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Michel Rouleau, designer industriel






Exploration du bois
On voit bien que Michel Rouleau s’intéresse aux autres : c’est par quelques questions sur moi qu’il souhaite commencer notre entretien!

Après cette surprenante entrée en matière, nous nous penchons sur la véritable vedette de ce tête-à-tête. Il y a tant à dire sur les réalisations de Michel! L’allure de ses étagères, commodes et chaises sort com­plètement des sentiers battus. C’est grâce à l’amalgame de ses deux formations, l’une en arts et l’autre en design industriel, qu’il arrive à de telles prouesses. Après les arts, Michel amorce une formation en design à l’École de design industriel à Montréal. Mais la fin de son parcours, c’est à Paris, vers la fin des années 1980, qu’elle a lieu. « Ça brassait pas mal dans ce temps-là », évoque Michel. De nouvelles idées surgissent. Les gros noms, comme Philippe Stark, designer vedette et méchant garçon du milieu, commencent à proposer des meubles dont le design vole la vedette à la fonctionnalité. Michel se prend au jeu et se met lui aussi à explorer la matière.

S’inspirer des uns et des autres
Ce sont des images tirées d’une BD qui l’inspirent pour ses premiers croquis. Plus tard, ce sont les accessoires qui suscitent son intérêt : le sac à mur, le sac poche, le sac tiroir et la famille Baluchon. « Il y a eu aussi les meubles transgéniques, comme je les appelle, qui mélangent les fonctions », m’apprend-il. Chaise commode et chaise tente illustrent à merveille cette réflexion. Mais ce sont surtout des gens qui lui insufflent ses concepts : les bizarres et les excentriques, tout particulièrement! « J’essayais de calquer des individus, des traits de personnalité », explique Michel. Par exemple, une commode porte le nom de Bordel, pour ceux qui ont peine à garder de l’ordre dans leurs affaires! La vie étant ce qu’elle est, Michel s’intéresse ensuite aux enjeux familiaux et à ceux de la vie de couple. Les fauteuils Symbiose représentent bien ce moment de création.

Le designer s’intéresse aussi de près à la vieillesse et aux maux qui l’accompagnent. Il jongle avec la possibilité de créer un meuble qui s’adresse aux personnes âgées. L’immobilité qui afflige les gens du quatrième âge le pousse à improviser un nouveau moyen de transport… Un meuble osé, différent, comme tout ce qu’il a imaginé jusqu’ici : « Ce pourrait être un mélange entre une chaise roulante et une poussette, explique Michel, un peu hésitant. C’est cette idée de dualité entre l’âge avancé et le retour en enfance qui m’intéresse », continue-t-il en pensant tout haut. Inspirés d’individus, d’événements, de préoccupations quotidiennes, ses meubles consti­tuent en quelque sorte des œuvres autobiogra­phi­ques. « Qu’on le veuille ou pas, on y met un peu de soi », avoue Michel.

S’inspirer du matériel
Michel marie les arts, la sculpture et le design à parts égales : dans son brillant scénario, c’est l’esthétique qui tient le rôle principal. Les meubles sont fabriqués en petites séries, pour les particuliers d’abord. Pendant longtemps, il a fabriqué lui-même tous les meubles qu’il imaginait. Aujourd’hui, c’est Patricia Gendron, une ébéniste indépendante, qui a pris la relève. Celle-ci participe parfois au processus de création dès le début, alors que l’idée n’est encore qu’embryonnaire. Forte de cette excellente collaboration, l’équipe a for­mé une petite entreprise nommée Afternoon design. Ce sont majoritairement des objets de la maison­née qui sont imaginés. « Je crois qu’il y en a un qui pourrait vous intéresser », me taquine Michel en faisant référence à ma passion pour l’horticulture : il s’agit d’une patère en forme de râteau, où les dents servent à accrocher les vêtements!

Le designer s’est récemment lancé dans la fabrication d’une table vraiment pas comme les autres. À Beaumont, où il possède une maison d’été, le fleuve rejette sur la plage des bouts de bois de toutes les tailles et de toutes les essences. Ces épaves ont une histoire et une provenance inconnues, ce qui fascine Michel. Mais les étapes qui mènent à la fabrication d’un meuble à partir d’éléments déjà existants sont complètement différentes de celles qu’il suit habituellement. « En temps normal, je fais d’abord un croquis, un des­sin technique, que je réalise souvent en 3D sur l’ordinateur, et ensuite on passe à la fabrication à partir de matériaux choisis en conséquence », m’explique-t-il. Le bois récupéré impose en quel­que sorte ses exigences au designer. Il doit s’y plier. « Ça demande plus de souplesse, mais je commence vraiment à aimer ça. Ça mène à des endroits inconnus », confie Michel.

Penser autrement, sortir du cadre restrictif de la fonction, valoriser la beauté du design, voilà ce qui caractérise indéniablement l’approche artistique de Michel Rouleau. Et quelle chance d’avoir un tel esprit ici, chez nous!

www3.sympatico.ca/michel.rouleau/

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