Élise Dumais, artiste en arts visuels






Vous aimez les parcours linéaires et sans histoire? Alors ne lisez pas ceci!

Rimouskoise pure laine, Élise Dumais est diplômée en sculpture avec honneurs de l’École des Beaux-Arts de Québec vers la fin des années 1960. Grâce à son mérite, elle reçoit une bourse lui permettant d’aller étudier en France. Alors qu’elle fréquente l’école à Strasbourg, elle demeure outre-Rhin, en Allemagne, afin « de bénéficier des deux cultures », explique-t-elle. Terminant ses études par une exposition là-bas, elle rentre au pays. Mais elle n’est plus tout à fait la même.

« Je suis partie parce que je voulais enlever un peu de ces œillères, de ce que nous apprenions pendant nos études aux Beaux-Arts. Mais j’ai trouvé difficile de revenir », confie Élise. Elle se met donc au défi de retomber sur terre en entamant un certificat d’études en enseignement des arts à l’Université Laval. Une année plus tard, papier en poche, elle postule à des postes d’enseignante au cégep et à l’université. Elle est acceptée! Et la voilà qui enseigne la sculpture… pendant un seul trimestre! « Je ne m’y sentais pas à l’aise », explique-t-elle simplement.

En fait, c’est la couleur qui l’intéresse à ce moment-là. Fruit d’une partie de ses études en France, cette passion pour la chromatique est presque une obsession. Alors, bien décidée à l’enseigner de manière complète et différente, elle approfondit les concepts et les techniques, participe à des congrès internationaux et apporte à ses élèves une matière qu’ils n’auraient jamais pu trouver ailleurs. Elle leur offre une formation d’une qualité inégalée, à mille lieues du traditionnel cours de peinture. « Ce que j’enseignais, c’était la couleur », raconte Élise avec conviction.

En 1978, grâce aux connaissances exceptionnelles qu’elle a acquises lors de ses recherches, Élise monte une exposition sur la didactique de la couleur. « Ça m’a mise sur la carte! » s’exclame-t-elle en riant. Ainsi, les demandes s’accumulent et, bientôt, elle sillonne les routes et se promène de cégep en cégep, donnant à des professeurs d’arts des formations sur la couleur.

Plus de temps pour elle
Mais où trouver le temps pour se consacrer à ses propres œuvres? « Je voulais retourner à mes pinceaux sans que cela devienne trop accaparant », se souvient Élise. Elle choisit la calligraphie japonaise. Par intérêt ou par curiosité? « C’est un peu un retour en arrière », explique Élise. Amoureuse depuis toujours de l’art japonais, elle en aime la gestuelle, la beauté. Elle entame donc des cours à Montréal, puis organise des sessions à Québec, convainquant l’enseignante de la métropole de venir dans la capitale pour donner une formation très poussée. « Il m’en reste des séquelles aujourd’hui! » commente-t-elle en riant.

Par « séquelles », Élise fait référence aux mouvements uniques impliqués dans l’art de la calligraphie : des élans rapides, libres et sans idée préconçue. L’artiste utilise des pinceaux particuliers et fabrique elle-même son encre. Le contraste parfait du noir profond et du blanc d’un papier fin révèle une finalité raffinée par les millénaires de pratique des calligraphes japonais : la recherche d’une beauté pure, tout simplement.

Hier et aujourd’hui
Un art immémorial peut-il s’accorder avec une technique des plus modernes sans heurt? Il semble bien que oui, car Élise s’intéresse également à l’art numérique! Cet intérêt pour l’informatique remonte à plusieurs années… Alors enseignante, avant même que les ordinateurs soient disponibles dans les écoles, elle « complotait » avec de grandes compagnies afin que celles-ci lui fournissent des appareils et des logiciels pour la production artistique. C’était en 1978. « Ces gens-là ont accepté de me prêter des machines, cela leur faisait de la publicité! » se souvient-elle avec amusement. Initiant les étudiants aux techniques artistiques à l’aide d’outils informatiques, Élise les guidait à travers les méandres de la technologie, encore embryonnaire à l’époque.

Aujourd’hui, elle produit de magnifiques estampes numériques, où s’unissent les couleurs et la lumière, et des monochromes japonais, ces derniers incarnant à merveille les concepts de vide et de plein. Oui mais, les pinceaux, les toiles, les encres? « Je marie tout cela avec satisfaction, puisque je réalise mes bases à la main avec entre autres des pigments », révèle-t-elle avec bonheur. Pour elle, l’union du traditionnel et du contemporain se fait au quotidien, alors que le pixel revêt le costume du pigment avec un sans-gêne bien de notre époque.

Pour cette « délinquante », il n’est pas question de dresser un plan d’avenir. Pourquoi le ferait-elle? demande Élise avec une simplicité désarmante. Obéissant au moment présent, elle rejette le concept de linéarité. Mais alors, de quoi sera fait demain? Et l’artiste de demander : « Connaissez-vous l’estampe numérique en trois dimensions? ».

http://elisedumais.com

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