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Sorrentino-Sanche, mobilier d’art : Pas de deux

Nathalie Sanche et Angelo Sorrentino





Qu’elles soient petites ou grandes, minces ou « enveloppées », peu importe. Les danseuses du couple Sorrentino-Sanche semblent toutes prendre leur envol sur la pointe des pieds. Leur secret? Allons donc fouiller dans leurs tiroirs pour le découvrir…

Elle, Nathalie Sanche, avait une formation en soudure et travaillait dans les chantiers d’avionnerie et de transport, caressant le rêve de vivre de ses créations sculpturales. Lui, Angelo Sorrentino, était diplômé en ébénisterie et travaillait sur des chantiers de rénovation, espérant pouvoir se réaliser à travers son œuvre, ses meubles. Un jour a lieu la rencontre Sorrentino-Sanche dans la vie, pour la vie. Et la rencontre de leurs rêves, de leurs talents, de leurs esprits. C’est ainsi qu’est née la collection pour le moins étonnante des « danseuses commodes ».

Rencontre
Peu après leur rencontre, Angelo a été témoin de la vente d’une œuvre de Nathalie et a été touché par l’émotion que cette vente suscitait, par la relation qui s’établissait entre l’artiste, l’acheteur et l’œuvre. Il va jusqu’à me confier que « les meubles sans la sculpture, ce n’est rien ». « Quand on vend une sculpture, il y a de l’émotion. C’est ça qu’Angelo a vu. Vendre un meuble, ça peut être émotif, mais pas comme une sculpture », souligne Nathalie.

Puis Angelo découvre une statuette que Nathalie a réalisée quelques années auparavant. Une petite sculpture qu’il peut tenir dans le creux de sa main : une femme avec un ventre qui s’ouvre en petit tiroir. « J’étais comme prise avec cette idée-là qui dormait dans cette femme », raconte Nathalie. À peine deux sous entrent dans ce tiroir, mais c’est toute l’inspiration du couple qui en est ressortie.

« Quand j’ai vu l’émotion qu’il y a dans l’art, j’ai voulu en faire avec Nathalie, mais dans ce que je savais faire », se souvient Angelo. Ils ont alors eu l’idée de combiner les deux en remplaçant la robe de la danseuse par un meuble et en gardant les pieds et le haut en métal. « Ensuite, il restait à trouver comment le construire pour que ça ouvre », poursuit-il. Il a cherché, longtemps…

La femme-meuble
Leur première pièce, la femme-meuble, leur a demandé un an de travail. « Quand je l’ai rencontré, Angelo m’a dit qu’il aimait ça se casser la tête. Aujourd’hui, je le crois », affirme Nathalie. La réaction des gens les a poussés à poursuivre leur recherche, tant esthétique que pratique. « C’était très valorisant! », s’enthousiasme Angelo. « Moi, ce qui m’a surpris au début, c’était de voir les gens avoir de gros frissons et une larme à l’œil », ajoute Nathalie.

Le thème de la danse demeure leur leitmotiv. « L’idée de l’élan, de la danse, de s’élever, comme un éveil spirituel… Le contraste entre les volumes forts et la légèreté… C’est symbolique aussi d’ouvrir ses tiroirs pour mieux s’envoler, pour danser. Le fait de fouiller en nous, ça nous donne ça », confie Nathalie. Et Angelo renchérit : « Qu’elles soient rondes, bien rondes ou grosses… Qu’elles pèsent 300 livres ou qu’elles soient des “pitounes” de 120 livres, elles sont toutes sur la pointe des pieds. Ça se passe dans la tête. Les tiroirs, c’est pour aller à l’intérieur de nous pour enlever le poids. »

Aujourd’hui, ensemble, ils créent une trentaine de danseuses-commodes par année. « On veut que ça reste intime, que ça garde son âme », disent-ils en chœur. Pour eux, il n’est pas question d’engager des gens et que leur entreprise devienne plus commerciale. Leurs œuvres d’art n’en décorent pas moins bien des chaumières tant au Québec qu’à l’extérieur de nos frontières (Toronto, Vancouver, Colorado, Floride, Suisse, France…).

Eh oui, je l’ai posé la question que tout le monde se pose en voyant ces femmes-meubles. La réponse? Les tiroirs et les armoires ouvrent et ferment sans problème. Elles sont vraiment très commodes ces magnifiques danseuses…

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