Joann Côté, artiste peintre et sculpteure






Montrer la face cachée
Je l’avoue, oui. Au premier coup d’œil, j’ai adoré les œuvres de Joann Côté. Et c’est le message que ces femmes imaginées communiquent par l’expression de leur visage, parfois rieur, parfois torturé, qui m’a immédiatement séduite.

Joann Côté est une autodidacte, une femme indépen­dante. Depuis toujours, elle cherche à créer selon ses normes, ses désirs, en accord avec son horaire et ses besoins. Au sortir de ses études en design de mode, voulant être sa propre patronne, elle ouvre deux restaurants avec un associé. Puis viennent les enfants. Un chambardement qui la pousse à se remettre en ques­tion. Joann vend tout et s’accorde un temps d’arrêt. « Chez moi, j’ai ressorti tous mes dessins, mes croquis, et entourée de ça, je me suis replongée dans le milieu artistique », m’apprend-elle. Après une exposition de peinture, où elle remporte le prix de la découverte artistique, Joann fait un pari avec elle-même : consacrer une année de sa vie à la pure création, et attendre de voir, tout simplement, si le succès frappe à sa porte!

Qui a gagné?
Forte de nouvelles expériences positives, elle se met en selle pour de bon. Elle utilise une recette qui lui est pro­pre : peindre par séries, un peu à la manière des grands couturiers, qui développent leur collection avec un fil conducteur, mais sans idée préconçue. La spontanéité est d’une importance capitale pour l’artiste, qui transpose sur la toile ses émotions du moment : « J’y mets mes états d’âme. Ce peut être autant de la tristesse que de l’euphorie », m’explique-t-elle. Joann souhaite être surprise, conquise par le résultat de son travail. Elle est, et veut demeurer, spectatrice de sa propre création. Les œuvres restent souvent plusieurs jours sur le chevalet, orphelines, inachevées, irrésolues… « Il est très important pour moi d’avoir du recul, de pouvoir apporter à ma toile une nouvelle vision le lendemain, puis une nouvelle fraîcheur le jour suivant, m’enseigne-t-elle posément. Tout dépend de mon énergie ce jour-là », termine Joann de sa voix calme et douce.

De l’énergie, il lui en faut pour communiquer l’océan d’émotions sur lequel elle navigue. Chaque série est une nouvelle aventure. « C’est comme un casse-tête géant », illustre-t-elle avec objectivité. Avant de commencer un tableau, elle réunit une liasse d’articles de journaux, traitant de l’actualité ou de sujets qui la bouleversent. Le brouhaha international la touche particulièrement. Elle regroupe également plusieurs séries de photos. Certaines sont de ses filles, qu’elle prend sous tous les angles en observatrice émue; d’autres, d’événements différents tels des regroupements ou des spectacles. Elle choisit également des morceaux de chiffons ou d’autres matériaux dont la texture servira à créer une troisième dimension sur la toile. Puis, ce sont les éléments esthétiques qui prennent la relève, ceux qu’elle retient de son passage dans le monde de la mode : une certaine énergie du mouvement, une certaine modernité dans les lignes. Résultat? Un amalgame d’art moderne et de design à l’état pur.

Un concentré d’émotions
Sur les toiles de Joann, certains personnages, affligés de blessures, crient leur tourment, leur douleur. D’autres, ornés de doux sourires, semblent d’un calme olympien, rassurant, réconfortant. D’autres encore disent une chose, tout en en montrant une autre. Ce sont souvent des toiles multilingues, où une culture inconnue côtoie le bon vieux folklore québécois. Joann peint des femmes, en très grande majorité, souvent dépourvues de corps. L’artiste tente aussi de mettre leur esprit à nu : « Oui, c’est différent d’être une femme et de peindre des femmes. Je me concentre presque exclusivement sur l’aspect intérieur et la sensibilité des personnes. J’exprime leur tristesse, leur fragilité, leur force, leur fougue aussi. Leurs petits secrets… », dévoile-t-elle avec un sourire dans la voix.

Plus Joann peint, plus elle cherche à communiquer un message, et plus elle aime communiquer ce message. Alors que nous revoyons ensemble quelques-unes de ses toiles, elle me révèle divers secrets : sur une œuvre, sur des photos placées ici et là, qui montrent une brigade en action. D’autres possèdent des symboles que certains groupes ont désignés comme étant les leurs. Elle me pointe des doubles significations, des évidences, des faces cachées. Et pour­tant… « Vous savez, les gens ne sont pas obligés de voir ça en particulier. Ce que l’on ressent quand on regarde une toile, c’est très personnel », confie-t-elle.

Dans le futur, Joann compte bien continuer à peindre. Mais pour reconquérir un peu le domaine du design de la mode, elle confec­tionnera également des robes. Pas de celles qui se portent tous les jours, non. Plutôt de celles qui forcent le rêve, l’imagination. À la manière des personnages sur ses toiles…

Galerie d'Art Ambiance | www.galerieambiance.com

Voir tous les artistes & artisans