déclic », raconte-t-il au sujet de ses balbutiements en ébénisterie.

Tout de suite en sortant de l’Institut, l’artisan travaille à son compte et fabrique des meubles sur mesure. Toutefois, son côté artiste prend rapidement le dessus et il a envie de réaliser ses propres créations. Dès le départ, il se distingue par les courbes de ses meubles, qu’il réussit après avoir mis au point sa propre technique de moulage par laminage. Si l’esthétique de ses créations est d’une grande simplicité, elle est le résultat de bien des recherches, tant au niveau de la forme que de la technique. Son travail a d’ailleurs été récompensé par de nombreux prix.

Miracle du simple contreplaqué
Les meubles de Kino sont fabriqués avec de simples contreplaqués, mais finis avec des bois nobles et des placages précieux. La technique qu’il a développée crée une harmonie de formes courbes qui semblent défier les lois de l’équilibre. C’est d’ailleurs l’un de ses sujets d’inspiration. « Je veux créer des meubles qui se tiennent par eux-mêmes, d’une seule surface, sans apport extérieur comme des pattes pour une table. J’aime les meubles d’une seule pièce, fluides, avec des jeux de contrepoids », explique Kino.

Pour parvenir à ses fins, l’artisan fabrique lui-même ses moules. Ensuite, lorsque le bois y est inséré, il met le tout dans un sac en plastique qu’il ferme sous vide. Le bois sèche dans cette position.

Cette technique qu’il développe depuis plus d’une dizaine d’années lui permet des formes de plus en plus inédites. Ainsi, à temps perdu, il en est à mettre au point un banc qui comporte un nœud. Attention, pas un nœud dans le bois, mais bien un nœud fait avec le bois, une boucle! « J’ai fait deux prototypes de mon banc et le tout devrait être au point l’été prochain, raconte Kino. C’est un meuble pour les concours et ça permet de pousser la technique plus loin. Être bloqué par la technique, ça nous pousse à trouver des solutions… »

L’harmonie des essences
Si l’échine des meubles de Kino est en contreplaqué, la finition est en bois exotiques et naturels. « Je suis daltonien et je ne vois pas les mêmes couleurs que vous. J’évite donc les teintures parce que ça devient trop compliqué, affirme l’artiste. Et il y a tellement de beaux bois, de belles couleurs naturelles pour faire de beaux maria-ges d’essences. » Il harmonisera ainsi wengé et zebrano, ajoutera du chêne soyeux, du bloodwood, de la palissandre, de l’amazaqué… Il joue aussi avec les textures créées par les veines du bois.

Ce soin qu’il apporte à ses meubles, Kino l’apporte également à sa production d’autres objets utilitaires plus petits, comme des miroirs, des plateaux et des ardoises, éléments qu’il développe de plus en plus en utilisant les « vieilles » tuiles récupérées des toits dans sa région. « J’ai toujours le souci de la fonctionnalité : ça doit servir. Les chaises sont confortables, on peut mettre des objets sur les tables, on peut écrire sur les ardoises… », confirme Kino.

Il est aussi très fonctionnel dans le mode de distribution de ses produits : ils sont en vente non seulement au Québec et en Ontario, mais également dans près d’une dizaine d’États aux États-Unis, dont la Californie, le Vermont, le Missouri et le Colorado. Le jury d’une importante galerie des métiers d’art américaine virtuelle a même sélectionné les œuvres de Kino et les offre sur son site Internet (www.artfulhome.com), une vitrine qui ouvre de nombreuses portes. D’ailleurs, l’artisan québécois s’y est rapidement taillé une place parmi les meilleurs vendeurs. Pour voir l’ensemble de sa production, visitez son propre site (www.kinoguerin.com). Les courbes des meubles de Kino valent le détour…

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