François-Régis Fournier, artiste photographe

Double autoportrait. Sur l’esplanade de la Place des Arts à Montréal, devant et à travers la sculpture de Claude Bettinger L’artiste est celui qui fait voir l’autre côté des choses. 2013
La goutte sculpture devant le Centre des congrès de Vancouver. Œuvre des artistes Hans Hemmert, Axel Lieber, Thomas Schmidt et George Zey du groupe allemand Inges Idee. 2010
Cité du commerce électronique de Montréal, façade latérale (rue Lucien-Lallier). 2013
Esplanade de la Place Ville Marie. Vers le nord, à travers le cube de verre recouvrant la sculpture Autoportrait, oeuvre de Nicolas Baier. 2013
Commerce Court Plaza, centre bancaire de Toronto. 2012





François-Régis Fournier a l’amour de la photographie profondément incrusté dans la peau et veut le montrer au monde entier!

Parce quÂ’il a toujours fait de la photo, François-Régis en parle avec bonheur, et les mots se succèdent sans peine dans sa bouche. Ancien professeur de français langue seconde, il sÂ’exprime avec une grande verve et pige dans son abondant vocabulaire pour décrire précisément ses états dÂ’esprit. « Je suis né avec un appareil photo en main! » sÂ’exclame-t-il avec conviction. Et cÂ’est grâce à un oncle adoptif. Un homme instruit, né juste avant le XXe siècle, qui emmenait lÂ’enfant fasciné en expédition, lui faisant découvrir non seulement la photo, mais lÂ’organisation des choses, l’élégance des objets, la fluidité des contours. Né dÂ’une maman infirmière et dÂ’un papa boucher sans grands moyens, le jeune François-Régis a senti le besoin de poursuivre une quête dÂ’harmonie. Contournant les barrières sociales, il a fait fi des conventions de l’époque. Inspiré par une saine admiration de son modèle, il a pris son destin en main et en a fait une réussite.

Lumière
Dès sa préadolescence, il trimballait donc lÂ’instrument partout, capturant au hasard dÂ’un détour une image, une impression. Un soir du mois dÂ’août dÂ’une année bien lointaine, il a compris que, pour combler son besoin de sÂ’exprimer, il pourrait toujours compter sur la photographie. Sur le lac des Fées, près de Gatineau, se sont manifestées dans le brouillard dÂ’un coucher de soleil d’été des ombres magnifiques, telles des ombres chinoises, quÂ’il a réussi à capter sur pellicule. « Ça mÂ’a bouleversé, cÂ’est comme si jÂ’avais découvert la poésie! » se rappelle-t-il avec émotion.

François-Régis, passionné, a par la suite installé un laboratoire dans son sous-sol pour y développer ses propres photos en noir et blanc, jouant ici avec la lumière, là avec le cadrage. Ses séances photo étaient intenses : prenant des notes sur les éléments techniques, il ramenait son travail chez lui, puis lÂ’analysait avec gravité. Et le passage au numérique dans tout ça? « Les premiers appareils n’étaient vraiment pas performants, alors jÂ’ai dû attendre quÂ’ils en sortent de meilleurs avant de mÂ’investir réellement », raconte-t-il, précisant avoir toujours été très au fait des nouveaux produits et des avancées technologiques. En 2003, il a fait le saut. Pour lui cependant, rien nÂ’a changé réellement puisque, numérique ou mécanique, lÂ’appareil ne fait que prendre la photo. Le véritable artiste, lui, reste concentré sur les méthodes, le cadrage, la luminosité et le mouvement. Alors, ça nÂ’a vraiment rien changé? « Ça mÂ’a permis de prendre plus de photos depuis 2003 que jÂ’en avais pris entre 1964 et 2003! » dit-il en riant.

Retour en arrière
La série Cubes, sphères et autres formes met lÂ’accent sur les droites et les courbes accouchées par lÂ’homme. Ses photos des bâtiments de verre du centre-ville de Montréal qui pointent vers le ciel comme des flèches en sont un parfait exemple. Mais dÂ’où vient cet intérêt pour les formes? « CÂ’est un peu un retour aux sources », commence-t-il. Au cours des dernières années, François-Régis a travaillé en collaboration avec une comédienne de théâtre. Celle-ci cherchait à illustrer son propos à lÂ’aide dÂ’images et, de fil en aiguille, le photographe en est venu à sÂ’impliquer à fond dans le projet. La pièce Le Portier de la gare Windsor, qui raconte lÂ’histoire dÂ’un architecte sud-américain immigrant au Québec, a permis à François-Régis dÂ’exposer des photographies prises au sud de l’équateur il y a plusieurs années : de sublimes images en noir et blanc montrant des bâtiments, des places et des quartiers de grandes villes du continent.

Images dÂ’aujourdÂ’hui
François-Régis sÂ’est réapproprié la ville de Montréal en la parcourant lente­ment, à la manière dÂ’un touriste, et en capturant les bâtiments dÂ’ici. Son appareil photo en main, il sÂ’est concentré sur lÂ’exploration des formes géométriques créées par lÂ’homme : des fenêtres carrées, des tuiles rectangulaires, des sphères plus que parfaites. Et ne vous y trompez pas, les images sont bien réelles! « Il nÂ’y a rien de trafiqué là-dedans! » sÂ’exclame-t-il avec fougue. Les cieux sont vraiment colorés de teintes de gris ou de bleus métalliques, les gouttes dÂ’eau sont vraiment distribuées avec grâce sur le plafond de verre dÂ’un hall dÂ’entrée, les rayons projetés sur les vitres immaculées des gratte-ciel de la métropole sont vraiment lumineuxÂ…

Où les pas de François-Régis le mèneront-ils main­tenant? Vers un désert du continent sud-américain ou sur les berges de notre fragile Saint-Laurent en hiver? « En tant quÂ’humain, tout ce que jÂ’ai fait hier mÂ’influencera demain », dit-il avec justesse. « Il sÂ’agira maintenant de regarder les choses avec le même esprit, mais pas avec le même Âœil », termine-t-il avec philosophie. Pour ce provocateur d’émotions, la tâche sera peut-être ardue, mais sans nul doute sÂ’y appliquera-t-il avec la même ardeur que lorsquÂ’il n’était encore quÂ’un gaminÂ…

http://frfournier.ca

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