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Caroline Thériault, artiste du verre






De verre et de terre
Pour Caroline Thériault, c’est pendant un voyage en Belgique que le coup de foudre est arrivé. Voilà bien la preuve que l’amour peut frapper à tout endroit et à tout moment!

Au cours d’une visite dans un atelier de fabrication d’enseignes au néon, un travailleur a déposé au creux de ses mains un mince tube tout juste formé : « Je suis tombée en amour avec la matière en fusion! » confie Caroline au souvenir de cette fameuse journée. Pourtant, depuis un bon moment déjà, l’artiste était en contact avec le métier, puisqu’au Québec, un ami possédait justement un commerce du même type. « Il ne me parlait que des mauvais côtés du métier, alors je ne m’y étais jamais intéressée », explique-t-elle.

Mais à son retour de voyage, elle s’engage réso­lument comme apprentie. Cependant, il manque à la pratique une certaine forme de défi, de variété. En apprenant l’existence d’un cours sur les métiers du verre, Caroline s’y inscrit. Là-bas, elle touche à toutes les disciplines, elle explore toutes les possibilités. Au final, c’est le verre soufflé qui l’intéresse : « C’est vraiment le contact direct avec la matière en fusion que j’aime. C’est le fait que l’idée passe directement de la bouche à la matière, sans autre manipulation », m’apprend-elle.

Deux ou trois petits changements…
Au milieu des années 1990, Caroline s’expatrie vers le Saguenay–Lac-Saint-Jean afin de compléter un baccalauréat interdisciplinaire en arts à l’Université du Québec à Chicoutimi. C’est un autre coup de foudre qui l’attend! Sauvage et remplie d’une nature généreuse parsemée de lacs et de forêts, la région séduit la jeune femme, qui laisse derrière elle, sans regret, une métropole trop cimentée. C’est cette nature qui l’inspire dans ses créations. En parcourant les sentiers, elle s’abandonne dans la contemplation de la terre, de ses creux et de ses monticules. Son regard s’attarde sur toutes les manifestations du bois, ses sinuosités, ses arabesques. Ses vases décorés de reliefs sont le résultat de l’impression que lui donnent les racines enchevêtrées, enroulées sur elles-mêmes.

D’autres pièces évoquent un thème qui lui est cher : l’impression de la matière en fusion, vivante, en mouvement : « Quand on prend un simple verre transparent, on n’imagine pas que ce morceau a été mou et infor­me. J’aime être capable de transmettre cette idée à l’aide des objets que je crée », déclare-t-elle. Mais aujourd’hui, quelque chose d’autre l’interpelle : « Ces temps-ci, j’entame une série inspirée des strates géologiques! » me confie Caroline avec enthousiasme. Les insertions de minéraux dans les rochers causent parfois des fractures, mais le plus souvent, elles laissent des marques mystérieuses, qui suggèrent des dizaines de schémas, des centaines de possibilités. Les œuvres qui naîtront de ce cheminement de la pensée seront tout à fait uniques.

Amour, amour, quand tu nous tiens!
Dans le local qu’elle occupe à la coopérative de solidarité L’Atelier des Arts du Feu, en compagnie de quelques autres artisans du verre, Caroline travaille la matière avec un bonheur évident. En plus d’y façonner ses pièces, elle reçoit des clients pour des démonstrations; elle donne également aux gens du coin des cours d’initiation aux métiers du verre. Pour la plupart des visiteurs, cet art ne pourra jamais constituer plus qu’un simple passe-temps. Les conditions de travail sont difficiles, et le métier ne s’apprend pas rapidement. Il faut s’appliquer à rester concentré, à conserver un équilibre dans la puissance et la direction du souffle. « Il faut vraiment aimer ce métier pour le pratiquer », confirme Caroline, qui ne conçoit pourtant pas la vie sans le verre. Encore aujourd’hui, elle suit des formations dans le but de développer différents styles, d’obtenir de nouvelles aptitudes. Elle lit beaucoup aussi, approfondissant ses connaissances grâce à un indispensable auto-apprentissage.

Caroline se penche également sur une autre forme d’art du verre : la pâte de verre. Avec cette matière, elle peut créer des pièces uniques, comme des luminaires. Des gens lui font quelques fois des demandes spéciales, qu’elle exécute avec plaisir. Qu’arrive-t-il si on lui réclame des copies de pièces anonymes? « C’est non! » répond-elle sans hésitation. C’est la création qui passionne la jeune femme, pas la reproduction!

L’essentiel s’imposera…
L’artiste ressent constamment le besoin viscéral d’être dans l’atelier et de souffler du verre. Les idées qui l’assaillent, elle se doit de les matérialiser. Elle ressent la nécessité de les extirper de son subconscient, de leur donner vie : « J’ai besoin d’être à cet endroit, d’être dans l’atelier. Je pour­rais passer une journée entière à créer des dizaines de petits ustensiles tout simples », explique-t-elle avec énergie. Après tout, un philosophe ne disait-il pas que pour accomplir de grandes œuvres, il fallait une série de petits actes?

www.invitroverresouffle.com

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