Jean-Claude Poitras, designer : Célébrer la beauté du monde






Connaissez-vous beaucoup de petits garçons qui adorent magasiner? ou qui demandent d’aller au restaurant japonais pour leur septième anniversaire de naissance? Je viens tout juste d’en rencontrer un : Jean-Claude Poitras…

Rien ne prédestinait Jean-Claude Poitras à la mode et au design. Né en 1949, il est élevé à Cartierville dans une famille québécoise moyenne et vit avec ses parents, son frère cadet et sa grand-mère. Cette dernière occupe d’ailleurs une place importante auprès du petit Jean-Claude, un garçon timide et rêveur qui a peu d’amis. « Elle a inspiré toute ma vie. Elle a été une femme extraordinaire avec qui j’ai développé une énorme complicité. J’allais à la pêche avec elle, elle me faisait la lecture… », se souvient-il tendrement.

Il se souvient d’autres sorties avec sa mère et sa grand-mère… « Quand elles disaient “Jean-Claude, on s’en va magasiner au centre-ville”, j’étais là “Quoi? On va voir les vitrines d’Eaton!” C’était comme un moment de grâce. C’est complètement fou ! » s’amuse-t-il. Il raconte aussi qu’à l’église, il devait s’asseoir près de l’allée centrale pour voir les gens endimanchés après la communion : « J’avais l’impression que c’était les premiers défilés de mode que je mettais en scène… »

À l’adolescence, son professeur de physique au Collège Saint-Laurent demande à voir son livre de classe. Il y découvre une multitude de croquis de chapeaux, de chaussures, de silhouettes et d’yeux de femmes… « Il a refermé mon cahier sans rien dire, mais a parlé à mes parents, confie Jean-Claude Poitras, reconnaissant. C’est à la suite de cela qu’ils m’ont amené passer des tests d’orientation professionnelle. À la fin des tests, on a dit à mes parents que j’étais un artiste et que j’avais des aptitudes pour tout ce qui était design. Je ne connaissais même pas le mot. Quand ils ont parlé de mode, je me suis levé et j’ai dit : “Oui, c’est ça!” » Inscrit à l’École des métiers commerciaux, il obtient son diplôme en 1969. « Là, je me suis épanoui. J’étais entouré de gens comme moi, qui voulaient créer, passionnés par le beau », raconte-il.

Un monde à partager
Il faudra quelques années avant que Jean-Claude Poitras ne s’impose. Quelques déceptions l’attendent à sa sortie de l’école et ses idéaux de création se heurtent sur la mentalité de l’époque : les manufacturiers d’ici achètent les créations de New York ou de Paris et les copient. Le designer ouvre donc son propre petit studio en 1972 : « J’avais un peu de sous et j’ai emprunté 400 $ à mon père. J’ai loué une machine à coudre et une table à découper pour réaliser ma première collection. »

Il vend ses créations, mais les fins de mois demeurent difficiles. Il devient donc vendeur les fins de semaine à la boutique Adam de Eaton. Puis, on lui offre un poste d’acheteur à temps plein. « Ce furent quatre années extraordinaires! s’exclame-t-il. Les défilés au Ritz-Carlton, les voyages en Italie, en France… »

Les voyages… une autre de ses grandes passions! « Je suis un être qui traverse la vie sans œillères, prêt à tout aimer, lance-t-il. J’ai toujours eu cette curiosité pour les autres cultures. » Pour son septième anniversaire de naissance, il avait demandé d’aller au premier restaurant japonais qui venait d’ouvrir à Montréal. « J’avais tout mangé! Mes parents, mon frère et ma grand-mère n’avaient pas touché à leur assiette… En prime, j’avais eu droit à la parade de mode de kimonos! » s’amuse le designer.

Au tour des maisons
Aujourd’hui, Jean-Claude Poitras a délaissé la mode pour se consacrer au design d’intérieur : « J’avais habillé les femmes, j’avais habillé les hommes, il me restait à habiller les maisons… ». Côté vêtement, il n’a gardé qu’une division pour les uniformes. « J’en avais un peu assez du côté éphémère de la mode qui change aux six mois, explique-t-il. Je n’ai jamais cru à ce qui va vite se démoder. J’ai toujours considéré que j’étais plus un homme de style qu’un homme de tendance. »

Pour les maisons, il a exactement la même approche que pour le vêtement. Dans sa nouvelle collection Poitras 13, rue de l’univers, il joue toujours avec les textures, les couleurs, les formes… « Nos maisons sont devenues des cocons où l’on se ressource. C’est essentiel d’y porter toute notre attention. Mais ça doit être accessible à tous! Un de mes buts est de démocratiser la notion de design; je n’ai jamais voulu vendre seulement à l’élite, affirme le designer. Ma mission sur terre, c’est d’apporter un peu de beauté. Créer, c’est ce qui me garde en vie. »

Si Luc Plamondon a écrit pour Diane Dufresne : « Ne tuons pas la beauté du monde… », Jean-Claude Poitras nous l’offre au quotidien.

Voir tous les artistes & artisans