Philippe Dalois, Le Forestier

© Sacha Weworski





Dalois, boisÂ… Ces deux mots riment ensemble, et je ne crois pas que ce soit un hasard!

On dirait bien que la destinĂ©e de Philippe Dalois Ă©tait toute tracĂ©e. Son grand-père et son père, lĂ -bas, en Bretagne, Ă©taient amoureux du bois. Grand-papa avait une scierie et papa, après avoir immigrĂ© au QuĂ©bec et rencontrĂ© lÂ’amour, a enseignĂ© Ă  fiston, dès son adolescence, Ă  travailler la matière, juste ici, dans sa cour. « Mon père croyait quÂ’il Ă©tait important pour moi de pouvoir travailler de mes mains, mais il ne souhaitait pas spĂ©cialement que je suive sa voie », raconte Philippe avec un sourire malicieux.

C’est ici que ça se passe!
L’atelier de Philippe, c’est la caverne d’Ali Baba pour toute personne habile de ses mains. L’énorme espace abrite tout l’outillage nécessaire au travail du bois et, pourtant, il n’est pas encombré, grâce au plafond haut de plusieurs mètres. Une partie de l’atelier, située à l’étage, sert d’entrepôt. Cet espace impressionnant est rempli de toutes sortes de morceaux, contient des casiers de rangement récupérés, une table gigantesque… Il sert même de bureau d’affaires et de salle de peinture. Mais c’est en ouvrant la porte qui mène à l’étage inférieur qu’on prend conscience de l’étendue de l’espace dont bénéficie Philippe; après la descente d’un étroit escalier, l’endroit apparaît dans toute sa grandeur.

Philippe a fait ses premières armes dans un atelier collectif du quartier Saint-Jean-Baptiste, partageant son espace avec quatre autres Ă©bĂ©nistes. Après cinq ou six ans, il sÂ’est Ă©loignĂ© vers lÂ’est pour sÂ’installer dans un nouveau bâtiment, dans lÂ’arrondissement de Beauport. Deux ans plus tard, il pensait acheter son atelier lorsque son beau-père, connaissant lÂ’ambition du garçon, a tentĂ© un grand coup. Depuis un certain temps dĂ©jĂ , un endroit attirait lÂ’attention du beau-père et, ce jour-lĂ , il sÂ’est dĂ©cidĂ©. « Il est allĂ© cogner Ă  la porte de la maison et a convaincu le propriĂ©taire de tout me vendre, mĂŞme sÂ’il nÂ’y avait pas de pancarte! » raconte Philippe avec un grand sourire.

Le bâtiment dans lequel il sÂ’active aujourdÂ’hui a plus de 60 ans, mais la construction est solide. Au dĂ©but, le garage du bâtiment abritait un atelier de plomberie. Des pianos ont ensuite remplacĂ© les tuyaux, puisquÂ’un artisan utilisait alors lÂ’espace pour restaurer ces instruments de musique. « Quand je suis venu visiter, il y avait des pianos partout, cÂ’Ă©tait impressionnant! » se rappelle-t-il. Et puis, ce fut son tour. Après un Ă©prouvant bras de fer avec la Ville quant Ă  lÂ’utilisation quÂ’il pouvait faire du garage, Philippe sÂ’est finalement installĂ© dans son atelier pour de bon.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
Philippe a amĂ©nagĂ© ingĂ©nieusement les espaces qui lui servent de salle des machines et dÂ’entrepĂ´t. Dans chaque coin, une pièce de bois. Depuis des annĂ©es, il accumule madriers, Ă©clisses, rondins, bois de charpente, de clĂ´ture, bancs dÂ’Ă©glise, portes Ă  lÂ’ancienneÂ… Chacun de ces morceaux reprĂ©sente un projet futur, une expĂ©rimentation Ă©ventuelle. « CÂ’est comme ça chez moi, ça fait partie de ma personnalitĂ© », explique-t-il Ă  propos de sa très grande rĂ©ticence Ă  jeter. DÂ’ailleurs, ses plus belles pièces ne sont-elles pas justement fabriquĂ©es Ă  partir de matière recyclĂ©e? Prenons par exemple cette magnifique planche Ă  dĂ©couper en acajou... « JÂ’ai rĂ©cupĂ©rĂ© le bois chez un fabricant de guitares », raconte Philippe, dĂ©crivant ensuite la couleur chaude et naturelle de lÂ’article. Nulle façon de faire ni technique utilisĂ©e par Philippe nÂ’a Ă©tĂ© apprise dans une salle de cours. LÂ’homme est autodidacte. Le bois, il lui sort par les pores!

Pour ses bijoux, il pousse lÂ’expĂ©rience encore plus loin. Les pièces sont fabriquĂ©es, tournĂ©es, polies et poncĂ©es. Toutes les dĂ©coupures rĂ©siduelles, Ă  moins quÂ’elles ne soient lilliputiennes, sont gardĂ©es et soigneusement classĂ©es dans de petits pots de plastique ou sur des Ă©tagères au mur. « Celles-ci serviront Ă  faire des boucles dÂ’oreilles », dĂ©voile-t-il en prenant un rĂ©sidu de coupe. « Et puis, si Ă  la fin il reste encore un morceau, je le mettrai avec quelques autres afin de fabriquer un collier », raconte-t-il tout en manipulant de minuscules pièces de bois. Dans sa voix, pas de doute, chaque Ă©clat trouvera sa place.

Une existence de projets
Philippe sÂ’est lancĂ© dans le vide en louant un petit kiosque de vente au centre-ville de QuĂ©bec en 2004. Depuis, lÂ’artisan a accumulĂ© son lot dÂ’essais et erreurs, des pièces ratĂ©es ou inachevĂ©es quÂ’il a soigneusement classĂ©es quelque part dans son atelier. « Je les ressors parfois pour les regarder! » sÂ’amuse-t-il Ă  me raconter. Ă€ bien y penser, il faudrait certainement beaucoup plus quÂ’une seule vie Ă  lÂ’artisan pour traiter toute cette matière en attente! « Ah! Je nÂ’en suis pas si sĂ»r! Je suis comme une souris, moi, je nÂ’arrĂŞte jamais! » sÂ’exclame Philippe avec un grand sourire. Il le faudra bien car, dans un coin, dĂ©jĂ , une pièce de bois lÂ’appelleÂ…

www.atelierleforestier.com

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