Benjamin Rodger, artiste peintre






Le Benjamin de la famille
Le jeune homme qui converse avec moi est à la fois calme et enthousiaste. Sa voix est douce, posée, ses mots sont justes. Il respire la joie, la sérénité. Et la confiance aussi.

Originaire d’Ottawa, Benjamin Rodger a toujours dessiné. Peut-être à cause de sa grand-mère, qui était une artiste professionnelle. Lorsque le jeunot visitait son aïeule à Trois-Rivières, cette dernière l’asseyait devant un chevalet, un pinceau à la main. Au primaire, le petit garçon dessine pour sa classe les affiches et les cartes de souhaits. Il visite régulièrement le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Il se dirige ensuite vers une école secondaire spécialisée en arts. À l’université, Benjamin entame un baccalauréat en arts visuels, qu’il termine à l’Université Concordia, à Montréal.

Décidément, le jeune homme a la bougeotte, car un peu plus tard, il traverse l’Atlantique jusqu’à Nice, en France! C’est à l’École nationale supérieure d’art de la Villa Arson, une ancienne villa transformée en complexe éducatif, que Benjamin entreprend sa maîtrise en arts. « Les conditions d’apprentissage là-bas sont complètement différentes d’ici », m’explique-t-il alors. Tout est jugé à l’oral. Au terme de leurs années d’études, au cours d’un entretien de 45 minutes, les finissants rencontrent un jury externe composé d’artistes professionnels et de philosophes. Ces derniers ont alors droit de vie ou de mort sur leur « sujet », en lui accordant ou non son précieux diplôme. « L’idée, c’est que ces gens te préparent, en te questionnant, à ce que tu vivras durant toute ta vie d’artiste », raconte Benjamin.

Il revient au Canada en 2008, le temps d’un intermède avant un nouveau départ pour l’Europe, où un projet fabuleux l’attend : « Avec des amis, nous voulions créer un centre artistique qui regrouperait des logements, des ateliers, des salles de classe. Je recevais des lettres et des photos des progrès de mes compères, et je me disais “Moi aussi, j’en serai!” » se souvient Benjamin. Cependant, pour cela, il doit mettre du pain sur la table; le jeune homme se trouve donc un boulot temporaire à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), un organisme à but non lucratif. En attendant, pourquoi ne pas faire des demandes d’expositions dans quelques galeries?

Le choix d’une vie
À ses débuts, Benjamin tente de regrouper ses passions. Quelques artistes l’influencent : Tousignant, avec ses cercles, et Molinari, avec ses lignes. L’art figuratif l’attire également. Il ne cache pas son amour du lexique du pop art, comme il le nomme lui-même, des couleurs vives, des motifs répétés. De simples intérêts ne suffisent cependant pas à construire une griffe, et Benjamin s’interroge à chaque détour. Alors qu’il habite en face d’une boutique de tissus d’occasion, le jeune homme se sent irrésistiblement attiré par les motifs rétro. « Je portais beaucoup de chemises disco dans ce temps-là! » dit Benjamin en riant. C’est en tendant sur des cadres ces tissus colorés qu’une certaine idée lui vient : « Que se passerait-il si, au lieu de tendre des tissus, je peignais les motifs et y ajoutais des personnages? » Remplies de clins d’œil au monde du pop art et à l’histoire de la peinture, ces œuvres plaisent infiniment à Benjamin. Sa signature est créée.

Et qu’en est-il des demandes d’expositions? Eh bien, les acceptations s’accumulent, et Benjamin se retrouve rapidement débordé! « Je faisais ma journée de travail à la Fédération, et je revenais chez moi seulement pour me remettre au travail et peindre jusqu’à deux ou trois heures du matin », raconte-t-il. Un jour, Benjamin en a assez de cet horaire décousu : il fait le grand saut dans le milieu artistique pour de bon, et advienne que pourra!

Benjamin ne regrette pas du tout sa décision de demeurer au Canada. « En fait, tout va vraiment bien aujourd’hui! » me confie-t-il avec entrain. Et comment pourrait-il en être autrement? Ses toiles sont de purs bijoux! D’un style unique, à mi-chemin entre le pop art d’Andy Warhol et la BD européenne des années 1960, elles sont tellement différentes!

Une affaire de famille!
Ses œuvres sont si populaires aujourd’hui que les gens le sollicitent même pour apparaître sur ses toiles! Mais ce sont des proches qui lui servent habituellement de modèles : membres de la famille, amis, collègues, colo­cataires même! Sa toute dernière série, Nelligan, représente son frère dans des poses qui, lui semble-t-il, auraient pu être celles du fameux poète alors qu’il écrivait ses derniers vers, tout juste avant son internement.

Benjamin est un jeune homme sérieux, mais il s’élève contre le snobisme parfois trop flagrant du monde des arts. Par contraste, ses toiles sont colorées, elles mettent en scène des personnages cocasses, elles ont des titres légers. Voilà effectivement l’ambition de Benjamin : apporter quelque chose de nouveau, une contribution originale, un regard différent sur le merveilleux monde de l’art.

www.benjaminrodger.com

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