Janine Parent, céramiste






LÂ’art du changement
L’atelier de Janine Parent est juché sur une petite colline. Un bâtiment tout simple, blanc, de taille modeste. C’est quand on y entre que la magie opère!

CÂ’est un atelier dÂ’artisan typique que celui-ci : des éta­gères remplies dÂ’Âœuvres, de livres et de magazines, de pinceauxÂ… Mais cet atelier a un petit quelque chose de plus : une vue splendide sur la vallée de la Jacques-Cartier. Ses flancs enneigés et les méandres de son cours dÂ’eau enchantent lÂ’artiste : « Très souvent, je mÂ’arrête et je contemple la vue. CÂ’est une grande source dÂ’inspiration pour moi », mÂ’explique-t-elle, les yeux fixés sur la scène au-dehors.

La renaissance
Janine est une céramiste confirmée aujourdÂ’hui, mais elle ne lÂ’a pas toujours été. Pendant nombre dÂ’années, elle fait la classe aux jeunes, puis aux moins jeunes. Toutefois, une arrière-pensée ne la quitte pas : lÂ’art. Ce moyen dÂ’expression voyage aux côtés de Janine toute sa vie durant. Comme beaucoup dÂ’autres, elle sait que cette facette de son être nÂ’attend que le bon moment pour sÂ’exprimer. Puis, un jourÂ… « À 44 ans, jÂ’ai décidé dÂ’explorer mon côté artistique », mÂ’explique-t-elle. CÂ’est le textile qui lÂ’attire le plus à ce moment-là. La texture des tissus, leurs couleurs, leur douceur, tout cela lÂ’emballe. « JÂ’aime toucher, cÂ’est un besoin pour moi », mÂ’apprend-elle. Plusieurs années auparavant, elle avait amorcé son apprentissage dans ce domaine. Mais dÂ’autres formes dÂ’art lÂ’intéressaient aussi. Après une formation en vannerie, elle tente la poterie.

Ce sont alors les techniques de cuisson non orthodoxes qui l’intéressent le plus. Elle suit donc quelques cours de poterie avancés. Mais c’est le passage de Janine à la Maison des métiers d’art de Québec qui scelle son destin. Au tournant du millénaire, elle décroche son diplôme de céramiste et se lance pour de bon.

La poterie, oui mais...
CÂ’est la forme de cuisson nommée raku nu qui la séduit finalement. LÂ’argile est façonnée de manière conventionnelle sur un tour à poterie. La pièce est finement polie. Elle devient alors satinée, très douce au toucher. Elle subit une première cuisson rapide à 900°C. Au cours de la deuxième cuisson, la pièce recouverte de sciure de bois est rapidement retirée du four. Elle subit un violent choc thermique. Les vapeurs créées par lÂ’enfumage de la sciure sÂ’incrustent dans les pores et les fentes de la pièce. En général, celle-ci est ensuite plongée et laissée dans lÂ’eau un long moment pour refroidir. La sciure de bois se décolle, et les motifs créés sur les parois de la poterie sont enfin révélés. Les dessins résultant de la technique raku sont imprévisibles. CÂ’est pourquoi chacune des pièces est unique : il est impossible de recréer le travail du hasard.

Les Âœuvres de Janine sont un mélange dÂ’influences asiatiques et amérindiennes, me semble-t-il. En observant bien ses pièces, je crois reconnaître ici un détail évoquant lÂ’Orient, et là, une subtilité rappelant lÂ’Occident. Et sur ses pots élégants, sur ses bols raffinés, point de fioriture, point de superflu, ce qui cadre parfaitement avec lÂ’individu : « Je suis une fille de nature. JÂ’aime la simplicité », affirme Janine.

La simplicité, elle lÂ’a expérimentée de façon très concrète durant les années 1960. Elle vivait dans une commune, partageait tout, cultivait son potager. « JÂ’ai vraiment fait mon retour aux sources! » dit-elle en riant. Elle a aussi voyagé à gauche et à droite. Son mari est dÂ’ailleurs français, ce qui permet à Janine de faire des allers-retours fréquents en Europe. Elle en profite alors pour suivre des classes de maîtres et pour améliorer son art en animant elle-même des ateliers de formation avancés. Malgré ses nombreuses réussites, Janine mÂ’avoue candidement quÂ’elle nÂ’est pas toujours à lÂ’aise : « Je doute beaucoup, oui. CÂ’est très douloureux parfois », me confie-t-elle en serrant son poing sur sa poitrine. Sa nature terre-à-terre la rend très sensible aux atmosphères, aux ambiances. « Je suis très fragile à toutes ces sensations », explique-t-elle timidement. Derrière ses mignonnes lunettes rondes, ses yeux rieurs ont, pendant un instant, adopté une expression plus sérieuse.

Janine adore la poterie, mais elle cherche à explorer dÂ’autres avenues qui seraient complémentaires à son art. La vannerie lÂ’intéresse énormément. Elle expérimente dÂ’ailleurs le mariage entre cette technique et la poterie pure. DÂ’autres formes de façonnage la séduisent également beaucoup, et les montages suscitent son enthousiasme. Ces Âœuvres énormes comportent plusieurs éléments et requièrent une quantité de travail stupéfiante. Un montage de Janine repose directement sur le sol, à mes pieds : un alignement de grosses pierres noires et luisantes, créées de toutes pièces par les mains de lÂ’artiste. « Je suis mûre pour un changement », affirme-t-elle avec aplomb, alors quÂ’elle fait défiler des photos de ses dernières réalisations sur sa tablette électronique. La modernité rencontre le savoir ancestral chez cette artiste de cÂœur. Et quel agréable mélange!

www.janineparent.com

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