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La pomme du jardin d’Éden

Patricia Daignault en compagnie de sa fille Marie-Françoise





Patricia Daignault et Pierre Lafond, cidriculteurs artisans

Bien ancré dans les mœurs du Québec, la pomme y étant abondante, le cidre a une histoire peu banale. « Oublié » dans la loi créant la Commission des liqueurs en 1921, il devint illégal. Ce n’est que 50 ans plus tard qu’il refait légalement son apparition sur le marché, ce qui ne veut pas dire qu’il avait vraiment disparu. Pour preuve, Pierre Lafond a découvert ce nectar dans sa jeunesse, en voyageant avec son père dans les environs de Rougemont…

Dans les années 1950 et 1960, alors professeur à l’Université Laval, le père de Pierre Lafond organisait des voyages d’études en Montérégie pour ses étudiants. Le petit Pierre l’accompagnait de temps à autre et c’est à cet endroit qu’il découvrit le cidre artisanal. Bien qu’illégal, le « fruit défendu » n’en était pas moins goûté par les amateurs de bonne chère.

Devenu grand et ingénieur forestier, Pierre Lafond continua de caresser son rêve de cidriculture, jusqu’à ce qu’il commence à le réaliser en mettant la main sur un vieux verger avec sa conjointe Patricia Daignault en 1977, à Saint-Nicolas sur la rive sud de Québec.

Retour à la terre
Les années 1970, l’ère du grand retour à la terre… Si plusieurs sont revenus en ville par la suite, Patricia Daignault et Pierre Lafond savaient dans quoi ils s’embarquaient et avaient déjà des plans bien établis. « Nous avons commencé par retaper la maison du XIXe en la resituant sur un solage ajusté aux courbes prises par la résidence au fil du temps », se souvient en souriant Mme Daignault.<#>

Tout en cultivant fruits et légumes, qu’ils vendent dans un kiosque sur le bord de la route, ils planifient leur entrée dans le monde du cidre en remettant en état le verger et en l’agrandissant. Ils font aussi de nombreuses représentations auprès du gouvernement pour que les produits alcoolisés artisanaux soient légalisés. Ce sera fait en décembre 1989. Enfin, en 1994, Patricia Daignault et Pierre Lafond inaugurent la cidrerie et, dès lors, ils se démarquent en remportant le titre de champion du monde à un concours à Chicago, en 1996. Et des prix, ils en ont remportés à plusieurs autres compétitions par la suite, comme à la Coupe des Nations. N’oublions pas le tout dernier en liste, remporté en Angleterre lors d’une importante compétition internationale, où le Crémant St-Nicolas a permis à ses fabricants d’être les seuls lauréats canadiens.

Aujourd’hui, avec la modernisation de ses installations, la Cidrerie St-Nicolas peut embouteiller 1000 bouteilles à l’heure. « Notre production s’élève à 150 000 bouteilles par année grâce à notre chaîne d’embouteillage faite sur mesure », affirme Mme Daignault.

Fin gourmet, le couple a aussi développé plusieurs produits raffinés avec les fruits et légumes de leur terre et des environs : confitures, gelées, vinaigres fins, sirops…

Créateurs du cidre de glace
En constante recherche pour améliorer ses produits, le tandem Daignault-Lafond a eu la géniale idée de créer un cidre de glace, à l’image des Ontariens avec leur vin de glace. C’est donc en 1999 qu’en grande première mondiale apparaît un cidre de glace sur les tablettes de Cidrerie & Vergers St-Nicolas.

Le travail et le savoir-faire qui se cachent derrière chaque bouteille de cidre de glace sont impressionnants. Par exemple, « si une bouteille de cidre ordinaire demande le jus d’une douzaine de pommes, il en faut une quarantaine pour faire l’équivalent en cidre de glace », explique Mme Daignault. Et il faut avoir l’expertise pour exposer les pommes aux froidures de nos hivers et connaître le bon moment pour les presser afin de récolter leur précieux nectar. Dans toutes les compétitions, les juges sont conquis, comme ceux du World Wine Championships de Chicago qui ont utilisé le mot exceptionnel pour qualifier le cidre de glace de la Cidrerie St-Nicolas, avant de lui remettre la médaille d’or.

Haut comme trois pommes et déjà…
Petit à petit, Patricia Daignault et Pierre Lafond se sont bâti un véritable jardin d’Éden où le fruit défendu est devenu plus apprécié que jamais, sous toutes ses formes. Outre les vergers et les terres agricoles, forêts, étangs et autres petits coins de paradis parsèment aujourd’hui cette terre.

Par ailleurs, loin d’être de petits Caïn et Abel, leurs enfants ont mis l’épaule à la roue de l’entreprise familiale pour la faire fructifier. Ainsi, Marie-Françoise est coordonnatrice de l’administration et des ventes alors que Louise-Andrée est représentante auprès de la Société des alcools du Québec (SAQ). Pendant ce temps, le plus jeune, Pierre junior, étudie au cégep en sciences pures. Quand on sait que le cidre est le fruit d’une transformation chimique des pommes…

Vous avez envie de visiter la cidrerie et les vergers de Pierre Lafond et de Patricia Daignault à St-Nicolas? Vous trouverez les coordonnées complètes à la fin du magazine.<##>

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