Jean-Pierre Déry, artisan du bois






De l’ombre à la lumière
Après avoir consacré la plus grande part de sa vie professionnelle à la prospection géologique du sous-sol de la province, Jean-Pierre Déry s’est tourné vers la lumière… C’est qu’elles sont intrinsèquement magnifiques, les roches. Mais rarement sont-elles convoitées pour leur beauté. En général, elles sont broyées et transformées en une tout autre substance, leur magnificence disparaissant à jamais. Pour le bois, c’est souvent tout le contraire.

Jean-Pierre travaille dans le domaine de l’exploration minière jusqu’en 1997. Cette année-là, il décide de faire un virage majeur : il s’inscrit au certificat en informatique à l’Université Laval. Réalisant rapidement que ce domaine ne l’intéresse pas, il tente autre chose : « Comme j’ai toujours bricolé, je me suis dit que je pourrais essayer de travailler pour moi », se souvient Jean-Pierre. Il se lance alors dans la fabrication de treillis de jardin. De nombreux centres horticoles s’intéressent à son produit. Mais les pièces sont lourdes, difficiles à manipuler et à transporter. « J’ai pensé qu’à mon âge, je devais trouver quelque chose de plus petit! » lance-t-il en riant.<#>

C’est en 2005 que l’idée surgit. À cette époque, Jean-Pierre bricole lui-même ses cadeaux de Noël depuis belle lurette. Il a déjà fait des bâtons de marche, entre autres. Cette année-là, ce sont des poivrières qu’il fabrique. La distribution des petits contenants cylindriques aux membres de sa famille est un succès, et tous lui lancent le même message : « Ils m’ont dit que je devrais vraiment penser à en vendre », se rappelle-t-il. N’étant pas d’un naturel commerçant, c’est au prix d’un certain effort qu’il emporte quelques exemplaires de ses plus belles réussites, et se rend dans les boutiques de décoration du coin : « La représentation, je déteste ça! » s’exclame Jean-Pierre. Le contact humain, cependant, il adore. Il rencontre ainsi de nombreux propriétaires de boutiques et, avec certains d’entre eux, il crée ce lien d’affaires et développe ce contact amical qu’il aime tout particulièrement.

Assaisonner la vie
Aujourd’hui, les poivrières et les rouleaux à pâte constituent environ 70 % de sa production. Pour les fabriquer, Jean-Pierre utilise un mélange de bois locaux et exotiques. Ces derniers l’intéressent au plus haut point. Il s’appro­visionne chez plusieurs distributeurs, qui gardent un inventaire parfois assez important de ces bois rares. Là encore, c’est le contact humain qui le motive. Jean-Pierre se rend régulièrement chez les uns et les autres, et prend plaisir à discuter fibres et couleurs avec les gérants de magasins. « Il faut voir le produit sur place, parce que le bois, c’est tellement variable! » m’apprend-il. Certaines planches seront rejetées, car elles ne sont pas tout à fait droites ni tout à fait de la bonne couleur. Et toutes les acquisitions ne deviendront pas des moulins à poivre… « Il y a des planches que j’ai au sous-sol depuis 10 ans et qui ne me tentent pas encore! » révèle-t-il.

Le sous-sol, c’est l’entrepôt. Le véritable lieu de travail de Jean-Pierre est un peu plus loin dans la cour. Son atelier est tout ce qu’il y a de plus typique : « C’est bourré de bouts de bois et de bran de scie! » me dit-il. Et les clients dans tout ça? « Je préfère qu’ils ne viennent pas ici, ça m’oblige à faire le ménage! » s’exclame-t-il en riant. Les objets sont fabriqués en petites séries. Les proto­types sont précieusement conservés à l’écart. Certains membres de la famille les réclament parfois, et Jean-Pierre acquiesce à leurs demandes avec plaisir. Lorsque la machinerie est enfin réglée pour le début de la production, ce ne sont pas des considérations monétaires qui déterminent le nombre de copies qui seront fabriquées : c’est plutôt la longueur de la planche et, surtout, la volonté de l’artiste de réaliser le plus de morceaux possible en minimisant la perte. L’artisan du bois essaie constamment d’améliorer la productivité en ne rejetant que le strict minimum. « J’essaie la perfection mais, vous savez, ce n’est pas atteignable » constate Jean-Pierre avec résignation.

Chercher le juste milieu
Jean-Pierre habite un endroit agréable, avec beaucoup d’espace et un beau grand jardin. Ses journées, il les passe en majorité dans son atelier. Cela dit, il n’est pas un véritable bourreau de travail. Loin de lui l’idée de devenir millionnaire. Ce qu’il veut, c’est un équilibre agréable entre le travail et le plaisir. « À mon âge, je n’ai pas envie de devenir riche. Je veux faire quelque chose qui me plaît, et qui n’est pas trop dur pour mon petit cœur! » me lance-t-il en riant aux éclats. Ayant des idées plein la tête, l’homme des bois ne craint pas d’être copié. Au contraire! « Ça ne me dérange pas! Si ça arrive, je vais juste en créer un plus beau modèle! » termine-t-il légèrement. Avec une telle philosophie, rien à craindre pour son petit cœur!

Dans la région de Québec, les créations de Jean-Pierre Déry sont en vente aux boutiques suivantes : Pot en Ciel, Culina et Lucie Côté Cuisine.<##>

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