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Diane-Hélène Lalande, artiste en arts visuels






La femme troubadour
Ce matin, j’ai eu Diane-Hélène Lalande au téléphone. Et c’est mission presque impossible que de résumer adéquatement son parcours de vie.

Par où commencer? Quelques qualificatifs, peut-être? Passionnée, ouverte, fonceuse, émotive, pragmatique, fonctionnelle, organisée, désorganisée… Diane-Hélène Lalande est une artiste. Mais quel genre d’artiste? Elle chante, peint, sculpte, joue de la musique… Pour elle, 1990 marque la naissance de sa vie artistique professionnelle, avec le début d’une série d’expositions de peinture, au Québec et en Ontario. Mais il y a plus, tellement plus! Pour saisir le personnage, il faut faire un certain retour en arrière : une incursion dans la vie d’une petite fille, d’une adolescente, d’une jeune adulte et d’une femme accomplie.

Marchez doucement, car vous marchez sur mes rêves…
Diane est née dans un petit village francophone de l’est de l’Ontario. Une bourgade ennuyeuse… « Je me cherchais des choses à faire! » explique-t-elle en riant. Des choses pas toujours recommandables pour une jeune fille de l’époque. C’est une tragédie dans son proche entourage qui la réveille pour de bon. « Je me suis dit : “moi, je veux faire quelque chose de ma vie” », se rappelle Diane avec émotion. Sa vie d’alors consiste en une succession d’essais et d’erreurs, d’appren­tissages et de déceptions. Mais elle poursuit toujours le même but : tenter, essayer, repousser ses limites, ne pas avoir peur!

La jouvencelle commence par apprendre d’elle-même à jouer de la guitare. Mais pas avec n’importe quoi! L’instrument choisi est amputé de deux membres : au lieu des six cordes habituelles, la guitare de Diane n’en avait que quatre! Peu importe! C’est ainsi qu’elle apprendra! Beaucoup plus tard, munie d’une guitare à six cordes, la femme troubadour se met à jouer et à chanter partout, dans les bars, les restaurants… « C’était très populaire, à l’époque », raconte-t-elle avec chaleur. Ensuite, elle s’adonne à la poésie, à l’écriture, puis au théâtre. « J’ai fini par sortir du milieu, car il n’était pas très sain. Plus jeune, j’avais déjà donné », se remémore-t-elle.

C’est à ce moment qu’elle fait une demande d’admission au cégep en radiotélédiffusion. « J’avais une grande gueule, je parlais fort, ça semblait tout indiqué pour moi! » se souvient-elle en riant. Les autorités collégiales demandent pourtant à tous les étudiants en devenir de faire un deuxième choix, car le domaine de la radio est fortement contingenté. Diane opte pour le design d’intérieur. « Mes parents ont tous deux œuvré dans la construction, j’étais à l’aise là-dedans », raconte-t-elle. Après avoir constaté avec regret que toutes les places en radiotélédiffusion étaient attribuées, elle se retrouve donc en design. Aussitôt son diplôme en poche, Diane décroche un emploi à Montréal, dans une boîte très connue. « Ça fait maintenant plus de 30 ans que je fais ce métier », m’apprend-elle avec chaleur.

Si le bonheur existe, c’est une épreuve d’artiste…
Diane a traversé de nombreux moments difficiles, certains plus douloureux que d’autres. C’est ce que sa peinture raconte en images et en mots : Les femmes, Abrup-ture, Les papillons, Quand l’amour s’en va t’en guerre, Mes nuits blanches… Elle utilise des médias diversifiés, qu’elle a appris à maîtriser seule : pastel, pointe sèche, acrylique, noir et blanc, couleur… Sur toile, sur bois, sur métal, sur papier… Avec des grains de café, des papillons, du plexiglas même! C’est d’ailleurs à travers la peinture que Diane découvre ce dernier matériau, lorsqu’elle réalise la série Mes nuits blanches. Tard le soir, jusqu’en pleine nuit, elle s’abîme dans la confection de décors translucides : du plexiglas sur une toile immaculée. « Je voulais démontrer que les gens vivent parfois leur vie en transparence, en surface, comme une illusion », m’explique-t-elle doucement.

Pour l’artiste, le message transmis par ses œuvres est d’une impor­tance capitale. L’objet doit parler, échanger, il doit être unique, exclusif. Diane ne veut rien « usiner », elle cherche l’exception, l’indi­vidualité, la singularité, la spécificité. L’artiste ne cherche pas la gloire, mais plutôt la communication avec autrui, l’évolution. « Ma création, c’est ma guérison. J’aurais pu passer des années avec des thérapeutes. J’ai choisi la guérison par l’art », me confie-t-elle.

Diane enseigne également. C’est d’ailleurs en classe qu’elle trouve le cadre qui lui est nécessaire dans son quotidien. « Enseigner, c’est vraiment la plus belle école de la vie, me confie Diane. Quand je suis dans l’atelier, je n’ai pas de moule, je fais n’importe quoi. Dans la classe, je rentre dans une organisation, dans une structure. J’ai besoin de ça », termine-t-elle posément.

Comment achever cette biographie? Peut-on conclure convena­blement le récit d’une vie si fertile? En fait, pour Diane, l’histoire est loin, bien loin d’être terminée. La voilà déjà assise au piano, à se trouver une nouvelle passion…

www.dianehelenelalande.com

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