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Sophie Bourgeois, verrière la méduse






Ce n’était pas le verre qui intéressait Sophie Bourgeois à l’origine, mais plutôt la poterie. Mais un heureux concours de circonstances l’a amenée à modifier son parcours de vie.

Originaire des Îles-de-la-Madeleine, Sophie étudie la poterie à Québec pendant trois ans, avant de retourner au bercail pour un moment. Puis, elle s’envole vers Halifax pour apprendre l’anglais et, du même souffle, continuer l’étude de la poterie. Deux ans plus tard, elle revient aux Îles… encore. Durant ses séjours à la maison, elle travaille à la boutique de verre du village, pour demeurer en contact avec le monde des arts pendant les vacances : « Je trouvais que c’était une belle job d’été », dit-elle en riant. Et puis, une occasion se présente : l’assistant du verrier prend sa retraite. À l’invitation du souffleur de verre, Sophie se glisse dans l’atelier et amorce son apprentissage. Celui-ci s’échelonnera sur de nombreuses années...

Attention, le contenu peut être chaud!
Elle commence par de « petites choses », comme elle le dit si bien : cueillir le verre en fusion dans le four ou travailler sur la finition des objets. Lentement, elle découvre la technique de soufflage, qui demande patience et habileté. « J’essayais de faire le moins d’erreurs possible! » raconte-t-elle avec un sourire. C’est que la maîtrise du souffle exige du temps et de la persévérance. « Il faut souffler le verre quand il est chaud! » explique Sophie. La température de la matière doit être parfaite et l’air doit y être insufflé avec précision car, « si on pousse trop fort, le verre part dans tous les sens et, si on attend trop, il ne se passe plus rien! » précise l’artiste. Toute cette acquisition de connaissances accapare les heures de Sophie, et il lui faut recommencer et recommencer encore. Les pièces ratées sont retournées dans le four afin d’être refondues et cueillies une nouvelle fois. Voilà un art où il est de bon ton de faire preuve d’entêtement!

La prudence est également de mise, puisque le matériau frise les 1 500 °C. Il faut, autant que faire se peut, rester à une distance respectable du verre en fusion « et apprendre à faire des choses différentes avec les deux mains! » explique Sophie avec entrain. En effet, lorsqu’on souffle une pièce, les deux parties du cerveau sont mises à contribution : la main gauche roule la tige de métal qui tient la boule de verre et la droite manipule les outils qui servent à la façonner. Sophie est assise bien droite et, aujourd’hui, moule le verre comme elle l’entend. Cependant, ce fut au prix de quelques douloureuses brûlures! « Ça m’a pris des années avant de comprendre le verre », raconte-t-elle avec une note de respect dans la voix. Il s’agit presque là d’une initiation, d’un baptême de feu, en quelque sorte : le souffleur de verre doit apprendre à travailler avec le matériau, et non contre lui.

Une mer d’idées
Tout inspire Sophie. « Un magazine, un objet, un paysage », détaille-t-elle en réfléchissant. À ce moment, je sens son regard se perdre au loin. C’est que la boutique et l’atelier sont installés dans un bâtiment qui n’a rien de conventionnel : l’ancienne école de Saint-Joseph, juchée bien haut sur un monticule, et d’où la vue sur l’océan est superbe. « Et ça, ça ne fait pas de tort! » s’exclame Sophie. L’artiste aime surtout la couleur, l’éclat de deux tons saturés l’un sur l’autre. Dernièrement, elle a entrepris la fabrication d’objets bien spéciaux : des bijoux. Partie à Montréal pour une formation sur la technique de réalisation de ces menues parures, elle est revenue au patelin avec une tout autre idée : intégrer à des pièces plus volumineuses de petits morceaux de verre coloré, conçus à la manière des bijoux. C’est au chalumeau que Sophie travaille ses pièces. Un bec au bout d’une bouteille de gaz, la chaleur poussée à son maximum, les coudes bien appuyés sur une table de travail. « C’est un peu le même principe que la soudure », m’explique-t-elle. Il faut toutefois avoir le geste sûr, bien tenir la tige de verre qui sera fondue et façonnée en de minces billes sur un brin de fer. Après avoir refroidi toute une nuit, les billes sont délivrées de leur tuteur. Pour le moment, Sophie choisit de les façonner en d’élégants colliers ou en délicates boucles d’oreilles. Mais rien n’est exclu pour le futur!

« Ah! Je voudrais tout essayer, tout apprendre! Mais le temps me manque! » s’exclame-t-elle avec envie. La soudure, le travail du bois aussi. Mais toujours avec l’idée d’intégrer au verre de nouvelles formes, de lui donner une nouvelle dimension, « pour nous emmener ailleurs », conclut-elle doucement. Ailleurs? En pensée peut-être, mais plus question pour Sophie de quitter les Îles!

www.meduse.qc.ca

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