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Linda Prud’homme, artiste peintre : femme un jour, femme toujours






Le destin nous rattrape parfois au moment où nous ne l’attendons pas du tout. Linda Prud’homme ne sait même pas qu’elle sait dessiner lorsqu’une amie lui demande de suivre un cours de peinture avec elle.
Mme Prud’homme a alors 45 ans. Depuis, c’est le cours de sa vie qui a basculé…

Les enfants de Linda Prud’homme viennent tout juste de quitter le nid familial lorsque son amie l’invite à suivre un cours au Visual Art Center. Elle accepte, surtout pour se désennuyer. « Si mon amie ne m’avait pas parlé de ça, je n’y serais jamais allée. Je ne savais pas dessiner et je n’y avais jamais pensé. Je ne sais pas ce qui s’est passé », raconte-t-elle. Pourtant, dès le premier cours, elle peint une femme. « Depuis ce temps-là, je peins la même femme, le même visage, continue-t-elle. Toujours les mêmes lèvres, les mêmes cheveux… mais l’expression dépend de ce que je vis à ce moment-là. »

Elle a bien essayé de prendre d’autres cours avec des modèles, mais ça n’a rien donné. Les femmes qu’elle peint sont dans sa tête. « Ces femmes, c’est moi, quand j’étais jeune. Moi dans ma tête. J’ai 62 ans, mais dans ma tête, j’en ai 16 », confie-t-elle.

Renaissance
Comme bien des femmes de sa génération, Linda Prud’homme se marie jeune, au début des années 1960. « Mon père puis mon mari m’ont dit quoi faire. Aujourd’hui, je fais ce que je veux, à ma façon », affirme l’artiste. Les femmes dans ses tableaux ont gagné la même liberté que leur créatrice au fil du temps. L’autonomie, la force, la confiance en soi. « La peinture m’a permis de sortir de la maison, avoue-t-elle. J’ai commencé à peindre et j’ai vendu. Puis je vis de ça! Imagine! Ça m’a libéré, dans bien des sens… »

Citons les propros des galeristes chez qui elle expose : « Ces femmes évoluent au rythme de l’artiste : elles ont certes été introverties, songeuses et vulnérables. Elles apparaissent aujourd’hui comme des symboles de liberté et de force. » De nombreuses clientes de Linda Prud’homme lui ont d’ailleurs confié qu’elles se reconnaissaient dans ce visage. « Surtout les femmes de mon âge, ajoute-t-elle. On en a vu des choses, quand même. »

Au-delà de la tristesse
Certains trouvent un air triste aux femmes de Linda Prud’homme. « Même si elles ont parfois l’air triste, elles ont une tendresse. Même si elles ont beaucoup de vécu, elles ne sont jamais amères », leur répond-elle.

En fait, les femmes de Linda Prud’homme ne sont pas tristes. Disons plutôt nostalgiques, mélancoliques. « J’aime ces mots-là. Mais moi, je ne suis pas triste, au contraire! Je vis dans mon petit monde, avec mon chien, et je suis très heureuse. Par contre, j’écoute des films en noir et blanc et de la musique triste comme du blues ou du vieux country pour me mettre dans le mood. J’aime cette émotion », affirme-t-elle.

Essentielle musique
La musique est essentielle à cette artiste pour rentrer dans sa bulle. « J’écoute toujours de la musique triste en peignant. Etta James, Patsy Cline, George Jones… Leur musique raconte de vraies histoires de vie. Une amie m’a donné la musique d’une Québécoise que je ne connaissais pas, Diane Juster. Je l’ai fait jouer sans arrêt, c’est tellement beau, en tout cas pour moi, confie-t-elle. C’est triste, triste, triste… J’ai peint mes meilleurs tableaux! »

Elle écoute aussi Nina Simone en boucle, particulièrement sa version de Ne me quitte pas, de Jacques Brel. « Je suis une romantique. Comme mes enfants le disent, “I live in a bubble” », confie Linda Prud’homme, Anglo-Québécoise d’origine.

Rouge passion
Outre le visage de la femme, il y a une autre constante dans les tableaux de Linda Prud’homme : le rouge. « Le rouge, c’est la passion, l’amour… C’est la mort, le sang… C’est la vie, le feu… », enchaîne-t-elle.

Cette vie, ce feu, on le sent dans toutes ses toiles, dans tous ses visages qui n’en sont qu’un seul, peu importe qu’il se dévoile sous les traits d’une bourgeoise, d’une amante vêtue d’une chemise d’homme blanche ou d’une Amérindienne à la chevelure tressée. Les yeux sont toujours ceux d’une femme libre et heureuse de l’être.

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