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Danielle Barbeau, sculpteure






Alors qu’elle était en terre étrangère, de l’autre côté de l’Atlantique, Danielle Barbeau s’est sentie entraînée par une passion intense, celle de la sculpture… « Je n’en dormais plus! » raconte Danielle en riant. Mais comment s’est-elle retrouvée là-bas à sculpter nuit et jour, alors qu’elle ne connaissait rien à cet art seulement quelques semaines auparavant? C’est une longue histoire…

Danielle est issue du monde du textile. À ses débuts, elle pratiquait le tissage et filait de la laine! Manipulant de ses mains expertes le tissu, le lavant, le teignant, elle en faisait des tricots magnifiques. Puis, elle a créé son propre commerce de vêtements pour enfants. Elle a passé une dizaine d’années fantastiques. Cependant, les journées étaient interminables! Prendre soin de 25 employés demandait beaucoup! C’était avant qu’elle décide de prendre un peu de repos, au tournant du millénaire!

Tout un intermède!
Au même moment, on offre à son mari de travailler en France. C’est le départ de la maisonnée! Danielle, ne possédant pas de permis de travail, est néanmoins résolue à meubler son temps de manière constructive. En compagnie d’une amie, elle décide de s’inscrire à une formation en art. La sculpture, pourquoi pas! « Tout de suite, la première journée, j’ai su… », se souvient Danielle avec exaltation. La manipulation de l’argile, le façonnage d’une forme concrète, tout se plaçait, tout avait du sens. « J’ai compris que tout ce que j’avais fait dans le domaine du vêtement, inconsciemment, c’était de modeler des formes », évoque-t-elle avec émotion. Une passion était née!

Durant les années qui ont suivi, Danielle, incertaine de la date de retour de la famille au bercail, s’est promenée d’une classe à l’autre, prenant conseil de grands maîtres sculpteurs et goûtant chaque enseignement prodigué par un diplômé des beaux-arts. Toutes les bases nécessaires à la sculpture, elle les a intégrées avec emballement. Ce furent donc quatre années de bonheur pour Danielle. De retour au Québec, elle est restée fermement engagée sur la même voie. Aujourd’hui, ses sculptures parlent d’elles-mêmes : elles racontent son cheminement et l’amour du travail bien fait.

La pâleur du bronze
Les premières sculptures de Danielle étaient faites de terre cuite. Elle s’est ensuite tournée vers le ciment, et la coloration grisâtre de la matière lui a beaucoup plu. C’est pourquoi elle s’est mise en tête de reproduire cette teinte unique alors que ses œuvres sont maintenant faites de bronze. L’atelier de fonderie avec lequel elle collabore fait l’objet de toutes ses louanges. Les fondeurs, qui adorent leur métier, font tout en leur pouvoir pour que la pièce prenne vie telle que l’artiste le demande. Même si c’est très compliqué? « Ces gens-là, ils aiment ça, les problèmes! » dit Danielle en riant. C’est au terme d’une collaboration serrée que Danielle quitte enfin la fonderie, parfois après une période de deux mois!

Danielle a beaucoup sculpté en regardant des modèles vivants. Ses corps de femme sont bruts; on les sent presque s’élancer! Mais maintenant, sa tête et son cœur la dirigent ailleurs. « Je veux un peu m’éloigner des modèles, car ils sont parfois contraignants », explique-t-elle. Ainsi, au lieu de représenter des formes qu’elle voit, elle puise dans son imaginaire pour réaliser des œuvres plus libres, moins formelles. Sa dernière série met en vedette des visages androgynes, desquels émergent des branches… « Saucés » dans le bronze liquide, les rameaux de bois ont été transformés du tout au tout. Le métal, par sa chaleur intense, a fait « fondre » la matière d’origine, puis a pris sa place. Les formes ont néanmoins été conservées pendant la transformation et témoignent de leur incontestable identité.

Alors, pourquoi des branches? Et Danielle de me raconter une magnifique histoire : il y a 19 ans, elle et son mari ont adopté une petite fille, Jiao. D’origine chinoise, la fillette s’est adaptée à son destin d’Occidentale. Puis, un jour, sa grande sœur lui a proposé un voyage qui pourrait ajouter un sens nouveau à sa vie : s’envoler vers la Chine et retrouver ses racines… Elle me lit alors un passage, glané de ses notes, qui parle de l’arbre et de ses branches : il symbolise l’union du monde souterrain, terrestre et céleste par les racines, le tronc et, enfin, les branches. Se déraciner pour mieux s’enraciner et s’élancer vers le ciel. « C’est un peu de là que l’idée des branches est partie », explique-t-elle. Je comprends un peu mieux…

Dire par les mains
L’être humain est au cœur des sculptures de Danielle. De ses mains agiles, l’artiste incorpore des boulettes à un modèle grossier qui, rapidement, prend forme, se transforme… puis l’être apparaît… Toute sa vie, Danielle n’a souhaité qu’une chose : pouvoir s’exprimer à l’aide de ses mains. Voilà qui est fait…

www.daniellebarbeau.com

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