Emmanuel Claudais, artiste peintre : un trait de liberté






À l’adolescence, Emmanuel Claudais ne croyait pas qu’il pouvait être artiste peintre, c’était trop facile. Pour lui, un vrai travail devait être pénible. Pourtant, il célèbre cette année ses 30 ans de métier avec cette même liberté qu’il a toujours eue, liberté de pinceau et de parole…

Emmanuel Claudais a toujours dessiné. À 9-10 ans, il feuilletait les livres d’art de son père, le peintre Claude Claudais, et prenait plaisir à reproduire des Picasso, Klee, Arp et autres. Au secondaire, s’il est fort en mathématiques, sa dyslexie lui nuit en français, malgré les gènes de sa mère, l’écrivaine Marcelyne Claudais. « J’étais surtout très fort en arts plastiques, ce qui m’a retenu à l’école », se souvient-il. Dans sa demande d’admission au cégep, il indique donc ses choix d’orientation : 1er choix – Arts plastiques; 2e choix – Arts plastiques; 3e choix – Arts plastiques. « On m’a envoyé une lettre me disant “Félicitations, vous êtes accepté dans votre 3e choix” », s’amuse-t-il encore aujourd’hui à raconter.

Au cégep, il ne fera que deux sessions. Déjà, Emmanuel est un être libre qui tient à tracer sa propre voie. « Je voulais apprendre le métier, pas me faire dire que bleu et jaune donnent du vert… J’avais l’impression de perdre mon temps », explique-t-il. Et c’est en quittant le cégep qu’il fonde, en 1979, Expressionart avec quelques autres jeunes peintres. Ce regroupement durera jusqu’en 1986, le temps de réaliser 84 expositions. Clément Richard, alors ministre des Affaires culturelles, sollicite même Emmanuel pour représenter la relève à une table de concertation. Il y exprime ses opinions, jusqu’à ce que celles-ci concordent moins avec celles des nouveaux intervenants politiques… Il n’en est que plus libre pour se consacrer aux grandes expositions solos qui suivent.

Des expositions très courues

Deux expositions d’Emmanuel marquent particulièrement le monde des arts au Québec. En 1996, plus de 50 000 visiteurs envahissent le complexe Desjardins de Montréal. Pendant dix jours, ils y admirent quelque 200 tableaux et aquarelles de l’artiste qui souligne les 100 ans du cinéma, un projet auquel il a consacré deux ans et demi.

En 2000, le peintre célèbre les athlètes olympiques québécois. Présentée au Marché Bonsecours du Vieux-Montréal, cette exposition accueille plus de 73 000 personnes en cinq mois!

Ces expositions, entre autres, ont fortement contribué à la reconnaissance de son style particulier : presque toutes ses œuvres ont pour origine un trait, un seul. En effet, il trace ses dessins avec une seule ligne, sans lever le crayon. Ensuite, il intègre les couleurs et repasse sur le trait avec de l’huile noire. « J’aime qu’on me reconnaisse pour mon image, ma ligne, et non parce que je porte des lunettes fumées ou que j’ai les cheveux blonds, oranges ou verts… Ce sont mes toiles qui parlent. La force est dans les couleurs, dans la ligne et dans les formes. On aime ou on n’aime pas », affirme-t-il.

Rester libre
« Il faut que je m’amuse. Le monde est assez triste. Je veux juste être bien dans ce que je fais et que mon œuvre soit un ravissement pour l’œil », raconte Emmanuel. Il a donc touché à beaucoup de choses. Ainsi, il a fait des bandes dessinées de 15 secondes pour la série Comment c’est fait à canal Z. Il a aussi peint des couvertures de livres et même des lutteurs pour un magazine spécialisé. « Ça me prend de la diversité. Je ne veux pas toujours faire la même chose. »

Cette liberté de créer, il y tient. Tout autant qu’il tient à ses principes. Lorsque la rumeur court qu’il est atteint d’un cancer en phase terminale, la spéculation bat son plein chez certains galeristes où il expose. S’il a bel et bien été opéré pour une tumeur cancéreuse en 2003, le téléphone arabe exagère grandement la gravité de sa maladie et il s’en sort sans chimiothérapie ni radiothérapie. Mais il n’a pas du tout apprécié les spéculateurs et il a retiré toutes ses œuvres des galeries d’art.

Depuis 2005, il expose dans son propre atelier-galerie : ExpressionArt (avec un grand A). Il y reçoit plusieurs autres artistes, dont certains de l’ancien regroupement Expressionart. Il a aussi découvert le plaisir d’enseigner la peinture et sa palette d’élèves est large, de 7 à 82 ans!

Dans ses temps libres, Emmanuel va au cinéma et voit de 6 à 15 films par mois… « Aller au cinéma, c’est une semaine de vacances. Ça me permet de me vider la tête. » Une tête toujours pleine de projets, comme la série de tableaux sur lesquels il travaille actuellement, inspirés de la Tapisserie de Bayeux qui raconte les exploits de Guillaume le Conquérant. Un autre qui savait où il allait…

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