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Michel Farruggello, artiste peintre






La grande traversée
Européen d’origine, Michel Farruggello est au Québec depuis 20 ans déjà, mais il n’a rien perdu de son charme français…

Nous sommes à Nice, après la Seconde Guerre mondiale. Le père de Michel, un Italien du sud, possède des galeries, d’art, où il fait le commerce de la culture et de la beauté. Les années passent… et vient au monde le jeune Farruggello. Lui aussi devient galeriste, une fois adulte. Il tente également de percer le marché en tant que peintre… Or la compétition, en France, est forte : « Ce n’est pas facile d’entrer dans ce monde. Vous savez, on est beaucoup, et on se bouscule un peu, c’est normal », révèle Michel, avec réalisme, mais sans amertume.

À ce moment-là, les affaires ne marchent pas très bien. C’est alors qu’au détour d’une ruelle, Michel prend une décision majeure : changer de vie. Et pas qu’un peu! « Je me suis dit que je voulais vraiment bouger », explique-t-il. Traverser l’océan, se refaire un quotidien, retrouver foi en le métier, toute une commande pour un jeune homme à la recherche du bonheur! Mais quand on a un peu d’aide… « Je suis venu ici à cause d’une très jolie femme! » me confie-t-il en riant.

Repartir à zéro
En 1992, donc, Michel recommence à peindre. Au départ, les couleurs sont vives, les traits sont gras, le sujet est ramassé. Puis, ce sont ses thèmes fétiches qui prennent le relais : des bateaux, de toutes sortes, et des scènes urbaines, des édifices, des ruelles, des escaliers… « Les bateaux, ce sont des souvenirs de jeunesse, parce que je suis né sur le bord de la mer, dans le sud de la France. Quand j’étais petit, c’est sur la plage que je jouais », se rappelle-t-il. Et les villes, les gratte-ciel? « Eh bien, j’ai toujours été fasciné par l’architecture », m’avoue Michel, soulignant que les architectes apprécient particulièrement ses toiles.

Doucement, avec le temps, le trait se raffine, les couleurs gagnent en subtilité, se désaturent, s’adoucissent. Les images se simplifient, tout en demeurant extraordinairement évocatrices. Une lente transformation, qui s’échelonne sur près de 20 ans. « Je n’aime plus les gros changements, m’explique Michel avec candeur. Vous savez, pour peindre… non, pour créer, il faut de l’émo­tion, des sentiments. Ces sentiments, ils me viennent avec l’âge, l’expérience, la maturité », complète-t-il. Pour Michel, l’évolution n’est jamais terminée. « Si j’arrêtais de me prendre la tête, eh bien, je devrais cesser de faire de la peinture », déclare-t-il avec conviction.

Michel ne fait donc pas ce métier pour être popu­laire, mais bien parce qu’il aime le faire, tout simplement. « D’ailleurs, mon papa me disait : “C’est quand tu seras mort que tu seras reconnu!” » se rappelle-t-il en rigolant. Il entreprend la délicate tâche de m’expliquer ce que vivent, à son avis, les artistes : être peintre à temps plein demande une tournure d’esprit différente. Il faut admettre que tous les jours ne sont pas pareils, que chaque matin apporte son lot de surprises, bonnes ou mauvaises. Être peintre à temps plein signifie qu’il faut accepter de jouer avec ses émotions, les écouter, car ce sont elles qui guident la main. Être peintre à temps plein implique parfois la présence d’une foule étouffante, parfois des moments de solitude, où l’être humain se retrouve seul devant sa toile. « Dans l’atelier, des fois ça va, des fois ça ne va pas », me dit Michel avec une certaine profondeur dans la voix.

Amalgamer avec passion
Michel vit dans une grande maison, un endroit charmant entouré d’arbres et d’oiseaux, avec ses filles : Lola, 15 ans, et Vienne, 3 ans. Certaines toiles de Michel cachent des traits dessinés par Lola, et tout récemment par Vienne, qui s’y est mise aussi. Lola adore le travail de son papa et le lui dit. « Vous savez, moi, j’ai besoin de savoir que les gens m’apprécient », s’ouvre-t-il avec honnêteté. Nombreux sont ceux qui prétendent que l’opinion des autres ne les affecte pas. Pour Michel cependant, c’est primordial. L’avis des autres le pousse à créer toujours plus et toujours mieux. « Ça m’aide. Quand je peins une fleur, j’y mets le parfum aussi. Sinon, ce n’est pas une fleur », termine Michel.

Un papa sicilien, une maman corse, une enfance à la française, la grande traversée, le proverbial hiver… Un bagage mi-européen, mi-québécois, voilà qui forge une personnalité. C’est avec regret que je termine ma conversation avec Michel. Il me semble bien que l’artiste peintre aurait eu encore de nombreux secrets à me révéler!

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