Visite de l'atelier de Martin Beaupré, artiste peintre






Là-haut
Accrochée sur le versant d’une montagne, la maison de Martin Beaupré me fait penser à un temple solitaire, aménagé sur le plus joli flanc rocheux du coin.

Martin m’ouvre la porte avant même que je puisse presser le bouton de la sonnette. Il m’accueille avec un grand sourire, les bras ouverts, comme s’il me connaissait depuis toujours. L’atelier est tout près, juste à gauche. Étrangement, je m’y sens bien très rapidement… De grandes fenêtres bordent en partie deux des quatre murs de la pièce. Dehors, la vue est magnifique : au loin, les collines se drapent d’une fine écharpe de brume, alors que le soleil tente de percer les nuages. Les arbres, dont les rameaux caressent négligemment les parois de la maison, laissent voir leurs jeunes feuilles, d’un vert si tendre. L’atmosphère est tellement douce, tellement tranquille! Et puis, il y a la musique, assourdie et langoureuse, qui meuble le silence.

Aux murs, de nombreuses toiles sont accrochées. Martin les y a installées ce matin, juste pour moi, car elles sont prêtes à être livrées. Des projecteurs diffusent une lumière chaude. Celle-ci illumine délicatement les teintes argentées qui ornent les toiles. Les images sont incroyablement évocatrices des paysages orientaux, illustrant les pics montagneux couverts de neige, enveloppés d’un éternel brouillard. Dans ces toiles, ce sont les blancs et le noir qui dominent, harmonisés aux multiples tons de gris. Parfois, un arbre à la silhouette mince et au feuillage clairsemé. Parfois encore, un moine en rouge, tout petit au bas d’une toile. Il se déplace, regardant, il me semble, les cimes au loin. « S’il a un bâton, ça représente la sagesse. S’il a un bol, c’est l’abondance. Avec une ombrelle, ça représente la protection », me révèle Martin. Vouant un immense respect à la culture asiatique, l’artiste y puise toute son inspiration. La philosophie développée par les peuples de l’Asie au cours des millénaires le touche profondément. Les habits simples de l’artiste, le dépouillement et la droiture des lignes du mobilier, la musique orientale, légère et dominée par les sons enivrants de lointains violons… ces mots ne dépeignent que faiblement l’ambiance qui règne ici.

Le yin
Martin m’invite à partager un bol de thé. Puis, il branche la chaîne stéréo et choisit un morceau qui lui plaît. J’ai alors droit à un remarquable spectacle. L’artiste me permet de le voir exécuter une de ses techniques de travail : il pose deux toiles à l’envers sur des supports et saisit un pinceau dans chaque main. Ses gestes sont lents et harmonieux pendant qu’il se laisse porter par la musique. Quelques secondes passent puis, suivant la mélodie, le voilà qui se lance vers la toile. « Je ne contrôle rien, je me laisse guider par l’énergie du moment », me confiait Martin un peu plus tôt. Je le vois bien maintenant : aucun croquis pour le guider, pas d’idée préconçue. Une espèce de fusion se crée entre la toile et lui, les mouvements fluides ne concédant aucune interruption. Après quelques minutes, Martin dépose ses pinceaux, remet ses toiles à l’endroit et s’en éloigne pour juger de l’effet. « C’est un bon début », murmure-t-il avec un sourire, devant le paysage naissant.

Et le yang
Une musique étonnante est à présent distillée par la chaîne stéréo : des roule­ments de tambours envoûtants, qui semblent provenir des confins d’une forêt mystérieuse. Les sons sont si puissants qu’ils pénètrent le cœur et l’âme, me semble-t-il. Martin a décroché le paysage du support et il fait maintenant face à une nouvelle toile immaculée. À nouveau, le corps de l’artiste se meut en suivant le rythme ensorcelant. Une éponge à la main, il semble attendre un signal d’on ne sait où. Soudain, il frappe la toile. L’homme, alors complètement subjugué par le son et l’image, recule d’un pas. Son bras se lève, et sa main est projetée à nouveau contre la surface blanche. Deux traits suffisent à faire apparaître une silhouette, éclatante de vie. Muni d’un pinceau aux poils fins, l’artiste dessine les courbes de la nuque. Des cheveux noirs, tirés en un chignon serré, prennent forme. Une geisha, facilement reconnaissable, est née. Le son des tambours emplit la pièce…

Martin dépose son éponge. Un peu essoufflé, il regarde la toile avec un sourire de bonheur. Les yeux brillants, il se tourne vers moi : « Je suis content », exprime-t-il tout bas. Il prend doucement son bol de thé, le porte à ses lèvres. Sérénité, confiance et une certaine forme de béatitude émanent de sa personne en ce moment précis et, pendant un instant, je crois saisir son essence. C’est au son de la troublante voix de Norah Jones que je prends congé de mon hôte à regret, manœuvrant pensivement ma voiture dans les courbes abruptes. Là-haut, la silhouette de Martin, agitant la main, disparaît lentement.

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