Sylvain Bigras, artiste en arts visuels






Vous discutez art avec Sylvain Bigras? Préparez-vous, car j’ai rarement eu l’occasion d’apprendre un si grand nombre de choses en si peu de temps!

LÂ’homme est instruit et possède une opinion éclairée sur lÂ’art. Loin de lui lÂ’image du peintre un peu « grano » ou rêveur. Et pourtant, son métier le passionne, il en parle avec émotion. Mais avec réalisme aussi. Un réalisme bien ancré dans la connaissance du milieu. LÂ’art contemporain nÂ’est peut-être pas le plus populaire, cependant il est hautement apprécié des amateurs. Les nombreuses galeries qui exposent exclusivement ce type dÂ’art le prouvent. La peinture contemporaine demande une longue réflexion. Très loin de lÂ’art figuratif, touchant parfois à lÂ’art abstrait tel que la population le connaît, lÂ’art contemporain se situe entre deux mondes. Des mondes que Sylvain maîtrise très bien.

Quoi, ou qui, lÂ’a inspiré? Un peu de trans-avant-garde italienne, un peu dÂ’expressionnisme allemandÂ… mais ce nÂ’est pas seulement cela. « CÂ’est plutôt lÂ’univers des métalangages abstraits qui mÂ’intéresse », mÂ’apprend Sylvain, qui me perd complètement! Puis, en l’écoutant, je saisis lentement, je comprends petit à petit lÂ’origine de sa quête : Sylvain veut épurer les clichés que lÂ’on porte sur lÂ’art contemporain; il veut se libérer, ou plutôt libérer son art, des pressions de lÂ’image. CÂ’est un langage pictural quÂ’il utilise, un peu comme la douce poésie en littérature.

Un chemin tout tracé?
Sylvain était fait pour lÂ’art. « À 12 ans, jÂ’allais au collège Notre-Dame assister aux cours dÂ’arts du frère Jérôme », mÂ’avoue-t-il en riant. Sans aucune surprise pourtant, jÂ’apprends que son parcours dÂ’apprentissage est tout sauf conventionnel. Ayant arrêté l’école avant lÂ’obtention de son diplôme du secondaire, il réintègre le système scolaire un peu plus tard, en graphisme. Après avoir dessiné des enseignes pendant quelques années, il sÂ’inscrit à lÂ’UQAM en arts plastiques. Bien quÂ’il nÂ’ait pas toute la formation nécessaire, il est accepté grâce à lÂ’expérience pertinente quÂ’il a réussi à acquérir au fil du temps. Cinq ans plus tard, après avoir glané toutes les connaissances quÂ’il lui était possible dÂ’assimiler, il quitte le bâtimentÂ… à regret! « Ils mÂ’ont presque jeté dehors! » sÂ’exclame Sylvain en riant.

Amoureux des nouvelles connaissances, Sylvain explore le monde de lÂ’art sous toutes ses facettes. Il fait partie du Conseil des métiers dÂ’arts, et ausculte les univers dÂ’autres artistes de la même façon quÂ’il lÂ’a fait pour la peinture. Il crée alors des bijoux, dÂ’abord en bois seulement, puis agrémentés de métaux. « Mes designs étaient assez funky », raconte-t-il avec bonheur. Ensuite, il sÂ’intéresse aux sculptures. Les siennes sont exquises et brillamment colorées. Mais lÂ’essentiel de sa production passe surtout par la peinture, et ses toiles sont la quintessence même de lÂ’art contemporain.

Au premier coup d’œil, elles apparaissent vivantes, très lumineuses, très colorées et de couleurs variées. Les bleus côtoient les jaunes, les rouges, les verts et le noir, plus présents ou absents selon les œuvres. Inutile de tenter d’y distinguer une forme familière ou d’y trouver un sens logique. Là n’est pas le but de la création de Sylvain. Il faut chercher plus loin.

Le chaud et le froid
Sans contredit, lÂ’homme est habité par le feu et lÂ’eau. LÂ’art est sa vie, il ne peut sÂ’en séparer. Ne le veut point non plus! Il aime la profondeur de cette forme dÂ’expression, la liberté quÂ’elle procure. Mais la situation de lÂ’art, et très souvent des artistes, le laisse attristé. « AujourdÂ’hui, cÂ’est devenu très difficile de faire sa place dans ce monde », tente-t-il de mÂ’expliquer. LÂ’artiste doit avoir fait ceci ou cela pour récolter une certaine reconnaissance, après quoi toutes les portes lui seront ouvertes. Si – et seulement si – il joue bien ses cartes, il sera encore là dans quelques années. Sinon, au suivant! Nous vivons dans une société de consommation, et les arts nÂ’y échappent pas. « Le jeu est devenu plus important que la personne », déplore Sylvain.

Malgré tout, il ne se décourage pas. « CÂ’est en temps de crise que lÂ’on produit ses plus belles Âœuvres », professe-t-il avec conviction. Les moments difficiles forcent un artiste à aller plus loin, à se réinventer même parfois. Ainsi, pendant environ cinq ans, Sylvain sÂ’est volontairement retiré du système pour reprendre la création et revisiter les concepts de lÂ’abstraction. Avec sa conjointe, il a entamé de nombreuses discussions sur lÂ’art et lui a découvert une belle philosophie, une intéressante théorie que lÂ’on découvre en ressentant ses Âœuvres. Il sÂ’est abreuvé de lectures et a juré de pousser plus loin ses concepts. « LÂ’avenir, il peut être très intéressant, si je le veux. CÂ’est intérieurement que ça va se jouer », termine-t-il avec sérieux. Il reste tant à apprendreÂ…

www.sylvainbigras.com

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