Benoit Royer, ébéniste






J’ai demandé à Benoit Royer ce qui l’attirait tant de la nature. Il ne m’a pas donné une explication logique, mais m’a plutôt raconté une histoire d’amour.

Dans la voix de Benoit, un profond respect. Une admiration non cachĂ©e pour la grandeur de la nature, pour sa splendeur, pour son imparfaite perfection. Ce quÂ’il ressent pour elle, cÂ’est un sentiment qui sÂ’explique mal, cÂ’est un Ă©merveillement face Ă  son harmonie et Ă  sa complexitĂ©. CÂ’est un Ă©blouissement presque naĂŻf devant le temps quÂ’elle y met, le travail quotidien quÂ’elle abat. « La nature, elle nÂ’a pas de deadlines, elle travaille seule, elle travaille tout le temps », raconte Benoit.

Montrer la beauté
Tout jeune, il passait beaucoup de temps Ă  grimper aux arbres pour admirer son environnement. Le rythme apaisant du vent qui souffle doucement, la simplicitĂ©, la vĂ©ritĂ© de la nature. Il y passait du temps, parce quÂ’il y Ă©tait bien et parce que cÂ’Ă©tait beau, tout simplement. En promenade en forĂŞt, il cherchait et trouvait de petites merveilles, partout. Cependant, il Ă©tait seul Ă  les voir, et cela lui pesait. « En forĂŞt, il nÂ’y a pas de pancarte. Quand tu trouves quelque chose, tu ne peux pas le partager », mÂ’explique-t-il avec quelque difficultĂ©. Cette beautĂ©, il voulait la communiquer.

Pour y parvenir, il choisit les arts plastiques. Au sortir de ses Ă©tudes, il trouva un emploi au Cirque du Soleil, en tant que crĂ©ateur dÂ’accessoires. Un jour, un arbre bien connu de lui dut ĂŞtre coupĂ©. Cet arbre possĂ©dait une tare immense, qui lui donnait, selon Benoit, tout son charme. Il rĂ©clama cette partie du tronc, quÂ’on lui remit. En la dĂ©coupant soigneusement, il fabriqua un porte-crayon, un vase et dÂ’autres petits objets. « Je pense bien que cÂ’est lĂ  que je me suis dit : hum, il doit y avoir quelque chose Ă  faire avec ça », se souvient-il.

Le bois est au cÂśur des crĂ©ations de Benoit. Des vases de verre thermo­formĂ© sont littĂ©ralement entourĂ©s de tranches bien dĂ©coupĂ©es dÂ’une souche Ă©vidĂ©e ou du cÂśur difforme dÂ’un peuplier ou dÂ’un sapin. « Je choisis tout ce qui est croche ou tordu. Tout est lĂ  », explique-t-il en riant. CÂ’est que lÂ’imperfection dÂ’une racine ou la malformation dÂ’une branche raconte lÂ’histoire de lÂ’arbre. Il cueille ses Ă©chantillons dans les scieries, sÂ’approvisionne auprès de particuliers. Puis, un long processus de sĂ©chage sÂ’amorce, qui dure environ un an. Au terme de cette opĂ©ration, il ne reste plus que 7 % dÂ’humiditĂ© dans le bois, qui est alors prĂŞt Ă  ĂŞtre travaillĂ©. CÂ’est dans son atelier, adjacent Ă  la maison, que Benoit conçoit ses petites merveilles. Après avoir choisi le morceau, il le dĂ©coupe Ă  plusieurs reprises Ă  lÂ’aide dÂ’une scie Ă  ruban. CÂ’est au moyen dÂ’un ponçage très pointu quÂ’il obtient ses plus belles tranches. Un vrai travail de moine.

Tenter lÂ’impossible!
MalgrĂ© son amour inconditionnel pour le bois, Benoit a tout de mĂŞme essayĂ© de sÂ’en affranchir. Sans succès, bien sĂ»r! Mais pourquoi donc cette aventure? « CÂ’est que le bois se faisait rare! » avoue-t-il en sÂ’exclamant. Devant la disette, lÂ’artiste sÂ’Ă©tait mis en tĂŞte dÂ’imiter les contours naturels que lui procuraient ses tranches originales en donnant au verre une forme lĂ©gèrement dentelĂ©e. Mais ça nÂ’allait pas! « CÂ’Ă©tait contre ma philosophie! Et puis, les gens aiment le toucher et lÂ’allure naturelle du bois », analyse-t-il avec luciditĂ©. Laissant de cĂ´tĂ© cette « saveur artificielle », Benoit sÂ’en est retournĂ© vers ses arbres bien aimĂ©s. Mariant le cĂ´tĂ© rustique du bois et lÂ’aspect contemporain du verre, il cherche avant tout Ă  laisser place Ă  la forme pure du bois, Ă  lÂ’expressivitĂ© de la nature. « Ă€ quoi ça sert dÂ’essayer de cacher la beautĂ©? » sÂ’interroge-t-il enfin.

De son rapport avec lÂ’art, lÂ’homme possède une philosophie qui lui appartient. Pour lui, personne ne peut vraiment prĂ©tendre avoir crĂ©Ă© une Âśuvre. En rĂ©alitĂ©, chacun sÂ’inspire du travail de lÂ’autre, de lÂ’architecture, de la population, de la nature, de la beautĂ© ou de la laideur. Tous empruntent ici un Ă©lĂ©ment, lĂ  une idĂ©e, puis Ă©laborent un amalgame, rĂ©sultat de toutes ces influences. « Le vrai travail de crĂ©ation, cÂ’est la nature qui le fait! » sÂ’enflamme-t-il. Benoit sÂ’emploie alors Ă  montrer lÂ’accomplissement de celle-ci et Ă  en faire la promotion. « Je suis lÂ’agent artistique de la nature! » blague-t-il. Un intermĂ©diaire, quoi!

Benoit ne se dĂ©tournera plus du bois, mais intègrera peut-ĂŞtre dÂ’autres matĂ©riaux Ă  ses crĂ©ations, comme les mĂ©taux, afin de fusionner, de façon un peu diffĂ©rente, la chaleur du bois Ă  la froideur du fer ou de lÂ’acier. « JÂ’ai beaucoup de projets, mais je prĂ©fère ne pas en parler tout de suite! » termine-t-il, un sourire en coin. Les enchères sont ouvertes!

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