Marie-France Deshaies, céramiste






Faire de la céramique envers et contre tout? C’est un peu par là que Marie-France Deshaies est passée…

Parce quÂ’Ă  lÂ’origine, bien quÂ’Ă©tant particulièrement intĂ©ressĂ©e par cet art, Marie-France sÂ’est laissĂ© convaincre par son entourage quÂ’il nÂ’y avait point dÂ’avenir dans ce domaine. Alors, elle sÂ’est dirigĂ©e vers la restauration. Après la naissance de sa fille, cependant, elle sÂ’est interrogĂ©e sĂ©rieusement. Maman Ă  la maison, elle nÂ’avait plus frĂ©quentĂ© le monde du travail depuis un bon moment dĂ©jĂ . « Je me suis dit que tant quÂ’Ă  se rĂ©Ă©duquer, pourquoi ne pas le faire dans un domaine qui mÂ’intĂ©resse vraiment? » sÂ’Ă©tait-elle alors demandĂ©e.

CÂ’est la cĂ©ramique qui lÂ’intĂ©resse, et elle sÂ’inscrit au cĂ©gep du Vieux MontrĂ©al, lĂ  oĂą se donne la formation. Partie de son patelin, situĂ© dans la rĂ©gion de Lanaudière, elle dĂ©barque dans la grande ville avec sa fillette de deux ans. Coup de chance! Elle rencontre une cĂ©ramiste qui lui propose de partager son appartement. « JÂ’ai tellement eu une bonne coloc! » se souvient-elle avec bonheur. Marie-France rĂ©ussit donc Ă  dĂ©crocher son diplĂ´me après cinq ans dÂ’Ă©tudes. Mais pendant ces quelques annĂ©es, elle ne chĂ´me pas! DĂ©veloppant ses techniques et ses projets, elle est prĂŞte Ă  se lancer dès sa sortie de lÂ’Ă©cole, et retourne chez elle, confiante.

Un choc
Le travail est enrichissant et les affaires marchent bien quand un Ă©vènement totalement imprĂ©vu survient. Victime dÂ’un accident, son conjoint est clouĂ© Ă  la maison pour un bon moment. « Je me suis dit que si je voulais que la maison continue Ă  tourner, je devais faire quelque chose », raconte Marie-France. Elle accepte alors un emploi Ă  temps plein chez un concessionnaire automobile. Alors quÂ’elle termine son travail de jour « au bureau », elle entame celui de soir Ă  lÂ’atelier! En surplus, elle participe Ă  sept expositions! Les journĂ©es sont longues cependant, et bientĂ´t, elle doit momentanĂ©ment mettre lÂ’atelier en veilleuse. Mais lĂ  non plus, elle ne perd pas son temps! « JÂ’ai dĂ©cidĂ© de consacrer lÂ’annĂ©e 2013 Ă  la recherche de nouveaux produits et au dĂ©veloppement de nouvelles techniques », explique-t-elle avec enthousiasme. Elle mĂ©rite bien un peu de repos après avoir passĂ© une annĂ©e 2012 sur les chapeaux de roues.

Le travail des mains
Marie-France utilise de nombreuses techniques diffĂ©rentes. Le tournage traditionnel, les moules et le façonnage ne sont que quelques-unes dÂ’entre elles. Un procĂ©dĂ© particulièrement intĂ©ressant la passionne. Il sÂ’agit du raku, une mĂ©thode de cuisson primitive. Creusant des trous Ă  mĂŞme le sol, elle enfourne ses pièces Ă  une tempĂ©rature de 1000 °C avant de les dĂ©terrer subitement. Elles subissent alors un violent choc thermique. Marie-France utilise aussi des barils. La sciure de bois est frĂ©quemment employĂ©e comme combustible, mais lorsque la saison automnale sÂ’annonce, elle opte pour les feuilles mortes prĂ©alablement sĂ©chĂ©es. Les produits qui Ă©mergent dÂ’une telle cuisson ont une apparence Ă©tonnante. Ils sont massifs, lourds, parfois couverts de petites alvĂ©oles et lĂ©gèrement colorĂ©s. Chaque pièce est unique, puisquÂ’il est quasi impossible de reproduire le travail du feu et du choc thermique, qui relève du hasard. Impressionnant!

Pourtant, il est hors de question pour Marie-France de dĂ©laisser les autres formes de fabrication de la cĂ©ramique : « Je suis une touche-Ă -tout, jÂ’ai besoin de ça! » sÂ’exclame-t-elle. Elle sÂ’inspire de son environnement, de la forĂŞt tout autour de sa maison, situĂ©e Ă  lÂ’Ă©cart des voisins. Marie-France en profite pour prendre de nombreuses photos. Tout lÂ’intĂ©resse, les feuilles, les fougères, les caillouxÂ… Elle se sert dÂ’ailleurs de fragments de feuilles pour les intĂ©grer Ă  une autre production : de petits bijoux. Une deuxième sĂ©rie, sa collection des arts de la table, lui tient aussi Ă  cÂśur. CÂ’est la nourriture gourmande qui lÂ’inspire et qui lui fait dire que personne ne devrait se priver de se faire plaisir! Fourrageant dans son potager Ă  la recherche dÂ’un objet quÂ’elle ne connaĂ®t pas encore, elle se prĂ©cipite ensuite vers son atelier, qui occupe une très grande partie de la maisonÂ… « au grand malheur de mon conjoint! » dit-elle en riant. Salle des fours, salle dÂ’entreposage, salle de classeÂ… Parce que Marie-France trouve aussi le temps dÂ’enseigner son art! Et, dans un petit coin, il y a le laboratoire, oĂą elle fabrique ses propres couleurs. Parmi les tours et les stocks dÂ’argile, Marie-France considère quÂ’elle est la plus heureuse du monde!

Dans un proche avenir
Pour l’artiste, ce qui compte aujourd’hui, c’est de pouvoir remettre sur pied ses ateliers d’apprentissage, refaire la tournée des écoles, travailler avec les personnes âgées, développer de nouveaux marchés et peut-être même faire affaire avec des gens de l’industrie de la construction ou du domaine de la décoration. Tout compte fait, reprendre là où elle a laissé sa passion, il y a trop longtemps maintenant…

mariefrancedeshaiesceramiste.carbonmade.com/about

Voir tous les artistes & artisans