Six Point Un, designers industriels






Le meuble à point
C’est un très grand jeune homme qui m’ouvre la porte en ce froid matin de printemps. Jérémy Couture me tend spontanément la main avec un grand sourire, et me voilà catapultée dans l’antre de la création!

L’atelier se trouve au sous-sol. Sans perdre de temps, nous descendons. À l’instant même où je franchis la dernière marche, une très grande jeune femme me tend la main, elle aussi avec un grand sourire! « C’est Claudia, mon associée », m’apprend Jérémy. Les lieux sont exigus, mais bien organisés. Les boîtes d’expédition, pleines de menus trésors, sont rangées le long du mur, touchant presque le plafond. Sur une grande table sont alignées de très nombreuses petites sculptures de bois : ce sont des veilleuses en forme de cabane d’oiseau, le nouveau produit du duo de designers Six Point Un. Mais au fait, pourquoi ce nom? C’est Claudia qui me répond : « C’est à cause de notre grandeur, rigole-t-elle en regardant Jérémy. Nous mesurons tous les deux 6 pieds 1 pouce! »

Rencontre au carrefour
L’aventure des deux compères débute il y a… bien longtemps! Jérémy et Claudia ont tous deux choisi le design industriel, qu’ils ont étudié à l’Université de Montréal, à une année d’intervalle. Se sont-ils rencontrés alors? « Nous nous sommes croisés assez souvent, mais sans jamais vraiment engager la conversation », raconte Claudia. Une fois le baccalauréat terminé, chacun poursuit sa route, qui mène l’un à des milliers de kilomètres de l’autre : Jérémy part en Finlande, Claudia reste ici même, au Québec. Le premier s’engage dans une maîtrise en design graphique, dans une université étrangère de langue anglaise, alors que la seconde choisit une maîtrise en génie, plus précisément en gestion de l’innovation, à l’École de technologie supérieure de Montréal.

Quelques années passent, et, presque étrangement, tous deux reviennent quasiment au même moment dans la région de Québec. Après quelques emplois ici et là, ils se « retrouvent » dans une petite entreprise de la région. C’est un projet d’exposition qui les rapproche finalement. Après plusieurs rencontres de remue-méninges, ils choisissent ensemble quelques modèles de meubles, qu’un ébéniste indépendant réalise. L’exposition a lieu en février 2010, et Six Point Un naît quelques mois plus tard.

Fille et fils de bois
Les pièces que Jérémy et Claudia conçoivent ont de quoi surprendre. Outre la veilleuse, plusieurs petites cabanes d’oiseaux en bois ont été créées, celles-là dans un but presque exclusivement décoratif. Mais il y a beaucoup plus. Les meubles en érable imaginés par Six Point Un sont fabriqués par quelques petites entreprises indépendantes de la région. Ils sont parfaitement fonctionnels : ils ont été conçus par des esprits pratiques, logiques, pragmatiques. Cependant, en toile de fond : une envie évidente de nouveauté, de créativité. Par exemple, ce drôle de meuble, qu’ils ont nommé l’Armoire à glace, est composé de deux pieds de bois massif supportant une « couverture » de contreplaqué laqué de blanc pur. « C’est un peu comme une feuille de papier qui s’enroule autour de l’armoire », m’expliquent les deux artistes. Au départ, la pièce n’existait que dans leur imagination. Ils ont créé quelques modèles en trois dimensions, avant de fournir à un ébéniste des plans détaillés. Ce fut la fête quand ils ont enfin pu contempler la matérialisation de leur concept. « Nous avons été émus en la voyant pour la première fois », me confie Claudia. Il y a aussi cette étagère épurée, faite de planches minces et de supports en métal, qui s’intègre parfaitement à un décor minimaliste.

Leur carnet de réalisations compte trois autres modèles : le Banc luge, le Banc bûches et le Rangement T1. Le Banc luge est un meuble absolument renversant : une épaisse feuille d’acier gracieusement recourbée, prise en sandwich entre de solides lattes de bois ajourées. Le tout, d’une résistance à toute épreuve! « Le concept sera un peu modifié, surtout pour réduire le poids », explique Jérémy. Quant au Rangement T1, il se veut un meuble d’appoint, une table de nuit ou un tabouret, selon les exigences de son propriétaire. L’ébéniste sculpte le bois massif de manière à conférer une durabilité certaine à la pièce. Un cube d’acier, qui peut être déplacé et utilisé à toutes les sauces, est déposé sur le dessus. Le dernier, et non le moindre : le Banc bûches. « Mon père en a un, et il y entrepose tous ses magazines », raconte Jérémy. « Chacun peut en faire l’usage qui lui convient », soutient Claudia, qui en possède également un exemplaire.

Deux parcours sinueux, se croisant à la faveur d’une occasion d’affaires, ont donné naissance à une équipe brillante, dont les destins s’accomplissent désormais en parallèle. Six Point Un ne s’en tiendra sûrement pas là!

www.sixpointun.ca

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