Marie Linda Bluteau : artiste peintre






Mener de front une carrière, assurer un rôle de mère et de femme tout en prenant le temps de bien manger, et ce, sans avoir la broue dans le toupet n’a rien d’utopique. C’est l’histoire de Marie Linda Bluteau, artiste peintre, qui ne répond à aucune norme. Une espèce rare dans un monde où le métro-boulot-dodo est encore pratique courante.

Imaginez une forêt et, en son coeur, une maison de style scandinave, à côté de laquelle se faufile, entre les glaces, l’eau d’une petite rivière. Vous aurez là un portrait assez juste de l’environnement dans lequel évolue Marie Linda Bluteau. « Cette maison nous ressemble beaucoup », assure-t-elle. Paisible et chaleureuse, elle a été construite avec des arbres qui allaient être coupés pour faire des autoroutes et un terrain de golf. Tout ce qu’il faut pour ériger une très grande demeure où Nathaniel Ange et Maël, les deux garçons de l’artiste, s’amusent en toute liberté avec leurs nombreux animaux de compagnie : chiens, chat et tourterelles. Pendant ce temps, maman (qui attend un petit garçon qui s’appellera Kinah) prépare tranquillement le déjeuner bio. Ce n’est que lorsque Nathaniel Ange est à l’école (en première année) et que Maël fait la sieste que l’artiste travaille sa toile. Vous l’aurez compris, le neuf à cinq, ce n’est pas pour elle. « Il y a des personnes qui ont besoin de cet horaire, de cette stabilité ou d’avoir un salaire à chaque semaine. Par chance parce que si tout le monde ne faisait que ce qu’il voulait, la société ne fonctionnerait pas. J’ai essayé de travailler là-dedans, mais ça ne me convient pas. J’ai choisi un chum qui est aussi à son compte. On a besoin de cette liberté. »

Les qualités insoupçonnées du café instant

Déjà à l’école, cette bachelière en art et en enseignement des arts plastiques et dramatiques rejetait les conventions. C’est d’ailleurs grâce à ses explorations que son travail est aujourd’hui reconnu. Elle est la première artiste qui travaillera avec le café à Québec. Si bien que le Plan Nagua, un organisme sans but lucratif qui fait dans le commerce équitable, a régulièrement recours à ses services pour la creation de cartes postales ou de toiles vendues aux encans. N’allez pas croire qu’elle se sert de leur café pour peindre; celui-là, elle le boit. Sur ses toiles, elle utilise plutôt le café instantané. Comme quoi ce dernier peut enchanter le plus grand amateur de café s’il est utilisé à bon escient.

Mais toute la beauté des oeuvres de Marie Linda Bluteau ne réside pas seulement dans ce médium que l’on utilisait déjà dans l’Antiquité. C’est plutôt dans la façon qu’elle a de le manipuler. Il lui aura fallu vingt-deux ans pour donner à ses toiles une impression de siècles passes ou à venir. « J’ai réussi à créer des fonds craquelés sur lesquels je peins des nus », résume-t-elle. C’est un peu comme si elle arrivait à peindre une toile qui ressemble à ce que nous voyons aujourd’hui de Michel-Ange, son maître à penser, dont les oeuvres ont craquelé sous le poids des siècles passés. Sa recette est le fruit d’un amalgame de médiums non-polluants : café, acrylique, vernis à base d’eau et beaucoup de doigté. Elle est d’ailleurs en instance de brevet pour cette trouvaille.

Vieillir, c’est beau !

Outre par cette technique fascinante, les toiles de l’artiste se démarquent en parlant du vieillissement, du corps nu à la mode d’aujourd’hui, qui s’effrite en beauté, tout en muscles, tout en courbes. « Quel que soit le modèle, je prends la partie qui est pour moi la plus émotive. En général, je ne cadre pas la tête et les pieds. Je garde l’essentiel que j’interprète, que je perfectionne à mon goût. Si je trouve que les fesses ne sont pas assez rondes, je vais les arrondir. Je vais raffiner la taille. Je vais mettre les épaules plus carrées », explique-t-elle. Ses modèles ? N’allez pas imaginer qu’ils posent pour elle plus d’une heure sans bouger. Elle préfère utiliser des photos, sur lesquelles se trouvent des gens qu’elle connaît. Il lui arrive aussi, lorsqu’elle a besoin d’un mouvement en particulier, de sortir photographier son compagnon de vie puis de rapidement retourner dans son atelier.

Marie Linda Bluteau n’a pas non plus le profil type de l’artiste qui doit souffrir pour créer. « Je n’ai jamais voulu peindre quand je ne feelais pas. Celles que j’ai faites dans ces moments-là, je les gardais pour repeindre par-dessus, dit-elle. Je ne veux pas retrouver la souffrance dans mes toiles. Il ne faut pas oublier qu’elles trouveront place chez des gens. Ce n’est pas ce que je souhaite leur offrir. Je veux plutôt leur donner des moments d’intimité », conclut celle qui avoue que sa maîtrise en psychopédagogie l’a aidée à épurer sa personnalité et à rendre son oeuvre plus pure.

Marie Linda Bluteau vient de recevoir un diplôme d’honneur du Cercle des artistes Peintres et Sculpteurs du Québec pour son exposition au musée d’Orence, en Espagne. D’autres expositions internationales sont prévues à l’agenda de Marie Linda Bluteau : au mois d’avril, elle sera au Brésil et au mois d’août, en Europe. À Québec, elle expose ses toiles exclusivement à la Galerie d’art Perreault.




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