Melissa Del Pinto, artiste peintre

Crédit photo : Chamsi Dib





Avoir des ailes
Nous vivons dans une époque formidable! Non seulement j’ai pu parler à Melissa Del Pinto alors qu’elle était en déplacement dans le Sud de la Floride, mais j’ai pu la voir, aussi!

CÂ’est sur Skype que lÂ’entrevue se dĂ©roule. Nous nous Ă©tions donnĂ© rendez-vous Ă  11 h, et cÂ’est un peu essoufflĂ©e, tĂ©lĂ©phone en main, installant ses Ă©couteurs, quÂ’elle rĂ©pond Ă  mon appelÂ… du siège du passager de la voiture dÂ’un ami! Wanderlust, le titre de la dernière sĂ©rie dÂ’Âśuvres de la globe-trotter, est Ă  lÂ’image de Melissa, elle qui aime errer, voyager, se sentir libreÂ… Elle peint des oiseaux magnifiques aux couleurs renversantes, comme celui de son Âśuvre Greater Bird of Paradise, tout droit descendu du ciel. Ses cadres, spectaculaires, elle les fabrique elle-mĂŞme, avec des jouets dÂ’enfants. Une inspiration qui lui est venue de son fils, Noah. « Je ne trouvais pas ce que je voulais dans les boutiques », explique-t-elle candidement.

Melissa est aujourdÂ’hui en Floride, Ă  des milliers de kilomètres de chez elle pour travailler, bien sĂ»r. Elle y prĂ©pare une minicollection, mais pas seulementÂ… Elle travaille aussi sur un mur, en compagnie dÂ’autres artistes. « CÂ’est du street art, vraiment intĂ©ressant », confie-t-elle. Elle prend le temps de regarder au loin avant dÂ’ajouter : « CÂ’est important de rencontrer dÂ’autres peintres, de passer sa carte dÂ’affaires. On ne sait jamais sur qui on va tomber! » explique Melissa avec un grand sourire. Mais comment sÂ’est-elle retrouvĂ©e lĂ -bas, Ă  partir dÂ’ici?

Un début insolite
Pourquoi les oiseaux? Pourquoi la peinture? Deux mots : les sÂśurs! Toute jeune, Melissa frĂ©quentait une Ă©cole privĂ©e de MontrĂ©al, et les sÂśurs qui y travaillaient Ă©levaient des canaris. « Ça a Ă©tĂ© mon premier amour! » raconte-t-elle en retournant des annĂ©es en arrière dans ses souvenirs. FascinĂ©e, la fillette se met Ă  dessiner des oiseaux, perpĂ©tuellement encouragĂ©e par ses professeures Ă  longues robes. « Je nÂ’Ă©tais pas bonne Ă  lÂ’Ă©cole, je nÂ’Ă©tais bonne en rien, sauf en dessin! » se confesse-t-elle en riant. Et les sÂśurs lÂ’encouragent, Ă  tel point quÂ’elles lÂ’inscrivent Ă  un concours de dessin pour les Ă©lèves de la maternelle Ă  la sixième annĂ©e. Et cÂ’est elle qui lÂ’emporte! Ă€ cinq ans! MalgrĂ© un talent inouĂŻ dans le dessin, ce nÂ’est pas la voie quÂ’elle choisit de suivre.

Devenue adulte, après un passage dĂ©sastreux dans lÂ’industrie du vĂŞtement, Melissa prend un temps dÂ’arrĂŞt. Elle part visiter ses parents, Ă©tablis en Floride : « Je voulaisÂ… Comment dit-on en françaisÂ… reflect? Je voulais rĂ©flĂ©chir Ă  mon avenir », raconte-t-elle. Elle rencontre alors un professeur qui lui avait enseignĂ© au collège. LÂ’homme lÂ’encourage Ă  sÂ’engager dans la peinture. « Il mÂ’a dit : “Allez! TÂ’es tellement bonne! TÂ’es capable!” » se souvient-elle. Elle prend alors une dĂ©cision qui changera le cours de sa vie : tout laisser tomber, faire les sacrifices qui sÂ’imposent pour rĂ©ussir, coĂ»te que coĂ»te.

Ses parents lÂ’appuient et, après un moment, elle sait exactement oĂą elle veut aller : Illustration and Design, au collège Dawson. Mais le programme est contingentĂ©, nÂ’y entre pas qui veut. QuÂ’importe! Melissa suit un cours prĂ©paratoire dÂ’un an en art : « Je voulais prĂ©senter un très bon portfolio », explique-t-elle. Les autoritĂ©s sont impressionnĂ©es, et elle obtient son laissez-passer. « Je suis la seule de ma promotion Ă  exercer le mĂ©tier de peintre aujourdÂ’hui », mÂ’apprend-elle alors. Ă€ la fin de ses Ă©tudes, exaltĂ©e, elle part pour Florence pendant une annĂ©e, et y rĂ©alise de nombreux projets.

De retour Ă  MontrĂ©al, Melissa dĂ©cide de monter une exposition. Elle choisit de tout faire elle-mĂŞme, sans passer par une galerie : trouver un local, faire sa promotion, ses montagesÂ… Les propriĂ©taires dÂ’espaces commerciaux qui se montrent intĂ©ressĂ©s par son projet sont peu nombreux. Ce nÂ’est pas tout. LÂ’artiste envoie des invitations Ă  des personnalitĂ©s Ă  gauche et Ă  droite. Personne ne lui rĂ©pond. Elle se met tout de mĂŞme au travail. Elle dĂ©bourse des sommes importantes. Au terme de son expĂ©rience, elle fait ses frais. Mais lÂ’aventure lui laisse un goĂ»t amerÂ…

Made in USA
« Il y a tellement dÂ’artistes qui me disent quÂ’avant dÂ’avoir eu du succès au QuĂ©bec, ils ont dĂ» ĂŞtre populaires ailleurs! » dĂ©plore Melissa. La jeune femme travaille beaucoup au sud de la frontière, car cÂ’est lĂ , du moins elle le croit, quÂ’elle fera sa renommĂ©e, pour un jour revenir Ă  la maisonÂ… « Je trouve le milieu plus ouvert, plus accessible, mais jÂ’ai hâte de revenir Ă  MontrĂ©al », me confie-t-elle enfin.

Derrière elle, une artère bondée, les sirènes hurlantes de véhicules d’urgence, des flashs de lumières, la foule qui se presse… On sent l’effervescence, et l’artiste y est sensible. Nul n’est prophète en son pays, dit-on. Si vrai! Mais surveillez les oiseaux de Melissa. Ils prendront leur envol, et Wanderlust avec eux. Ils atteindront rapidement des hauteurs vertigineuses, emportant sur leurs ailes une jeune artiste éprise de liberté.

http://melissadelpintofineart.blogspot.ca

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