Véronique Martel, artiste céramiste






Chemin de terre
C’est d’une voix très enjouée que Véronique Martel répond à toutes mes questions. La jeune céramiste a tant à dire!

D’entrée de jeu, je demande à Véronique : « Comment passe-t-on du travail du bois à celui de la céramique? » sachant que sa famille valorise depuis longtemps ce matériau. « Mon père a toujours façonné le bois, et le voir a développé mon sens artistique », me répond-elle avec entrain. Jeune, elle suit une multitude de cours d’art, et le plaisir qu’elle éprouve alors l’amène à s’inscrire en arts plastiques au cégep de Sainte-Foy. Elle y explore toutes sortes de techniques, dont le travail du bois, mais c’est l’argile qui fait bondir son cœur. Elle entend alors parler de la Maison des métiers d’art de Québec, qu’elle décide de visiter. Une incursion plutôt décevante! « J’ai été tellement refroidie par la série de tasses blanches que j’y ai vue! » raconte-t-elle en riant. Elle prend plutôt la direction de l’Université Laval, où elle complète un baccalauréat en arts visuels. Cependant, une fois sa formation terminée, le marché du travail l’intimide : « Je ne me sentais pas prête à l’affronter. J’ai décidé de retourner étudier pour acquérir plus de connaissances », se souvient-elle. Pour la seconde fois, elle se tourne vers la Maison des métiers d’art de Québec. Et cette fois, c’est la bonne!

Cœur de terre
Véronique adore le travail de l’argile. « J’aime la versatilité du matériau, sa rondeur, ses angles, la variété des pâtes à utiliser. La céramique, c’est vivant », explique-t-elle avec passion. Le façonnage de cette matière exige une attention de tous les instants. La pièce, gorgée d’eau au départ, tend à rapetisser en séchant. Les couleurs originales changent pendant la cuisson; un violet, par exemple, devient bleu au sortir du four. La réussite d’une pièce nécessite un contrôle strict des colorants. « Il faut pouvoir faire de la visualisation », soutient Véronique avec sérieux.

Ce n’est pas le four moderne qui attire le plus l’artiste. C’est plutôt un procédé ancestral très spécial, qu’elle a découvert au cours d’une formation. Ç’a été le coup de foudre! Cette méthode, c’est l’enfumage, que certains nomment aussi cuisson primitive. À cette époque, Véronique a soif d’en apprendre plus et fait donc des recherches dans la littérature. La pauvreté des informations qu’elle déniche la déçoit. C’est donc par essais et erreurs qu’elle développe, petit à petit, son savoir-faire. « Les premiers résultats étaient loin d’être bons! » avoue-t-elle en riant.

La cuisson primitive se fait habituellement à l’intérieur d’un trou, creusé dans une terre propice et à l’écart d’un boisé ou de la civilisation. « Comme je n’ai pas de terrain, j’emprunte celui de mes amis! » raconte-t-elle en riant. Et, comme elle ne souhaite pas creuser la terre qui ne lui appartient pas, elle s’est plutôt munie de vieilles cuves de lavage en acier, qu’elle remplit de copeaux de bois. Elle y dépose ses pièces, précuites au four électrique. Elle enflamme par la suite le bois avec précaution. C’est un long processus qui s’amorce. Il faut une concentration particulière pour suivre le feu qui couve; il faut l’attiser ou le retenir pendant des heures. C’est au terme d’une journée entière, parfois même de 48 heures, que les pièces sont prêtes. Retirées de la cuve, elles sont déposées plus loin avec un soin particulier. « On ne voit pas le résultat tout de suite, il faut gratter une croûte de cuisson pour révéler le motif », m’apprend Véronique. Chaque fois, c’est la surprise! Si la cuisson est trop prolongée, l’argile peut casser. Si le temps est humide, les résultats sont moins intéressants. La grosseur des copeaux de bois a également une incidence sur le résultat, les couleurs étant plus ou moins foncées selon le type de matériau choisi.

Étonnant mélange!
Pour la création des motifs, Véronique utilise une technique pour le moins surprenante : « Je découpe mes formes dans du duct tape! » révèle-t-elle dans un coup de théâtre! Le ruban adhésif se carbonise de telle façon que les motifs se dessinent d’une manière quasi parfaite. Quel curieux mélange d’époques que celui-là! Et pourtant, ces deux méthodes réunies produisent un résultat qui enchante Véronique. « Pour utiliser une expression populaire, je vous dirais que, quand je sors les pièces de la cuve et que je vois les formes et les couleurs, ça me fait capoter! » s’exclame-t-elle avec un enthousiasme contagieux. Ce n’est pas le résultat de son propre travail ou de ses propres efforts qui provoque le trouble chez elle. « C’est un peu comme si le pouvoir était renversé », murmure-t-elle avec émotion. Comme si, pendant un instant, le feu et l’argile, suivant leurs propres critères, s’entendaient pour donner naissance à la pure beauté…

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