Pierre-Nicolas Côté, ébéniste






Fait de bois
L’ébéniste est franc, direct, sûr de lui. Ses intentions sont claires : vivre de son art selon ses propres conditions!

Pierre-Nicolas Côté est aujourd’hui un artisan du bois, et pas autre chose! Mais au début de ses études, c’est vers les arts visuels qu’il se dirige. Rapidement, le manque de dynamisme du programme le tourmente : « Je me suis demandé : “Est-ce que je perds mon temps ici?” » raconte-t-il sans hésiter. En 1997, après un an de ce régime, il se tourne vers l’ébénisterie, et trouve enfin chaussure à son pied. Il adore ses études : « Ç’a été une vraie partie de plaisir pendant trois ans! » se souvient Pierre-Nicolas avec une satisfaction évidente. Les pièces qu’il crée sont de purs produits artistiques, incorporant des notions de design et de nouveauté. Cependant, « j’étais un peu décroché de la réalité », se rappelle-t-il alors. Les demandes du monde extérieur, comme il le réalisera plus tard, s’avèrent souvent plus pragmatiques, plus fonctionnelles, moins décoratives.

En 2000, il décroche sans peine son diplôme de l’Institut des métiers d’art, à Montréal. Travaillant ici et là pour des artisans, Pierre-Nicolas décide rapidement qu’il préfère voler de ses propres ailes. Il obtient ses premiers contrats de ses proches, d’amis et de collègues. Vient ensuite une commande de taille : l’ameublement complet d’une maison historique. Le bâtiment, complètement restauré, doit être équipé de pièces originales de style Louis XIII. Ce travail de précision demandera au jeune ébéniste un savoir-faire certain.

C’est un départ!
Après ce tour de force, Pierre-Nicolas continue de foncer, tête baissée. En 2002, il expose quelques-unes de ses œuvres au Salon des métiers d’art de Montréal. Les visiteurs sont enchantés, et les commandes se font nombreuses. Puis, un peu pour le plaisir, l’artisan se lance dans la fabrication de petites lampes à l’huile décoratives : « Au début, c’était surtout pour offrir en cadeau », raconte-t-il. Au vu du succès qu’obtiennent ses lampes, il décide de concevoir des modèles électriques. Sur pied ou suspendues, elles sont fabriquées à partir d’une pièce de bois longuement travaillée, ressemblant à une branche doucement repliée ou à une courbe observée dans la nature. « Les formes sont habituellement organiques, mais il m’arrive de faire un croquis sans vraiment y penser », m’apprend Pierre-Nicolas.

La fabrication se révèle ardue. Les proto­types sont longuement perfectionnés et les machines sont ajustées avec une infinie précision. « Je fais de petites séries d’environ une trentaine d’objets », révèle-t-il. Exigeant une minutie certaine et un temps précieux, les réglages ne peuvent être effectués uniquement pour la fabri­cation d’un seul objet. Car l’artisan, alors esclave de la machine, ne pourrait espérer vivre de son art.

Tout récemment, Pierre-Nicolas a entamé une nouvelle série de lampes : elles repro­duisent de façon subtile certains ornements qui décoraient les armes ancestrales, notamment les arcs, les lances et les outils de chasse. L’artiste intègre une pièce d’arme à la structure de chaque lampe. « À l’époque, les armes étaient fabriquées avec respect, et les guerriers les conservaient toute leur vie », explique Pierre-Nicolas. Il était en effet presque impossible de dis­socier le propriétaire de son arme. Cette dernière devenait en quelque sorte son ultime compagne de vie. Ce lien spécial inspire le jeune homme et l’aide à insuffler une âme aux lampes qu’il crée.

Eurêka!
Les sources d’inspiration de Pierre-Nicolas ne se limi­tent pas aux armes d’autrefois. Installé à L’Épiphanie, dans Lanaudière, il se déplace souvent en ville pour affaires. « Je suis toujours en train de courir, je suis toujours pressé par mille choses à faire », me confie l’ébéniste. Cependant, au détour d’une ruelle, il peut s’arrêter net devant un lampadaire, un banc public ou un détail d’architecture, le temps d’observer l’objet avec émerveillement. « Parfois, j’ai l’impression que l’ins­piration me tombe carrément dessus », évoque Pierre-Nicolas en riant. La source de son contentement, une arche ou un ouvrage de ferronnerie par exemple, lui donne presque instantanément une idée. « Des fois, ça clique rapidement! » dit-il avec joie.

Pour le moment, Pierre-Nicolas travaille dans le sous-sol de sa nouvelle demeure. Cependant, l’été prochain, ce sera dans un atelier adjacent à la maison qu’il s’ac­tivera. « J’y aménagerai aussi une petite salle d’exposition », affirme-t-il avec enthousiasme. Les lieux, situés dans un environnement enchanteur, à l’extérieur de la ville et à proximité d’un lac, seront vastes et accueillants. « Je veux que ceux qui se déplacent pour venir acheter un objet ici, chez l’artisan, aient une expérience agréable et différente », explique Pierre-Nicolas en terminant. Une chose est sûre : les projets et les idées ne lui manquent pas! Il faudra le surveiller de près!

www.pierre-nicolas.ca

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