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Loïc Bard, ébéniste






C’est d’une voix pleine d’enthousiasme que Loïc Bard répond à mes questions. Son bel accent d’outre-mer et son ton rieur me charment aussitôt!

De l’autre côté de l’Atlantique, Loïc Bard était une personne différente. Diplômé en biologie et agronomie, il a travaillé dans le domaine pendant six ans en France. Après un voyage d’agrément au Québec, l’envie lui prend de changer d’air, et pas qu’un peu! « Je me suis dit : Pourquoi pas? » confie-t-il avec entrain. Il fait sa demande de citoyenneté, réserve une chambre d’hôtel et hop! il s’embarque pour le Canada avec ses deux valises!

Au Québec, il déniche un emploi dans un laboratoire d’immunologie. Il y demeure pendant un an mais, ensuite, tout change : « J’avais envie de faire table rase », explique Loïc. Après avoir découvert l’exis­tence de l’École d’ébénisterie d’art de Montréal presque par hasard, le jeune homme s’inscrit pour une formation de trois ans. Mais d’où vient donc cet intérêt pour le travail du bois? « J’ai passé ma jeunesse dans un atelier d’ébénisterie tout à côté de chez mes parents », dévoile Loïc. Le jeune artiste a toujours aimé les métiers manuels, et il n’entrevoyait pas un avenir confiné dans un laboratoire.

Faire flèche de tout bois
C’est durant sa première année d’études que Loïc développe un produit unique, le bijou de bois. Un ami lui demande une bague, et le jeune homme, complètement novice dans le domaine, conçoit pour lui un bijou aux contours inédits. « J’y ai pris goût assez vite! » se rappelle-t-il. D’autres personnes manifestent de l’intérêt pour ses créations, et le voilà qui fabrique des boucles d’oreilles, des broches, des colliers… D’ailleurs, ses petites merveilles se retrouvent rapidement exposées sur des mannequins au cours de la Semaine mode Montréal. « Je crois que c’est le fait que je n’avais aucune connaissance en matière de bijoux qui m’a permis d’adopter une nouvelle approche, de délaisser un peu le moule classique », raconte Loïc. Ses œuvres sont en vente à quelques endroits dans la métropole, entre autres au Musée McCord, au cœur de la grande ville.

Ses meubles sont tout aussi uniques que ses bijoux. Celui qui adore voyager s’inspire de ses nombreux périples, mais aussi de la nature et de l’architecture. Il fabrique ainsi des meubles de facture tout à fait contemporaine aux lignes très épurées. Loïc fabrique également des lampes, dont l’une lui a mérité une fameuse reconnaissance au Québec en 2012 : celle des Grands Prix du design, dans la catégorie Appareil d’éclairage. La lampe Capside est un assemblage de six pièces de bois reliées en leur centre, et dont les multiples ouvertures laissent s’échapper la lumière. Comme de nombreux objets que l’ébéniste crée, celui-ci possède un nom étonnant… « C’est un peu mon passé qui me rattrape! » confesse-t-il en riant. C’est que le mot capside désigne la tête d’un virus, rien que ça! Quelques noms des objets qu’il crée évoquent l’Orient, d’autres encore, l’Amérique. Leurs lignes simples et esthétiques traduisent le goût de Loïc pour un design où le beau l’emporte sur l’utilitaire. « Mais il faut tout de même que le mobilier ait une fonction! » s’empresse-t-il d’ajouter.

Un avenir prometteur
Loïc sous-loue un espace dans un atelier d’ébénisterie, où la machinerie nécessaire est à sa disposition. Dans un petit coin bien à lui, il entrepose ses outils manuels. « Je préfère fignoler mes meubles à la main », explique-t-il. Il rapporte d’ailleurs régulièrement de ses escapades des râpes et d’autres engins artisanaux, avec lesquels il peaufine les angles de ses œuvres. En affaires depuis moins d’un an, il reçoit pour le moment peu de commandes. Et pourtant, le jeune homme ne se plaint pas, loin de là! « Quand j’ai choisi ce métier, je savais ce que je faisais. Je savais que je n’aurais plus d’horaire stable ou de salaire mensuel garanti », explique-t-il avec un brin de sérieux. Libre de ses actes, il opte pour la recherche, développe ses designs, exécute de nombreux croquis... « J’aimerais que mes nouveaux meubles soient plus imposants, mais je veux y intégrer beaucoup de créativité », m’apprend-il, tout en m’avouant que la réalisation d’une pièce demande un investissement important en temps et en moyens.

Notre jeune ébéniste revient tout juste d’un voyage à New York organisé par la Délégation générale du Québec à New York; en compagnie d’une douzaine de jeunes designers, il a participé au salon Wanted Design. Cet événement, réservé aux professionnels du design, lui a permis d’établir de nouveaux contacts avec la presse, mais aussi avec des architectes branchés. C’est d’ailleurs eux que lorgne Loïc, qui aimerait développer, avec les créateurs de demain, une collaboration durable. Et la biologie dans tout ça? « Pas mal enterrée », avoue-t-il en riant. Un gain pour le monde artistique!

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