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Lisabel, artiste peintre






Le film d’une vie…
Quelle histoire absolument extra­ordinaire que celle de la peintre Lisabel… N’importe quel scénario de film ferait pâle figure en comparaison! Suivez-moi dans cette épopée fantas­tique et vous apprendrez à con­naître une personne hors du com­mun.

Adolescente, Lisabel est une étudiante brillante, collectionnant les mentions d’honneur. Mais elle ignore ce qu’elle veut faire de son avenir. Sans grand intérêt et presque en désespoir de cause, elle se rabat sur une obscure formation : la fabrication de matériaux composites. Seule fille de sa classe, elle constitue un objet de curiosité pour ses camarades. Imperturbable, elle poursuit son apprentissage.

Au cours de sa troisième année d’études – les deux premières ayant été consacrées au génie mécanique –, Lisabel entre enfin dans le vif du sujet. Elle ressent alors un enthou­siasme intense : « Les matériaux composites, c’est des mélanges, des réactions. J’étais très calée en chimie et en physique. J’ai adoré le reste du cours », confie-t-elle. Mais comment se retrouve-t-on peintre en art abstrait à partir de formules chimiques? C’est aux États-Unis que se trouve la réponse!<#>

Born in the USA
À la fin de ses études, Lisabel part à Toronto afin d’apprendre l’anglais. Employée dans une usine de fabrication de pièces d’autos, elle développe ses connaissances. Forte de ses nouveaux acquis, elle boucle ses valises, et part pour Atlanta. « J’ai toujours voulu aller travailler aux États-Unis. Je m’étais dit que, même si je devais monter des hamburgers dans un fast-food, j’irais quand même! » se souvient-elle en riant. Là-bas, les étapes à franchir pour obtenir un permis de travail dans son domaine sont longues et compliquées. Pour tuer le temps, Lisabel peint. Bien évidemment, tout cela n’est qu’un simple loisir… Mais elle y prend goût… et en devient vite fanatique!

Lisabel a alors 21 ans. Elle habite un logement miteux dans un quartier isolé, où elle sort parfois le soir. Quelqu’un lui conseille d’aller jeter un coup d’œil du côté de Buckhead, un endroit huppé où se rencontrent les gens riches et célèbres, à quelques kilomètres de là. Audacieuse, Lisabel débarque et converse, malgré son anglais approximatif, avec des PDG d’entreprises mondialement connues. Ils sont impressionnés. À partir de ce moment, les choses se précipitent…

À Buckhead, tout le monde se connaît. Pour Lisabel, les opportunités se multiplient. De fil en aiguille, elle se voit offrir la possibilité de monter sa propre galerie, au rez-de-chaussée d’une luxueuse maison du quartier. L’artiste y vend de nombreuses toiles à l’élite de la nation. Elle connaît alors un très grand succès, sans toutefois abandonner le milieu des matériaux composites. Puis, un beau matin, pénétrée d’une nouvelle passion, elle rentre au pays…

Travail, douleur et enthousiasme
Voir l’artiste au travail, c’est un peu comme assister à une opération d’enver­gure. Avant d’accéder à l’atelier, Lisabel revêt costume imperméa­ble, bot­tes étanches et masque filtrant, car les odeurs sont puissantes. À l’in­térieur, une radio. La musique est omniprésente. C’est une composante cruciale de son processus de création. « Ça me calme et ça ouvre mon esprit. Quand une chanson ne me plaît pas, j’arrête de peindre », confie-t-elle. Elle fabrique ses propres couleurs, à l’aide d’une base de polyester et de pigments choisis. Les proportions sont arbitraires, et le résultat, parfois surprenant. Ainsi, jamais une couleur ne pourra être reproduite parfaitement, une conséquence qui plaît à Lisabel : « Ça protège le collectionneur, qui est certain que sa toile ne ressemblera à aucune autre », explique-t-elle.

Les cadres sont posés à plat sur une grande table. D’un coup de spatule, Lisabel applique la couleur. Joignant un pastel rose à un rouge éclaté, elle se moque des codes classiques. Ses mouvements sont assurés. Tournoyant avec aisance, elle peint à l’endroit comme à l’envers, faisant fi des conventions. La toile doit reposer quelques jours, afin d’accorder aux matériaux composites le temps de figer complètement. Elle sera par la suite recouverte d’époxy. Son imagination fertile ne connaît pas de limite; visages, musiciens, animaux, bâtiments, sports : tout l’inspire.

Le théâtre de l’esprit
Cette effervescence est d’ailleurs difficile pour Lisabel, qui sent parfois la fatigue l’envahir. Toujours, dans sa poche, un calepin. À toute heure du jour ou de la nuit, les images l’assaillent, son cerveau est en constante ébul­lition. « Je n’en dors pas, vous savez. Je dois me lever la nuit pour mettre tout ça sur papier », confesse-t-elle.

Au restaurant, dans la rue, lors d’une conversation, des flashs de couleurs lui dansent littéralement devant les yeux. Elle voit, terminées, des toiles qu’elle n’a pas encore commencées! N’aura-t-elle jamais la paix de l’esprit? « Non! Je vis pour l’art! C’est en moi, et ça ne changera jamais », termine Lisabel fébrilement. Elle louche déjà sur un canevas immaculé, des tonnes d’images en tête…

Galerie Lisabel
1481, rue Ottawa, Montréal
514 342-8411 • lisabel.ca/fr<##>

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