Dominique Plastre, designer verrier






Art de vivre
Les œuvres de Dominique Plastre révèlent plusieurs facettes de l’artiste. Certaines, plus sombres, ont absorbé la lumière pendant un certain temps. D’autres, face au soleil, renvoient une clarté magique, faite de mille couleurs…

Dominique a découvert sa passion pour le verre à 11 ans lors d’un événement particulier d’apparence plutôt anodine. Un jour, son père, photographe amateur, menace de la laisser seule sur le parvis d’une église le temps qu’il entre à l’intérieur photographier les vitraux. La jeune fille d’alors refuse d’y entrer. « J’avais la peur irraisonnée que tout s’effondre sur moi! » raconte-t-elle en riant. Au bout d’un moment, la fillette consent tout de même à le suivre, malgré son appréhension. Les portes se referment derrière elle, les lieux sont gris et sombres… Comme une apparition merveilleuse, les couleurs chatoyantes que renvoient les vitraux traversés par les rayons d’un soleil éclatant dansent sur le sol. « Ç’a été comme une vision, me dit-elle avec enchantement en terminant le récit de ce souvenir d’enfance. C’est à partir de ce moment que je suis tombée en amour avec le verre. » Cet amour la mènera où elle est rendue aujourd’hui.

La rude école
Adolescente, elle s’inscrit au Cégep de Sainte-Foy et y effectue son cours en arts plastiques et design d’intérieur. C’est surtout la céramique et le vitrail qui l’intéressent, à cette époque. Ensuite, de sa maison d’Ottawa, Dominique se rend chez les habitants et les entreprises; elle frappe aux portes pour proposer ses services de rénovation de vitraux, un petit commerce qui marche bien. Mais elle décide de retourner aux études, en linguistique, cette fois-ci, à l’Université d’Ottawa. Elle décroche son diplôme avec une excellente moyenne. Puis, elle entame une maîtrise en orthophonie. Un soir, alors qu’elle se rend à Montréal pour une conférence, elle se perd complètement dans les rues de la ville. Elle se dirige alors vers le seul édifice illuminé du coin : le Centre des métiers du verre.

La suite se déroule à une vitesse surprenante : il lui faut moins de cinq jours pour abandonner sa maîtrise en orthophonie – et la bourse qu’on lui a octroyée! – et effectuer son inscription au Centre des métiers du verre. Après avoir subi les foudres de son directeur de maîtrise, Dominique se met en selle et se prépare pour trois années qui s’avèreront plutôt difficiles. Son monde est complètement chamboulé! Les kilomètres s’accumulent au compteur de sa voiture, alors qu’elle fait l’aller-retour quotidien entre Ottawa et Montréal. À l’école, les choses ne sont pas tout à fait idéales… « J’avais un professeur qui me haïssait! » me confie Dominique en riant. Celui-ci le lui fait sentir de manière plutôt brutale dès le premier jour. Heureusement, deux autres enseignants sont pour elle des guides et lui apportent du réconfort. Malgré tout, Dominique vit des moments très pénibles. Au bout de trois ans de dur labeur, elle accueille avec soulagement l’aboutissement de ses efforts.

L’art est long, et le temps est court
Ses saisissantes sculptures ont des courbes et des angles absolument magnifiques. Sous ses mains expertes, le verre prend toutes les formes. Elle adore jouer avec les techniques de fabrication; d’ailleurs, elle excelle dans ce domaine. La transparence est superbe, alors que les couleurs, souvent subtiles, accompagnent à merveille le verre translucide. Pour chaque œuvre, elle imagine un titre. Et pas n’importe lequel! C’est souvent un sentiment que Dominique cherche à traduire, et le mot doit être parfaitement choisi. Tolérance pour la bonté humaine, Ouverture d’esprit pour l’habileté à regarder le monde de façon différente, Inconscience pour la prise de décisions. Je demande à Dominique d’où lui vient son inspiration : « C’est un travail de réflexion important », m’apprend-elle avec douceur. Elle se doit de sortir de sa zone de confort pour entrer à l’intérieur d’elle-même et y puiser des réponses. Le cerveau en ébullition, elle tente de faire le lien entre l’émotion qu’elle ressent et le concept matérialisé qu’elle a sous les yeux.

En ce moment, c’est la fabrication de tuiles qui l’occupe. Des tuiles de tous formats et de toutes tailles, pour les comptoirs, les murs, les tables… Dominique se rend chez le client, écoute ses demandes, suggère des solutions, propose des concepts et des designs à l’épreuve du temps. Les pièces sont fabriquées dans l’atelier situé au sous-sol de sa maison, une oasis qu’elle chérit tout particulièrement et qu’elle rejoint avec bonheur tous les après-midi. Et bientôt… « J’ai des projets complètement flyés! » me révèle-t-elle avec excitation. Ce seront des comptoirs de cuisine. Le béton y tiendra une place prépondérante. Le verre aussi, bien sûr. Puis, de nouvelles idées surgissent, qui évoquent la lumière, la beauté…

Aujourd’hui, c’est une femme heureuse et sereine que j’ai au bout du fil. Les tribulations que Dominique a subies ont contribué non seulement à façonner sa personnalité d’artiste, mais surtout à remodeler son âme. Comme quoi les mains du destin savent également sculpter le bonheur…

www.dominiqueplastre.com

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