Nancy Lavigueur, céramiste






Un atelier ouvert, lumineux, partagé entre huit céramistes, voilà le lieu où s’active Nancy Lavigueur. L’artiste s’emploie à reprendre le fil de sa routine, après un été bien rempli.

C’est un jour de congé pour la plupart, mais Nancy a accepté avec générosité de me recevoir dans son univers. L’endroit est très calme aujourd’hui, on entend à peine le léger bruissement d’un petit moteur qui vibre quelque part. L’atmosphère est très chaleureuse, malgré la pluie qui menace de tomber dehors. Nancy, un peu grippée, m’invite à la suivre vers son espace personnel, ses mains entourant un gobelet de café chaud.

Un équilibre à maintenir
Nancy cueille une chaise derrière un meuble, puis me la présente. Je prends mon carnet de notes alors quÂ’elle mÂ’explique quÂ’elle a dÂ’abord suivi une formation technique de trois ans menant à un DEC en design avant dÂ’entreprendre une autre formation, celle-là en dessin du bâtiment. Elle a ensuite décroché un emploi comme technicienne en design. Sa carrière était lancée. Jusqu’à ce quÂ’elle sÂ’aventure dans une troisième formation, en céramique cette fois-ci, à l’École des métiers dÂ’art de Québec. Ce nouveau métier, cÂ’est ici quÂ’elle le pratique, dans un atelier-boutique situé au cÂœur du Vieux-Limoilou. Est-ce la fin de lÂ’histoire? Lorsque je lui demande si, maintenant, elle se consacrera entièrement à la céramiqueÂ… « C’était bien mon intention! Mais on vient de me proposer un poste terriblement intéressant en design dÂ’intérieur! Alors, je devrai partager mon temps entre les deux je crois! » répond-elle joyeusement.

Un oiseau de bonheur
Les pièces que fabrique Nancy sont élégantes et simples, tout en étant surprenantes : elles affichent presque toute une autruche! La plupart arborent des lisérés de gris ou de noir, certaines ont des touches de jaune-ocre en plus. En mÂ’avouant quÂ’elle avait toujours cru détester cette couleur, elle ouvre le contenant dans lequel repose le mélange. Avec surprise, je contemple un fond de rouge rosé baignant dans un liquide clair. « Nous travaillons avec des oxydes, et parfois, les couleurs résultantes sont loin de ce quÂ’elles ont lÂ’air! » observe-t-elle avec justesse. Les gobelets à thé sont charmants, avec, bien imprimée sur chacun de leurs flancs, une empreinte caractéristique de pouce. En effet, cÂ’est bien là que le doigt se « sent » le mieux! DÂ’autres bols et de petits contenants affichent eux aussi lÂ’autruche échevelée. La plupart des pièces sont tournées, mais Nancy me confie que de désagréables maux de dos lÂ’ont poussée à expérimenter une autre technique : le façonnage. Cette dernière se fait à partir dÂ’un moule de plâtre et nÂ’exige pas d’être penché sur un tour pendant de longs moments.

Mais voilà, une question brûle mes lèvres depuis le début de lÂ’entretien : « Pourquoi les autruches? » La jeune femme, pince-sans-rire, me surprend : « Eh bien! cÂ’est une idée qui mÂ’est venue comme ça, un jour, tout bonnement », mÂ’apprend-elle alors que, dÂ’un geste de la main, elle schématise la pensée qui émerge de son cerveau. Et moi, dÂ’insister : « Ce nÂ’est pas une obsession que vous avez par rapport à lÂ’oiseau, ou quelque chose comme ça? » Le sourire aux lèvres et les yeux rieurs, elle confirme : « Non, non, juste comme ça! » Puis, prenant quelques secondes pour réfléchir, elle développe son propos : « CÂ’est vrai que jÂ’ai toujours trouvé que lÂ’oiseau avait toute une allure! Mais quand jÂ’ai utilisé lÂ’image de lÂ’autruche la première fois, jÂ’ai vu que ça faisait réagir, que les gens posaient des questions », raconte-t-elle. CÂ’est surtout le sourire que lÂ’oiseau engendre qui a ensuite inspiré Nancy, qui en a fait sa mascotte!

Et pour lÂ’avenir?
En réponse à ma question, elle me confie quÂ’une autre production sÂ’en vient. « Qui ne ressemblera pas du tout à ce que je viens de faire », mÂ’apprend-elle, souriante. À un point tel quÂ’elle sÂ’interroge même sur la griffe à y apposer : « Je me demande si je vais signer le même nom! » dit-elle en riant. Intriguée, jÂ’essaie de lui tirer les vers du nez! Peine perdue, Nancy cultive son secret. Du moins puis-je lui arracher cette ultime information : les pièces seront, elles aussi, foncièrement utilitaires, mais marieront beaucoup plus les concepts de design à ceux, plus traditionnels, de la céramique. Il faudra surveiller tout cela de très près!

nancylavigueur.blogspot.ca

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