Stéphane Dumont, ébéniste






Cent détours
Il n’y a pas que des ustensiles de cuisine derrière Arbol, il y a surtout Stéphane Dumont, la personne, qui cache mille expériences, mille secrets!

Jeune, Stéphane adorait visiter son grand-père, qui fabriquait pour le plaisir des brouettes, des armoires, des chaises. « Aussitôt arrivé, je me dirigeais vers son atelier », raconte-t-il avec bonheur. Pourtant, les années passent et le petit devient adolescent, perd cet intérêt, s’intéresse à autre chose.

Un peu plus tard, Stéphane part voyager. « Je me cherchais pas mal dans ce temps-là », se souvient-il. L’Ouest canadien l’attire, et il y réside un moment. Il fait quelques escapades au Québec, pour acquérir une licence de pilote privé. C’est l’Orient qui lui donnera un début de réponse. En balade dans un coin de l’Indonésie, il rencontre un homme avec lequel il engage la conversation. Celui-ci lui demande ce qu’il fera dans la vie. « Je lui ai répondu que je ne savais pas trop », raconte Stéphane avec sérieux. L’homme lui conseille alors de suivre un cours d’ébénisterie dans l’Ouest canadien… Stéphane y retourne donc, suit le cours, décroche un emploi et s’en trouve passablement heureux. Alors, pourquoi est-il revenu au Québec?

Donner et recevoir
C’est son intérêt pour la lutte citoyenne qui l’a ramené. Un bon matin, Stéphane reçoit un appel d’un ami, Mickaël. Celui-ci tente par tous les moyens d’empêcher la construction imminente d’un barrage sur la rivière des Trois-Pistoles, dans son patelin natal. Stéphane décide d’abandonner son emploi dans l’Ouest et de revenir prêter main-forte à son compagnon. Trois semaines plus tard, le combat est terminé, le barrage ne sera pas construit, l’action citoyenne a triomphé, et Stéphane se retrouve plutôt démuni!

N’étant pas du type pessimiste, il décide de démarrer un festival écologique avec quelques collaborateurs. L’Écofête naît en 2002. Stéphane y travaille de façon bénévole pendant environ quatre ans. Et puis un jour, il en a assez. Il faut tout de même gagner sa vie! « Je me suis dit que si j’avais pu démarrer un festival, je pouvais aussi démarrer une petite entreprise », se rappelle-t-il. Fonçant tout droit, comme à son habitude, se laissant porter par un destin en lequel il a confiance, le jeune homme crée l’entreprise Stéphane Dumont, ébéniste. De fil en aiguille, c’est Arbol qui naît, dont le premier produit est la planche à découper. D’autres ustensiles suivront, tels les pinces à salade et le porte-livre.

C’est en travaillant sur la poivrière que Stéphane redécouvre l’immense plaisir que lui procure le design industriel. « Une poivrière, ça a l’air simple comme ça, mais c’est très compliqué à faire! » m’apprend-il. Les mécanismes de broyage doivent être parfaitement intégrés aux contours intérieurs de la poivrière. L’ustensile doit posséder des ouvertures impeccables; son allure générale se doit d’être élégante, la ligne raffinée, le fini attrayant. Stéphane est presque un tyran auprès de ses employés quand il s’agit de la perfection du produit final. « Mes gars sont presque nerveux quand ils me voient arriver! » s’exclame-t-il en riant. C’est que la compétition se fait de plus en plus féroce, et les produits en provenance de l’étranger grugent un marché déjà presque saturé. Travailleur acharné, Stéphane compte sur son amour du design pour proposer aux détaillants des modèles inédits, originaux. « Quand je présente un nouveau modèle à mes clients, ils me disent que ça va trop vite », raconte-t-il avec fierté.

Tout, tout près!
L’atelier se trouve à quelques mètres de la maison de Stéphane. Et ce n’est pas un hasard. Celui-ci s’est imposé quelques limites à ne pas dépasser. Tout d’abord, encourager le marché local le plus possible. Les travailleurs sont du coin. Les produits sont expédiés dans les marchés du Québec et de l’Ontario. Le bois est nord-américain, avec une préférence pour les essences locales. L’atelier est doté de bacs de recyclage et d’un coin pour le compostage. Les retailles de bois sont systématiquement réutilisées. Les produits de finition sont écologiques. Malgré tout, l’ébéniste trouve qu’il y a encore trop de déchets. Mais il est également conscient qu’il faut avancer doucement. Pour Stéphane, les coups d’éclat et le militantisme, c’est terminé. « Ça laisse des traces. On en ressort assez amoché », confie-t-il.

Il n’y a donc pas que des ustensiles de cuisine derrière Arbol. Il y a une philosophie, une confiance extraordinaire dans ce que la vie peut apporter à celui qui croit… « Le plus difficile, c’est quand on arrive à un embranchement. Quand on a enfin fait son choix, on sait qu’on ne doit plus revenir en arrière », dit-il doucement. Au cours de sa vie, Stéphane aura choisi nombre d’em­branchements, sans trop savoir où ils le mèneraient. Et c’est sur le bord de la rivière Ouelle qu’il s’est « échoué », avec un immense bonheur…

www.arbolcuisine.com

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